Comment les Falcons ont-ils perdu le Super Bowl LI ?


Au terme d’un match exceptionnel, les New England Patriots ont remporté le Super Bowl LI aux dépens des Atlanta Falcons après avoir été mené de 25 points dans le troisième quart-temps. Analyse d’une deuxième mi-temps irréelle.

Décidément, de l’autre côté de l’Atlantique, la saison sportive n’a jamais été aussi historique. Entre la fin de la malédiction à Cleveland avec la victoire lors des Finales NBA des Cavaliers face aux Golden State Warriors après avoir été mené (1-3) dans la série – du jamais vu dans l’histoire de la Ligue -, et la victoire des Chicago Cubs lors des World Series en MLB face aux Cleveland Indians, titre que la franchise attendait depuis 108 ans, il était difficile de faire mieux ou aussi bien. Et pourtant.

On avait déjà vu les Patriots remporter quatre Super Bowl, mais ils n’en ont jamais gagné un avec un tel scénario. À dire vrai, aucune franchise n’a remporté le trophée Vince Lombardi de la sorte. En étant mené de 25 points alors qu’il reste moins de six minutes à jouer dans le 3ème quart-temps et en étant totalement dominé sur la ligne de scrimmage alors que le jeu au sol à déjà du mal s’installer. Jusqu’au 3ème quart-temps, les Falcons n’ont rien laissé aux Patriots. Tom Brady a été étouffé, la faute à un pass rush optimal (intérieur et extérieur) des hommes de Dan Quinn. Les Falcons ont récité leur football en se montrant aussi bien disciplinés qu’opportunistes en défense (pick-six de Robert Alford) et injouables en attaques. Julio Jones a continué de faire ses réceptions improbables malgré les prises à deux, Matt Ryan a confirmé que son titre de MVP n’était pas galvaudé quand en fin de troisième quart-temps, le quarterback des Falcons présentait un tableau de marche quasi-parfait : 12 passes sur 14 complétées pour 193 yards et 2 touchdowns, avec une évaluation de 158.3. Jusque-là, le match était parfait. Atlanta avait 99,8% de chances de remporter le Super Bowl, le premier de l’histoire de la franchise. Et puis les Falcons ont accumulé les erreurs, le momentum a basculé et le monde entier a alors assisté au plus grand come-back de l’histoire du Super Bowl et de la NFL.

Revenons à la source du mal. Au début de tout. Du cauchemar pour les uns, du miracle pour les autres. Nous sommes dans le troisième quart-temps. Après avoir mené (21-3) à la mi-temps et alors qu’il reste 8:30 min dans le troisième quart-temps, Matt Ryan se connecte avec Tevin Coleman qui inscrit un touchdown sur un tracé cross en exploitant logiquement son matchup favorable face à Rob Ninkovich. 28-3. La défense des Patriots – la meilleure de la Ligue – est larguée. On se dirige vers un blowout. C’est la deuxième fois du match que Matt Ryan mène à bien un drive par un TD de plus de 70 yards. Avant ce match, le plus large déficit remonté lors d’un Super Bowl était de 10 points. 10. Il est alors impensable que les Patriots puissent remonter. Sous Bill Belichick, jamais les Patriots n’ont été menés de 25 points en postseason. Et vous savez combien de fois depuis 2001 une équipe menée de 25 points dans le 3ème quart-temps est parvenu à l’emporter ? 2 fois. 2 fois en 391 matches (ESPN Stats & Informations) ! C’est terminé. L’une des plus jeunes et athlétiques équipes de la Ligue envoie le message que Brady & Cie, c’est terminé. Les Falcons sont partis pour remporter le 1er Super Bowl de l’histoire de la franchise, c’est acté. Problème, ils ne marqueront plus aucun point jusqu’à la fin du match et feront face à un 0-31 mémorable. Voilà pourquoi.

Il reste 6:04 min dans le 3ème quart-temps et suite au touchdown de Tevin Coleman, New England se rassure en inscrivant son premier touchdown du match par l’intermédiaire de James White après avoir converti une quatrième tentative cruciale grâce à Danny Amendola. 28-9 (l’extra-point sera manqué). Onside kick, ce dernier est récupéré par les Falcons. Et c’est à ce moment qu’ils vont se tirer plusieurs balles dans le pied. Dans le play-calling et dans la gestion du match.

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En position de field goal (32 yards), sur une deuxième tentative, le tackle des Falcons, Jake Matthews, trouve la bonne idée de se faire pénaliser pour un holding (une saisie) sur Dont’a Hightower. Ryan est sacké sur la troisième tentative. Punt.

Résultat : Atlanta était en position de marquer (au moins 3 points) mais commence à faire preuve d’indiscipline. Également, regardez à quel moment le snap est effectué lors de la deuxième tentative : il reste 13 secondes à l’horloge. 13 secondes qu’Atlanta aurait pu gagner dans sa gestion du match mais Kyle Shanahan a décidé de rester agressif.

Sur le drive suivant, les Patriots doivent se contenter d’un field goal (28-12), ce qui ramène cependant les hommes de Bill Belichick à deux possessions. Il reste 9:44 min à jouer. Les Falcons retrouvent le ballon pour la première fois du quatrième quart-temps. Atlanta va faire preuve d’une agressivité stérile qui va nuire considérablement à sa gestion du match. Ici, les Falcons perdent une nouvelle fois l’occasion de gagner du temps sur les deuxièmes et troisièmes tentatives (respectivement 9 et 14 secondes). Pire encore, c’est sur la troisième tentative que Matt Ryan va perdre le ballon (sack – fumble provoqué par Dont’a Hightower et recouvert par Alan Branch).

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Résultat : Plutôt que de faire bouger les chaînes sur 3ème&1 via le jeu au sol afin d’avoir quatre nouvelles tentatives et de faire tourner l’horloge, Atlanta opte pour le jeu de passe. Sauf que les Patriots vont blitzer. Dont’a Hightower (en jaune) va apporter de la pression sur l’extérieur de la ligne. Devonta Freeman, davantage préoccupé par la pression mise au centre de la ligne va complètement manquer son block. Sack, fumble, perte de balle. C’est la première fois de la postseason qu’Atlanta concède un turnover. Le momentum bascule définitivement sur la série offensive suivante puisque les Patriots vont marquer leur second touchdown du match. 28-20.

Puis vient le drive de la discorde. Il reste 5:56 min à jouer. Les Patriots ne doivent pas encaisser de points pour espérer l’emporter. S’ils marquent, les Falcons se rapprochent plus que jamais de la victoire. Sur ses propres 10 yards, Matt Ryan trouve Devonta Freeman sur un checkdown pour 39 yards. Atlanta est à mi-terrain, veut accélérer, joue en high tempo met ne prend que 1 yard sur une nouvelle course du running-back. Sur la 2ème&9, Matt Ryan se connecte avec Julio Jones pour une réception exceptionnelle de 27 yards le long de la sideline. Désormais sur les 22 yards des Patriots – soit à portée de field-goal – et alors qu’il reste 4:40 min à jouer, Freeman court pour perte (1 yard) sur la première tentative, Matt Ryan se fait sacker sur la 2ème&11 et sur la 3ème&23, Atlanta se fait pénaliser pour un holding. La 3ème&33 sera une passe incomplète.

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Résultat : Ce drive résume à lui seul la gestion douteuse des Falcons menée en seconde mi-temps. D’abord dans la gestion de l’horloge. Une nouvelle fois, plutôt que de laisser tourner le chrono une fois la première tentative obtenue par le big play de Freeman, le snap a lieu alors qu’Atlanta a encore 19 secondes à gagner ! Bis repetita sur la 2ème&9, le snap a lieu à 13 secondes du terme de l’horloge. Sur la série suivante, si Freeman se heurte une nouvelle fois à la ligne défensive féroce des Patriots, lors de la 2ème&11, inexplicablement, le coordinateur offensif des Falcons décide d’appeler un jeu de passe. Sauf que Matt Ryan se fait sacker par Trey Flowers (en jaune) qui surprend Alex Mack et Chris Chester au centre de la ligne. A noter que :

  1. Ryan aurait pu éviter le sack en lançant la balle afin de ne pas perdre de terrain et de permettre à son équipe de rester en situation de field-goal.
  2. Sur ledit sack, Flowers et Branch (en orange) ont croisé leur rush pour apporter de la confusion à la ligne offensive d’Atlanta. A raison.

Pourquoi en situation de 2ème&11 sur les 22 yards des Patriots, Kyle Shanahan a-t-il appelé un jeu de passe plutôt qu’un jeu de course ? Et encore. En mettant simplement genoux au sol sur les deuxièmes et troisièmes tentatives, le kicker Matt Bryant aurait eu à tenter un field-goal d’à peine 40 yards tout à fait dans ses cordes (31/32 sur ses tentatives de 40 yards ou moins dans le 4ème quart-temps ou en overtime selon ESPN Stats & Informations). Mieux, ce choix aurait non seulement obligé New England à marquer encore deux fois dans le match, mais les aurait aussi forcé à prendre deux temps-mort pour éviter que l’horloge ne tourne. Aussi agressif soit Kyle Shanahan, s’il y a bien une situation qui demande un certain conservatisme étant donné la situation, c’est bien celle-ci. Au moment le plus important du match, Shanahan a décidé de maintenir l’identité offensive d’Atlanta, à savoir d’être l’attaque la plus explosive de la Ligue. Cela avait fonctionné en première mi-temps. Seulement, au lieu d’aider son équipe à l’emporter, le play-calling agressif de fin de match qui a définit la franchise durant la saison leur a coûté le titre.

Bilan, alors qu’il reste 3:30 min à jouer, les Patriots ont écrit l’histoire. En confisquant le ballon jusqu’à la dernière minute du temps réglementaire pour marquer un touchdown égalisateur (28-28) sur une course de James White puis de réitérer durant l’overtime dès la première possession. James White. Touchdown. Rideau. Cinquième Super Bowl pour la franchise de Boston avec le plus grand come-back de l’histoire en prime. De son côté, Atlanta a connu le pire scénario possible dans la quête d’un Super Bowl : avoir été l’équipe la plus dominante de ces playoffs pour échouer lors des 20 dernières minutes du match suprême avec 25 points d’avance. Tout ça sur fond de quête de premier Super Bowl dans l’histoire de la franchise.

Comment les Falcons ont-ils pu permettre aux Patriots de marquer les 31 derniers points de la partie après avoir mené 28-3 en cours de troisième quart-temps ?

  • Le pass rush d’Atlanta a peu à peu disparu. La défense des Falcons a passé sa première mi-temps à harceler Tom Brady et ce sans avoir le besoin de blitzer. C’est simple, le front four des Falcons a mis la pression 44.7% du temps lors des dropbacks de Brady (situations de passe où le QB prend le ballon sous son centre et recule). Ce qui était d’autant plus inquiétant, c’est que la pression venait du centre de la ligne, empêchant ainsi Brady de rester dans sa poche. A titre d’illustration, le defensive tackle Grady Jarrett qui avait jusque-là 3 sacks à son actif cette saison en a réalisé trois rien que lors du Super Bowl.
  • Sauf que le cauchemar de toute défense, c’est le temps. Plus vous restez sur le terrain, plus vous vous fatiguez, raison pour laquelle l’adage veut que l’attaque fasse gagner les matches quand la défense fait gagner les titres. Et à défaut de marquer rapidement, l’attaque des Patriots a su monopoliser le ballon tout au long de la rencontre. Ainsi, la défense des Falcons a subi deux fois plus de snaps que celle des Patriots (93 contre 47 selon Elias Sports Bureau), soit le delta le plus important dans l’histoire des playoffs NFL. Et durant le quatrième quart-temps, les efforts des Patriots ont porté leurs fruits : le taux de pression de la défense des Falcons sur Brady a chuté passant de 44.7% à 20%. La protection contre la passe était donc de facto moins efficace. La défense des Falcons était rincée.
  • Les Patriots ont exploité en seconde mi-temps une des faiblesses des Falcons : sa défense contre la course. LeGarrette Blount avait un grand rôle à jouer dimanche afin de déstabiliser la défense des Falcons. La raison ? Atlanta possède la quatrième pire défense contre la course de la Ligue. Une faiblesse que n’a pas su exploiter les Pats en première mi-temps puisque Blount a porté 8 fois le ballon pour seulement 16 yards gagnés et une perte de balle (fumble). Dans le troisième quart-temps, New England lui a donc préféré James White, auteur d’un match parfait. Par ses qualités en dehors du backfield, son profil était le plus approprié pour exploiter les mismatches (6 ballons portés pour 29 yards, 14 réceptions pour 110 yards, 2 TD). Tom Brady avouera lui-même à l’issue du match qu’il méritait le titre de MVP du Super Bowl. White a joué 71 snaps durant le match, soit le total le plus important pour un running-back des Patriots depuis 2012 selon ESPN (Danny Whoodhead, 73).
  • Le jeu au sol des Falcons s’est liquéfié en seconde mi-temps. Il a pourtant été particulièrement efficace durant les 30 premières minutes face à la quatrième meilleure défense contre la course de la Ligue. A la mi-temps, Devonta Freeman et Tevin Coleman avaient déjà couru pour 86 yards en ayant mis que 9 fois le ballon sous le bras. Mais les Patriots se sont ensuite ajustés. En deuxième mi-temps, les Falcons n’ont couru que 18 yards pour autant de contributions dont cinq courses sans gain voire pour perte.
  • Si les Falcons ont bien aidé le retour miraculeux des Patriots par leur gestion très discutable de l’horloge, ils se sont également montrés incapables de rester sur le terrain en deuxième mi-temps (40:31 min de possession pour les Pats contre 23:27 min pour les Falcons sur l’ensemble du match). Autrement dit, ils ont été très peu efficaces sur troisième tentative. C’était pourtant la meilleure manière d’entériner le match. Atlanta a complété 64% de ses troisièmes tentatives lors de ces playoffs jusqu’au Super Bowl. Combien en ont-ils complété dimanche dernier ? 1 sur 8, soit 12%. Et sur certaines de ces troisièmes tentatives, Atlanta s’est fait punir : Matt Ryan a été sacké quatre fois (dont le strip-sack d’Hightower).

Ce qu’il restera, c’est qu’Atlanta est la première équipe de l’histoire du Super Bowl à perdre en ayant inscrit un pick-six. Les Patriots, eux, ont atteint la perfection une fois que la marge d’erreur était au plus bas. Le Super Bowl LI nous a ainsi rappelé – plus que jamais – que l’important n’est pas de savoir comment vous démarrez un match, mais comment vous le terminez.

Romain Laplanche

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