Les cinq receveurs les plus difficiles à couvrir selon Richard Sherman


Chose promise, chose due. En écrivant son article sur le b.a.-ba du poste de cornerback pour le Players’ Tribune, Richard Sherman avait promis de faire le point sur les receveurs les plus difficiles qu’il ait eu à couvrir durant sa carrière. « Les réponses plus nuancées requièrent une explication plus profonde que des phrases toutes faites ou abrégées », s’était-il justifié.

Article original : http://www.theplayerstribune.com/richard-sherman-seahawks-toughest-receivers-ive-ever-covered/

Je me souviens de la première fois où j’ai dû couvrir Odell Beckham Jr. C’était lors de la semaine 10 de la saison 2014 (sa saison rookie) deux semaines avant sa réception à une main qui lui a réellement permis de se faire connaître à travers le monde. Il avait manqué les quatre premiers matches de la saison à cause d’une blessure, donc on n’avait pas beaucoup de films pour nous aider à nous préparer contre lui.

Au cas où vous ne le saviez pas, j’ai récemment décortiqué les subtilités du poste de cornerback pour le Players’ Tribune. Dans cet article, j’ai insisté sur un point : les cornerbacks sont sur le terrain pour tous les jeux défensifs. On ne sort jamais. Si le drive compte 14 jeux, on est là pour les 14 jeux pendant que des receveurs différents s’alignent face à nous.

Lors de cette semaine 10 contre les Giants, j’ai été sur la touche pour quelques jeux quand j’ai dû affronter Odell, tout frais. Il a couru un stop-and-go et je l’ai assez bien couvert. Quand il a fait son premier cut, j’étais bien dans sa poche. Ensuite est venu la deuxième partie de son jeu : il a juste explosé – comme s’il avait été propulsé par un canon – et il a réceptionné le ballon pour un long gain. Je me suis dit, OK. Maintenant, je sais.

La vitesse est probablement l’élément le plus trompeur chez un receveur. C’est une des choses à laquelle vous ne pouvez pas vous préparer en regardant les films. La seule façon de réellement la mesurer, c’est de vous alignez contre le gars et voir ce qu’il a, et comment il l’utilise.

Je vais analyser ici les 5 receveurs les plus difficiles que j’ai dû couvrir, mais je le ferai avec un petit astérisque parce que je vais en mentionner plus que cinq. Cet article analysera les différents types de receveurs et ceux qui s’inscrivent dans les catégories concernées. Vous voulez toujours vous dépasser et affronter le meilleur receveur. Avec ça en tête, voici les gars que j’attends avec impatience tous les dimanches.

Julio Jones

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Je commencerai avec Julio Jones parce que fondamentalement, il peut tout faire. Il a des grandes mains, une grande vitesse, il peut sauter et arracher le ballon en l’air – il a le jeu très complet que vous voulez d’un receveur. Il n’y a pas de point faible dans son jeu.

Mais la chose qui le rend à part, c’est que c’est un joueur ‘col bleu’. Le jeu n’est jamais terminé pour lui. Il ne trottine pas sur les tracés de leurre. Il court tous ses tracés avec un effort maximal même quand il y a 100% de chance qu’il n’ait pas le ballon. Sur les jeux de course, il bloque aussi durement qu’il aimerait que ses coéquipiers le fassent pour lui pour les situations de passe. Et parce qu’il va toujours à 100 à l’heure, il ne vous donne aucune indication qui pourrait vous aider à déchiffrer s’il s’agit d’un jeu de passe ou d’un jeu de course, si le ballon est pour lui ou si le ballon doit aller de l’autre côté du terrain. Quand le jeu est loin d’eux, certains gars passent la ligne de scrimmage puis laissent tomber. Pas Julio.

Quand vous êtes cornerback et que vous êtes sur le terrain pour tous les jeux, c’est un gars qui vous use pendant le match. Je ne vais pas évoquer toutes ses qualités physiques parce qu’on en aura pour la journée. Si vous voulez les voir à l’œuvre, rien de tel que de voir son match à 300 yards contre les Panthers plus tôt dans la saison. Voici un de ses plus gros jeux de ce match.

Un gars qui peut faire ça et qui refuse d’abandonner un quelconque jeu présente un défi assez unique pour n’importe quel cornerback.

Brandon Marshall

NFL: Seattle Seahawks at New York Jets

Quand j’entends les gens parler de receveurs « physiques », c’est principalement parce qu’ils voient un gars grand et fort, capable de sauter et d’attraper les passes sur les défenseurs adverses. Mais ce n’est pas ce à quoi je pense quand je pense aux receveurs dits « physiques ».

Dans mon article sur les subtilités du poste de cornerback, j’ai parlé de l’importance de la bataille des mains (hand-fighting). Durant le tracé du receveur, que ce soit avant ou après 5 yards, les mains du receveur et du cornerback sont continuellement en mouvement. Chacun pousse et repousse l’autre afin de gagner la position. La bataille des mains est difficile à voir quand vous regardez la TV, mais les grands receveurs sont capables de s’en sortir sans être pénalisés parce qu’ils le font de manière naturelle.

Ce sont principalement les gars les plus costauds qui sont les meilleurs dans le hand-fighting. Calvin Johnson était assez bon à ça. Demaryius Thomas en est un bon adepte également. Brandon Marshall est l’un des meilleurs dans le registre. Il utilise vraiment bien ses mains pour pousser ou repousser son défenseur pour obtenir la séparation. Il est très fort pour créer de la séparation dès la ligne de scrimmage en utilisant ses mains et il est aussi bon pour les utiliser jusqu’à la dernière seconde, pile quand le ballon arrive, pour créer un avantage. Regardez ce jeu contre les Redskins la saison dernière. La bataille des mains implique généralement des mouvements si subtils qu’il est vraiment difficile de les voir mais sur ce jeu, c’est un peu plus évident. Le ballon est sous-dosé. Regardez comment Brandon ralentit et met sa main (gauche) sur le dos de Bashaud Breeland.

Ce petit coup de pouce a suffi à Brandon. Il a utilisé l’élan de Breeland pour le repousser et, dans le même temps, ça lui a donné la possibilité de ralentir et de faire cette réception grâce à ses qualités athlétiques. Ce que ne vous voyez pas là, c’est que Brandon a fait cette réception pour aller au touchdown.

Aussi loué soit-il, c’est encore probablement l’un des receveurs les moins considérés en NFL. Je veux dire, il reste sur 7 saisons consécutives à plus de 1,000 yards en réception et il a dépassé les 1,000 yards sur 8 des 9 dernières saisons – sans compter qu’il a fait ça en jouant pour quatre équipes différentes et différents quarterbacks. On entend beaucoup parler des joueurs de système – des gars qui sont seulement bons pour le système d’une équipe. Mettez-les dans une autre équipe avec des coaches ou des coordinateurs différents, ils n’y survivraient pas.

Brandon réussit partout, qu’importe la situation. Vous devez le respecter pour ça.

Larry Fitzgerald

Seattle Seahawks v Arizona Cardinals

Je mettrai également Larry dans la catégorie des receveurs « physiques », mais il fait aussi partie de ceux capables de tout faire comme Julio. Plus que quiconque, Larry s’appuie sur un sens du jeu unique. Il a une compréhension approfondie de tout ce qui se passe autour de lui. Il a un incroyable sens du timing et de comment tout est supposé se passer.

Prenez son tracé de course, par exemple. Sur le papier, son tracé pourrait ressembler à une ligne droite. Mais quand il le court, ça ressemble davantage à un tracé croisé tellement il est serpenté. Certaines personnes assimileraient ça à un mauvais tracé de course, mais il le mène ainsi pour obtenir le bon timing. Il comprend le timing de libération du ballon du quarterback, le timing du tracé, le timing du jeu et il comprend la couverture mise en place par la défense. Sans oublier que sur la ligne de scrimmage, il a plein de trucs et astuces – des faux mouvements de tête et d’autres choses de la sorte – qui l’aide pour créer la séparation. S’il obtient souvent cette séparation rapidement, il a besoin d’ajuster un peu son tracé afin de ne pas perdre le timing du jeu. Même chose s’il est coincé. Le timing, c’est tout.

Maintenant que c’est davantage un joueur vétéran, il crée beaucoup de dommages par la qualité de son tracé, pas juste sur la ligne de scrimmage. Il fera un jab subtil, un push-off, ou s’il est bien maîtrisé, il connait assez bien le jeu pour bloquer le bras du cornerback ou l’utiliser pour obtenir une pénalité. Et si rien de tout ça ne fonctionne et qu’un coéquipier a le ballon, il fera juste ça :

A.J. Green et Antonio Brown

Richard Sherman, Antonio Brown

Voici ce qu’il faut comprendre à propos de la vitesse : peu importe à quel point tu vas vite, l’important, c’est comment tu l’utilises. Si la vitesse à elle seule importait pour être ouvert en NFL, ça ferait longtemps que Bill Belichick aurait contacté Usain Bolt.

La vitesse – comme la taille, la force ou le fait d’avoir de grandes mains – est juste un outil dans l’arsenal du receveur. Et en NFL, tous les receveurs vont vite. Comme je le dis, il s’agit de comment tu l’utilises. Antonio Brown est créatif avec sa vitesse. Il est trompeur. Il utilise son accélération et sa décélération de manière unique. C’est ça qui lui permet d’être ouvert.

Le cornerback des Broncos, Chrish Harris Jr, a récemment écrit un article similaire à celui-ci dans le Players’ Tribune sur les plus difficiles receveurs auxquels il a dû faire face. Et son appréciation sur Antonio Brown est parfaite. Il écrit : « C’est comme en basket quand le meneur de jeu utilise un crossover et hésite avant d’exploser pour aller au cercle. » AB maîtrise les mouvements subtils en cours de tracé qui peuvent secouer même les meilleurs cornerbacks de la ligue. Parfois, sa déviation est si radicale qu’on croirait un double move, il a le changement de foulée suffisant pour lui permettre de vous mettre hors de portée.

A.J. Green est un autre receveur qui varie sa vitesse de manière très efficace. Mais il peut aussi sauter de manière incroyable. Comme Julio, ses qualités athlétiques sont hors normes.

Le truc à propos d’A.J., c’est que ce n’est pas vraiment un receveur qui gagne des yards après réception. La plupart du temps, ses dommages, il les fait avant d’avoir le ballon. C’est toujours une menace dans le jeu profond et il est capable de s’élever et d’attraper le ballon au point le plus haut. Ensuite, vous avez un gars comme Odell. Lui est incontestablement un receveur qui gagne des yards après réception. Vous ne le voyez pas souvent faire souffrir les meilleures défenses de la ligue, mais une fois qu’il a la balle en mains, il peut faire des choses assez incroyables.

A.J., AB et Odell ont tous les trois une vitesse extraordinaire qu’ils utilisent de manière différente pour leur permettre d’être ouvert à leur façon.

Doug Baldwin

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Évoquer ce receveur est une sorte de bonus, et ce n’est pas seulement pour pomper mon gars. Doug est mon gars – et ça a toujours été le cas depuis nos années de fac à Stanford – mais honnêtement, je crois que c’est l’un des meilleurs receveurs de la ligue. Et je lui fais face tous les jours à l’entraînement, donc personne ne peut le juger mieux que moi.

Pour Doug, tout commence sur la ligne de scrimmage. Je pense que c’est l’un des plus explosifs de la ligue. Peu importe le tracé qu’il prend, il est toujours aussi explosif. On peut parler de la bataille des mains, des changements de vitesse ou de ses qualités physiques, de tout ce qu’on veut. Mais quand il s’agit de Doug, tout est une question de créativité.

Le football est un jeu qui est joué depuis un moment maintenant. Tout ce que vous pouvez tenter de faire aujourd’hui a déjà été fait d’une manière ou d’une autre par quelqu’un d’autre. Mais Doug continue de repousser les limites. Chaque jour il est à la recherche d’un nouveau mouvement, d’une nouvelle façon de se libérer de son défenseur ou d’une nouvelle façon de retarder le timing de son tracé. Ça demande un jeu de jambes incroyable pour le faire mais aussi une discipline et des qualités athlétiques extraordinaires. Je repense à ce move qu’il a fait contre Jerraud Powers, cornerback des Cardinals, la saison dernière.

Si vous vous demandiez ce qu’était encore un Eurostep, le voici. La plupart des receveurs aurait fait comme pour n’importe quel autre tracé, à savoir hésiter et planter leur pied au sol pour faire un cut tranchant tel qu’on leur a appris en Pop Warner (en jeunes, ndlr). Pas Doug. Il y est allé à fond à la manière de James Harden pour que le cornerback se tourne et qu’une fois remis, ce soit trop tard.

Souvent les fans regardent le match chez eux et voit les ralentis en slow-motion et se disent : Pourquoi a-t-il fait ça ? Pourquoi n’a-t-il pas vu ça ? C’est parce qu’on voit tout en temps réel, et beaucoup de receveurs dans cette ligue font un grand travail dans la tromperie en prenant des décisions en une fraction de seconde. Doug est incontestablement sous-considéré dans ce registre. Il a toujours plus d’un tour dans son sac.

Quand vous atteignez ce niveau, tous les receveurs sont immensément talentueux, auquel cas ils ne seraient pas ici. Les gars que j’ai énuméré ici sont à l’échelon supérieur. Mais à la fin de la journée,  il y a plus d’une façon d’être ouvert. Le défi le plus important en tant que cornerback est de comprendre contre qui vous jouez et comment vont-ils s’y prendre pour faire leurs jeux.

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