Khalil Mack, le fossoyeur


Si les Raiders sont en passe de se qualifier pour les playoffs lors de cette saison NFL après avoir passé la dernière décennie à faire figure de faire-valoir, c’est en partie grâce à un homme : Khalil Mack, defensive end de 25 ans, auteur de 10 sacks, 4 fumbles forcés et d’un pick-six. Les Raiders peuvent compter sur ce lineman prêt à démembrer les quarterbacks adverses. Et pour lui, il s’agit de la route la plus courte pour aller chercher le titre de défenseur de l’année. Présentation.

Article original : http://www.si.com/vault/2016/02/11/mack-attack

Lors de sa saison rookie, Khalil Mack était l’un des meilleurs joueurs défensifs de la NFL. Mais pourquoi les Raiders ont-ils décidé de faire jouer cet outside linebacker en véritable defensive end ? Parce qu’ils pensent qu’il peut devenir l’un des meilleurs pass rushers de l’Histoire.

Pour empêcher Dwyane Wade d’aller aux cercles sur leur terrain de basket, les anciens de l’Église du Miracle Prayer Temple à Fort Pierce en Floride devaient monter à plus de 3,30m (11 pieds). Cela n’a pas suffi à dissuader Khalil Mack d’aller dunker sur ces cercles à 15 ans. C’est ce qu’a déclaré le defensive end à la presse après un récent entraînement, et nous sommes bien enclin à le croire. Lors du Combine 2014, trois mois avant qu’Oakland ne le sélectionne en cinquième position du premier tour de draft, Mack avait montré qu’il pouvait sauter aisément à plus d’un mètre en détente sèche lors de l’exercice du vertical jump.

Il se rappelle de ces moments vécues à l’Église au Miracle Prayer Temple, lieu que sa famille adore tant alors qu’il quitte l’entraînement. Derrière lui, les noms qui longent la clôture sont un rappel constant de l’identité des Hall of Famers des Raiders. De Jim Otto, George Blanda, Fred Biletnikoff à Howie Long en passant par Marcus Allen et Tim Brown. Bien sûr, il est évidemment bien trop tôt pour commencer la mise à jour de ladite clotûre, mais le buzz généré autour de lui montre qu’il a le talent et le tempérament pour éventuellement en faire partie.

Cette tournure des événements pourrait l’étonner lui-même car sa passion première n’était pas le football mais le basket. Puis un jour, tout a basculé. Un dimanche, durant une pause dans l’étude de la Bible, il expose ses prouesses dans le dunk devant une petite foule qui l’observe. Il ne pense pas alors aux Proverbes 16:18 – L’arrogance précède la ruine, Et l’orgueil précède la chute – quand il a pris ses appuis pour bondir.

« J’essayais de montrer ce que je savais faire, mais dès que j’ai sauté, j’ai senti une déchirure. » Il s’agit du tendon rotulien de sa rotule gauche. « On a entendu quelque chose craquer et il est tombé à terre. J’ai failli m’évanouir, se souvient le père de Khalil, Sandy. Mais j’ai dû rester fort. Je ne voulais pas qu’il sache que j’étais paniqué intérieurement. »

Cette blessure a entériné sa carrière au lycée mais s’est avérée être une bénédiction. Mack était junior au lycée Westwood quand le coach de football Waides Ashmon l’a convoqué en plein cours de chimie. Même si Mack n’avait pas joué en sport universitaire, c’était un féroce guerrier, et il l’a toujours été. Quand il avait 8 ans, Sandy se souvient que son fils pouvait enchaîner 50 pompes de manière ininterrompue. A 17 ans, il était bâti comme Apollo Creed. Ashmon l’avait déjà noté. « Que dois-je faire de toi ? lui demanda-t-il. Te mettre sur mon terrain de foot ? »

« Je jouerai aussi longtemps que mon père le voudra », lui répondit-il. Ashton a alors spontanément interpellé son père dans le couloir. Et ce dernier avait des inquiétudes d’ordre académique : il voulait que son fils soit diplômé. Il craignait que le football soit une source de distraction au détriment de ses études. Ashmon lui a rétorqué que c’est le football qui lui permettra d’entrer à l’université.

Il avait raison, mais ce n’était pas chose faite. Un flot continu de recruteurs sont passés à Westwood à l’automne 2008 lors de la seule saison de Mack. Mais ils étaient là pour courtiser le defensive end Luther Robinson et le quarterback Isaac Virgin qui ont respectivement signés pour les programmes de Miami et de South Florida. Les qualités athlétiques de Mack étaient pourtant hors normes. Auteur de 140 plaquages pour les Panthers, il était si brut que la plupart des coachs étaient effrayés.

Sauf un, Robert Wimberly. Il était persuadé que Mack se métamorphoserait en monstre lorsqu’il l’a coaché pour la seule et première fois. Wimberly était un assistant à Liberty, un programme FCS (Football Championship Subdivision) du Lynchburg en Virginie, qui avait étudié les qualités du garçon. Après avoir rendu visite à sa famille dans leur modeste duplex de Fort Pierce, Wimberly a obtenu un accord verbal de ses parents, un fait qui n’est pas très surprenant. La famille était en osmose avec les valeurs chrétiennes mises en avant par le programme. Et puis Mack n’avait pas d’autres offres.

Wimberly s’est alors inquiété que des programmes se mettent finalement à voir ce qu’il avait vu du joueur et qu’ils l’arrachent à son détriment. « Lors des deux dernières semaines de recrutement, avoue-t-il. On a perdu beaucoup de gars qui ont préféré les écoles FBS (Football Bowl Subdivision). »

Et au final, Liberty a bien perdu Mack. En janvier 2009, Turner Gill a engagé Wimberly à Buffalo pour coacher les linebackers. Les Bulls venaient juste de gagner la MAC et le programme n’avait pas réalisé une telle saison depuis un demi-siècle. Mis au parfum par Wimberly, Gill a naturellement fait venir Mack à Buffalo. Et après la visite officielle de son fils, « en janvier, alors qu’il y avait quatre mètres de neige, se souvient Sandy, il est revenu et nous a dit qu’il voulait aller à Buffalo. » En quatre saisons universitaires avec les Bulls, Mack totalisera 327 plaquages dont 75 plaquages pour perte (record NCAA), 28½ sacks (record du programme), et 16 fumbles forcés (record NCAA).

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Khalil Mack sous les couleurs du programme des Buffalo Bulls

Ken Norton Jr. a maintenant 49 ans et une démarche particulière avec ses jambes arquées et un boitement prononcé. « Un homme ne peut-il pas avoir un genou douloureux sans avoir le besoin d’en avoir un nouveau ? » demande-t-il d’une irritation feinte quand le sujet de sa jambe droite ressurgit. Norton, coordinateur défensif d’Oakland a joué 13 saisons en NFL en tant que linebacker, a gagné 3 Super Bowls et a été sélectionné pour 3 Pro Bowls. Son rôle, tel qu’il le voit, est d’aider Mack a développer son talent, à manifester la grandeur qu’il a entraperçu en lui et d’être un peu ce rabat-joie sur son chemin.

Norton et Jack Del Rio, head coach des Raiders, ont joué à eux deux 24 saisons NFL en tant que linebackers. Durant la offseason 2015, les deux hommes se mettent d’accord sur le fait que le joueur d’1m91 pour 113kgs qui a joué outside linebacker lors sa saison rookie serait mieux utilisé en tant que defensive end. « Je sentais que plus on le mettait en situation de rusher le quarterback, plus on obtenait le meilleur de lui. Parce qu’aussi bon soit-il en linebacker, il est vraiment bon pour aller rusher le quarterback. »

Alors oui le nombre de sacks de Mack était faible lors de sa saison rookie en 2014 (4) mais non, cela ne signifie pas qu’il était inefficace. Pro Football Focus l’a crédité de 40 mises sous pression (hurries) soit le deuxième plus grand total dans cette catégorie statistique parmi les outside linebackers évoluant dans un système 4-3. Et ceci n’est que le côté pile de son jeu. « C’est un grand pass rusher mais il est aussi très bon dans le jeu de course », déclarait Carson Palmer, quarterback des Cardinals d’Arizona en octobre 2014. Pourtant généralement peu enclin à l’hyperbole, il avait même décrit Mack comme étant un joueur « phénoménal ».

Parmi d’autres observateurs, l’ancien running-back aujourd’hui analyste pour ESPN Merril Hoge a rejoint Palmer. Hoge a jugé Mack en novembre 2014 comme étant le « meilleur linebacker de la NFL et… le meilleur contre la course. » S’il n’est pas le meilleur, il a raison en soit pour qu’il fasse partie du débat : sur les 75 plaquages de Mack en 2014, 52 ont été des plaquages pour perte ou pour un gain de moins de 3 yards. Avec ses 11 stuffs½ (capacité à annihilé complètement le jeu de course adverse), il est le deuxième meilleur de la ligue dans le registre derrière J.J. Watt.

« Je n’ai jamais vu un gars de deuxième année avec une telle habileté », dit de lui son coéquipier Curtis Lofton, linebacker vétéran dans sa huitième saison NFL. « Il n’y a pas de limites pour lui. »

Il est vrai que beaucoup des meilleurs pass rushers dans l’histoire de la ligue sont connus pour être plus grands que ne l’est Mack (1,91m). Deacon Jones, Reggie White, Richard Dent, DeMarcus Ware. Mais certains ne le sont pas. « Regardez Lawrence Taylor, Derrick Thomas, Von Miller, affirme Norton. Ces gars ne font pas 1,95m. Mais ils avaient un grand sens du timing, ils lisaient très bien leur offensive tackle. Ils avaient un don. »

Norton ne dit pas que Mack pourrait être le prochain Lawrence Taylor, Derrick Thomas ou à faire partie du Hall Of Fame. Seulement que le joueur de 25 ans a tout ce qu’il faut pour en faire partie. Les moyens physiques plus les intangibles : il est sérieux, déterminé et a compris qu’on lui a donné un don. En plus de l’aider, ses aînés comme Justin Tuck et Charles Woodson rappellent qu’il est toujours en phase d’apprentissage sur la façon de l’utiliser. « Aussi longtemps qu’on parle du bon joueur qu’il est, dit Norton, ils sont là pour lui dire : Hey, tu n’as pas vraiment fait grand chose encore. Quatre sacks la saison dernière. Vraiment ? Allons. »

Mack est allé chercher son troisième sack lors de la saison 2015 au cours du quatrième quart-temps de la défaite 22-20 face à Chicago. Mais son plus gros jeu a eu lieu sur la série précédente quand il a mis la pression sur Jay Cutler obligeant ce dernier à lancer un ballon flottant intercepté par Woodson. Sur un autre jeu clé, Mack s’est rué sur Cutler alors qu’il était dans sa poche, l’a effleuré avant qu’il ne se fasse sacker par Aldon Smith, le premier sous ses nouvelles couleurs. Lors de la saison 2015, le defensive end a accumulé 77 plaquages, 15 sacks et provoqué 2 fumbles pour sa deuxième saison NFL.

De son côté, Derek Carr, petit-fils de pasteurs pentecôtistes, a démontré l’étoffe d’un franchise quarterback dès sa deuxième saison. Autant dire que les pierres angulaires de cette franchise plus connue pour sa philosophie de « hors-la-loi » sont deux enfants de chœur plus à l’aise au sein d’un cercle de prière que dans un bar.

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« On a fait de notre mieux, clame Sandy pour que nos garçons nous respectent mais qu’ils respectent aussi les autres. Trop souvent quand les jeunes quittent le cocon familial, ils agissent de telle manière que les gens ne veulent pas en entendre parler. Je ne veux pas que cela soit dit concernant mes garçons. » Dans ce cas, pour Khalil, c’est du 50/50. Pendant qu’il tente de respecter toutes les personnes qu’il rencontre, il y en a beaucoup d’autres qui ne veulent pas le rencontrer : il s’agit principalement d’offensive tackles, de tight-ends, de running backs et de quarterbacks.

Mack est arrivé à Buffalo inexpérimenté mais aussi doté « d’une concentration, de buts et d’un plan, se souvient Wimberly. Beaucoup d’universités l’ont ignoré et il voulait leur prouver qu’elles ont eu tort. » Lors de son premier été à l’Ouest de New-York, Mack a rencontré le running-back des Chargers Branden Oliver lors du même recruiting trip enneigé. « On a tellement travaillé à courir en côte, à tirer de la fonte, à se pousser l’un l’autre. On faisait toujours plus que ce que nous demandait les coachs. Après les séances de torture en équipes, on travaillait encore un peu plus ou on revenait la nuit, se souvient Oliver. Il n’y avait pas grand chose de plus à faire. »

Après la saison redshirt de Mack, Gill a pris le poste de head coach à Kansas en prenant Wimberly avec lui. Le nouveau coordinateur défensif de Buffalo était William Inge. Ce dernier se souvient que Mack était si perturbateur pour l’attaque adverse que le coach devait souvent demander à la scout team (une équipe comprenant des joueurs en développement chargés de préparer les différentes unités) de rappeler le même jeu une seconde fois « de sorte que le reste de notre défense puisse le voir se développer et obtenir ainsi une meilleure image de la façon dont il était censé être exécuté. »

Le troisième coordinateur défensif de Mack, Lou Tepper, 45 ans, a coaché durant 6 ans à l’université de l’Illinois (1991-1996). En ayant coaché pas moins de trois vainqueurs du Butkus Award (prix décerné chaque année au meilleur linebacker de l’année évoluant au niveau lycée, universitaire et professionnel) – Alfred Williams à Colorado, Dana Howard et Kevin Hardy à la fac de l’Illinois, Tepper se considère lui-même comme un fin connaisseur de la position. En effet, il a même écrit un livre sur le sujet : Complete linebacking. Tepper tend à diviser les linebackers en deux groupes : les pass rushers d’élite – outre Williams, il a eu Bruce Smith sous ses ordres à Virginia Tech et Simeon Rice à l’université de l’Illinois – et les linebackers complets, impénétrables contre la course : Hardy, Howard, Mike Johnson, Brady James.

Pour lui, Mack est le seul linebacker qu’il a coaché qui « pourrait intégrer les deux groupes à la fois. » Reste qu’aussi doué soit-il, les talents du jeune homme ne pourrait pas s’étendre à tous les sports. Lors de sa présentation en tant que nouveau coordinateur, Jeff Quinn déclare que Tepper est un excellent joueur de racquetball. Mack, qui a joué quelques matches contre son père avec entrain, demande à Tepper durant un meeting entre linebackers : « Coach, ce truc de racquetball. Vous y jouez vraiment avec de vrais athlètes comme nous ? »

Un match a alors été arrangé. Et les quelques coéquipiers du defensive end présents ont pu voir du balcon la victoire facile en trois sets de Tepper, 67 ans. « 15-0, 15-4, 15-2 », se souvient le coach. « Son maillot était trempé, le mien était aussi sec qu’un os. » L’arrogance précède la ruine… Parlez à l’entourage de Mack et on vous parlera des Écritures. En plus de ses conseils précieux pour les linebackers, Tepper a partagé avec Mack ce verset : ‘Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes.’

Lors de sa saison senior à Buffalo, en dépit de son humilité, il a gagné la réputation d’être l’un des meilleurs joueurs du pays. Lors du premier match de la saison, une défaite 40-20 face à Ohio State, il a cumulé 9½ plaquages dont 2 sacks½ et une interception retournée pour un touchdown de 45 yards. « C’est un joueur fantastique » avait déclaré impressionné Urban Meyer, le coach des Buckeyes. « Il pourrait jouer dans n’importe quelle école en Amérique. » Son stock de louanges ne cesse de croître. Si la NFL serait d’accord pour recommencer la draft 2014, Mack serait sûrement pris devant 3 des 4 joueurs qui l’ont devancé cette année-là : Jadeveon Clowney (Texans), Greg Robinson (Rams) et Sammy Watkins (Bills). Les Jaguars, qui avaient désespérément besoin d’un quarterback, pourraient encore aujourd’hui choisir Blake Bortles. Quoiqu’en regardant la tape de Mack, peut-être pas.

« Il a une humilité incroyable. Et j’espère que toute l’adulation et l’argent ne vont pas le changer », craint Tepper. N’aie crainte, Lou. Mack restera celui qui « n’a jamais cherché à attirer l’attention », rappelle Yolanda. « Il n’est pas du genre à être ce gars qui fait ses jeux qui vont lui faire perdre la tête, assure Norton. Il est intelligent. Il est sérieux. Il est là pour faire quelque chose. » Il respecte le don.

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