Osian Roberts, l’homme qui a façonné la sélection galloise


Il ne faut pas nécessairement être entraîneur ou sélectionneur pour marquer de son empreinte son club ou son pays. On peut aussi cumuler la fonction de directeur technique national et d’entraîneur adjoint. C’est le cas d’Osian Roberts, le numéro deux de Chris Coleman à la tête du Pays de Galles. La dernière grande phase finale à laquelle ont participé les Gallois remonte à la Coupe du monde 1958. Autant dire que si la sélection s’est aisément qualifiée pour l’Euro 2016 et tend à jouer jusqu’au bout son rôle d’outsider, Roberts a eu son rôle à jouer. Présentation.

Un vestiaire sombre, un stade délabré, l’endroit semble improbable pour commencer une nouvelle épopée. Et pourtant, c’est là, en Serbie, cette nuit du 11 septembre 2012 que tout semble avoir commencé pour la sélection du Pays de Galles. Lors de cette débâcle (6-1) face à la Serbie. La rentrée aux vestiaires fut plus longue que jamais.

« Dans le vestiaire, c’était le chaos. Il n’y avait pas de lumières, c’était comme une morgue. Mais j’ai dit à Chris (Coleman) : ‘Quand on regarde en arrière, c’est peut-être la meilleure chose qui puisse nous arriver’. Il faisait trop sombre pour que je vois sa réaction mais je lui ai dit ça parce qu’on avait besoin d’une catastrophe pour se dire : ‘bon, voilà c’est fait. Laissons-ça derrière nous et allons de l’avant’, se souvient Osian Roberts pour le Daily Mail. On avait besoin d’un catalyseur de la sorte parce qu’il n’y avait pas de question sur la qualité de nos joueurs. La question était de savoir si on pouvait revenir au niveau où nous étions avant. A l’époque, tout ça c’était de la torture. »

Cette rouste et ces paroles ne sont pas anodines. Voilà déjà presque un an que l’ancien sélectionneur du Pays de Galles, Gary Speed, est décédé (le 27 novembre 2011) et personne ne s’est encore remis de cette tragédie. Speed avait galvanisé les gallois en remportant trois des derniers matches qualificatifs pour l’Euro 2012. Son décès soudain a fait chavirer une nation et sa sélection (désormais menée par Chris Coleman), marquée par cinq défaites de suite lors des éliminatoires à la Coupe du monde 2014 ruinant ainsi tout espoir d’y participer.

« On était à Llanelli et on a perdu 2-0 face à la Bosnie. Il y avait 2000 personnes, aucune ambiance. La Bosnie avait fait un bon match, nous on avait été très pauvre. A la fin du match, Craig Bellamy retire ses chaussures et crève l’abcès : ‘Les gars, je sais que c’est dur mais on doit s’en sortir. Je suis le pire de tous, je sais. C’est dans la tête. Il est là dans ma tête. J’essaie d’oublier ça mais il est encore là, tout le temps. Je sais que c’est dur pour tout le monde mais on doit faire en sorte de passer…’ C’était émouvant, déchirant. Craig avait mal comme on avait tous mal. Mais ça résumait le problème. Gary était dans la tête de tout le monde, encore. C’est seulement un mois plus tard contre la Serbie que tout le monde s’est rendu compte du choc. »

« L’homme le plus influent du football gallois »

Depuis lors, Osian Roberts a joué un grand rôle dans le succès actuel du Pays de Galles. Parce que la qualification du Pays de Galles pour l’Euro 2016 va bien au-delà des performances de Gareth Bale. Si les U16 du Pays de Galles ont remporté le Victory Shield pour la première fois en 60 ans en 2015 avant de faire le doublé cette année, si le Pays de Galles a battu la Belgique puis la France pour la première fois de son Histoire – pas une fois mais deux – et que la sélection est passé de la 82ème à la 17ème place au classement FIFA en l’espace de trois ans, il y a bien une raison.

Il a gagné sa réputation dans le milieu par ses qualités de formateur. Et il a gagné en confiance par les louanges qu’il recevait des managers qui venaient l’écouter. Osian Roberts est né à Anglesy dans le nord du Pays de Galles où le football est la seule option selon lui. Pour assouvir sa passion, il quitte très vite le Pays de Galles direction les États-Unis et l’Université de Furman, en Caroline du Sud. Il a 19 ans et n’a qu’un objectif : obtenir son diplôme en Éducation physique (et en santé). C’est l’un des premiers gallois à avoir reçu une bourse d’une université américaine. « Je jouais milieu de terrain à Bangor (ndlr : en Northern League, championnat semi-professionnel) et j’ai eu une grande opportunité au début des années 80 », résume-t-il. Pour cet exode, il a suivi et a été recommandé par Roy Rees, un coach gallois réputé dans la même université et pionnier du soccer américain dans les années 1980. Roberts sera entraîneur-joueur en American Professional Soccer League (New Mexico Chiles) avant de revenir au bercail pour diriger le club de football de sa ville de naissance et les jeunes de la sélection galloise (U16 puis les U18). Il devient ensuite entraîneur à Porthmadog en 1999, club de première division galloise avant d’être le directeur technique des sélections galloises en 2007 tout en étant l’adjoint successif de Gary Speed et de Chris Coleman à la tête de la sélection nationale. Ce dernier le décrit d’ailleurs comme « l’homme le plus influent du football gallois ». Ni plus ni moins.

L’architecte de la qualification du Pays de Galles à l’Euro 2016 a aussi joué le professeur pour Patrick Vieira, Thierry Henry, Roberto Martinez, Craig Bellamy et tant d’autres encore dans leur quête de leur diplôme d’entraîneur. C’est pour la qualité et la richesse de la formation que Patrick Vieira et Thierry Henry ont choisi de suivre le programme de la fédération galloise plutôt que celui de la FFF. « J’ai choisi la fédération galloise parce que j’aime leur vision de l’entraîneur et parce qu’on ne devient pas coach en lisant un livre, a confié en mars dernier l’actuel coach de New-York City à la BBC. J’adore leur ouverture d’esprit. Ce que Thierry Henry fera en tant que coach sera différent de ce que je vais faire, et ma façon de faire sera également différente de ce que fait Roberto Martinez. Ils ne cherchent pas à vous mouler. Donc c’est une façon différente de devenir coach. Ils m’aident, moi et Thierry à trouver notre voie. C’est pourquoi je suis très à l’aise de travailler avec Osian Roberts et la fédération galloise. »

Cette reconnaissance grandissante, Roberts essaie d’en faire profiter au plus grand nombre mais souhaiterait surtout que l’Etat encourage le développement de ses desiderata. En février dernier, il a été convié à partager son savoir et son expertise à la University of South Wales (USW) dans un deal avec la Welsh Football Trust (l’équivalent de notre INF). A cette occasion, il a également été nommé ambassadeur de l’université en matière de football pour livrer des conférences aux étudiants. USW sera ainsi la seule université du pays à fournir aux étudiants un accès à la formation de la fédération galloise reconnue à l’échelle internationale. Et en mai, ils ont pu faire connaissance avec Thierry Henry pour une conférence exceptionnelle.

Affilié à la Welsh Premier League, Roberts a demandé au gouvernement de venir en aide au financement des académies. « Nous avons potentiellement des mines d’or qui restent inexploitées. On doit commencer à tirer profit de nos 18 académies. La structure est en place, maintenant on doit veiller à la qualité des entraîneurs et des joueurs au sein de cette structure. Pour que les académies progressent, les clubs doivent être plus financés par les autorités en termes d’installations, pour le développement du coaching et le scouting. »

Fan de Lippi

Avant même qu’il ne soit à la tête des sélections nationales, le travail académique a toujours été au centre de ses préoccupations. Son parcours à la tête des sélections jeunes est éloquent (à la tête des U16 et U18 de 1996-1999), il a toujours entrepris un travail de recherche pour le développement de ses équipes puis du football gallois. C’est ainsi qu’au cours de sa carrière, il est allé voir les plus grands. L’intérêt ? Piocher des idées et prendre conseil. Il s’est rendu à Turin voir les entraînements de la Juventus, à Londres pour voir ceux de Chelsea, à Manchester pour voir ceux de United et à Valence. Et un homme l’a particulièrement marqué : Marcello Lippi. « Je suis allé voir la Juventus s’entraîner trois fois quand Lippi était coach pour que je puisse me renseigner et transmettre mon savoir. Il a gagné la Coupe du monde et la Ligue des champions donc vous ne pouvez pas trouver meilleur coach. Son style est différent par rapport à la plupart des coachs en raison de ses qualités en dehors de l’entraînement, ce qui est à l’extrême opposée de l’archétype du manager britannique. Il ne veut pas imposer ses convictions à ses joueurs, il veut que ses joueurs lui expriment leurs convictions pour qu’il façonne un ‘tout’. Il m’a appris comment travailler avec les meilleurs joueurs et obtenir le meilleur d’eux pour l’équipe. »

Fort de toutes ces expériences et de ce bagage, Roberts a développé ses idées propres. C’est donc naturellement qu’après plus de cinquante années de disette, il a décidé de restructurer la sélection galloise. Dans le jeu et dans l’approche de la performance. « Un examen stratégique visait à moderniser les structures du football gallois à tel point que toutes les sélections nationales devaient adhérer au même style de jeu et où les coachs devaient venir de ce système. L’histoire disait que nous étions performant une seule fois tous les dix ans. Et Gary (Speed) disait qu’on ne pouvait pas continuer ainsi. Donc on avait besoin d’un système d’identification des talents et d’une structure dédiée à la formation pour permettre aux joueurs de se développer. Le jeu et la philosophie de jeu doivent rester identiques à travers les époques. On l’appelle le ‘Welsh Way’ et cela inclus la façon dont nous parlons aux joueurs, le type de causeries que nous avons avec eux. Ils sont ainsi dans un cadre avec lequel ils sont à l’aise. Par exemple, Emyr Huws a été capitaine du Pays de Galles à tous les niveaux, des U16 jusqu’aux U21 et maintenant il joue avec les A. Donc si nous avons un noyau de joueurs qui partage cette trajectoire, les dix prochaines années ne seront pas si mauvaises. On devait changer de mentalité et s’assurer que les joueurs y adhèrent, donc on l’a rendu fun et agréable. Gary voulait changer cette culture et on l’a fait. Il l’a commencé et Chris l’a poursuivi en choisissant une autre voie. »

La réussite passe par la préparation

Aucun détail n’est laissé au hasard pour fournir à Chris Coleman et son staff les données requises pour ces gains marginaux si importants dans le sport d’élite. Depuis cinq ans maintenant, Roberts et ses équipes procèdent à des analyses vidéos quelques jours avant les matchs et ce pour chaque joueur. Des analyses individualisés où chaque joueur reçoit directement sur son Ipad des données spécifiques sur son adversaire.

« Au niveau international, ce n’est pas toujours le cas. Donc on lui donne des vidéos pour lui montrer de quelle manière son adversaire tend à se déplacer, quel est son pied préférentiel, le type de courses qu’il mène, où il va sur les corners, et d’autres choses encore. On apporte toutes ces données pour chaque joueur. Physiquement et mentalement on s’assure qu’ils soient absolument à 100% au moment du coup d’envoi. On ne peut pas les encombrer avec de nouvelles informations 48 heures avant le match. Tout a été prévu auparavant. »

Les Gallois ont aussi mis en place un système qui permet de surveiller la forme de leurs joueurs grâce à des tests quotidiens de salive et d’urine. Les jours où tout le monde court à 10h30 avec la même routine d’entraînement sont bel et bien révolus. Si les tests montrent que Bale a besoin de repos, le système se déclenchera et sa charge de travail sera réduite. Si les tests d’Aaron Ramsey montrent qu’il a besoin de charge de travail supplémentaire, alors il aura le feu vert du système. Les séances d’entrainement sont filmées, analysées et envoyées aux joueurs. Ce système ne concerne pas seulement les stars du groupe, il s’applique à l’ensemble des sélections nationales, des U16 aux A. De même que les consignes tactiques individualisées. Le style de jeu gallois est au centre de tout. « Il a été implanté dès les plus jeunes. Nous voulons que nos équipes aient le contrôle du ballon et jouent dans la partie de terrain adverse et ne pas se contenter de balancer des longs ballons devant où ça devient un duel entre l’attaquant et le défenseur central adverse. On s’est assis (avec Coleman) et on a discuté d’un plan en six étapes nécessaires pour nous amener à une grande phase finale. Cela demandait une osmose sur la façon de préparer les matches et la façon de jouer. Passe, passe, passe. Du gardien de but à l’attaquant. »

A l’occasion de l’Euro 2016, Osian Roberts fait paraitre son autobiographie Môn, Cymru a’r Bêl dans laquelle il revient sur ses débuts d’entraîneurs, sa relation avec Gary Speed avant de nous amener dans les coulisses de la dernière campagne du Pays de Galles pour l’Euro 2016 et sa préparation.

Romain Laplanche

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