(Interview) Philippe Gardent : « Le plus gros test de la fin de carrière de Peyton Manning »


Vous pensiez vraiment qu’on allait se passer des analyses de Philippe Gardent pour la grand-messe du football américain ? Déjà présent pour répondre à nos questions à l’occasion des finales de conférence, le consultant NFL de BeIN Sports a remis le couvert pour le plus grand événement sportif de l’année après le Tour de France et les Jeux Olympiques d’été : le Super Bowl 50. Une rencontre qui oppose les deux meilleures équipes de la NFL au sein de leur conférence respective. Les Carolina Panthers (NFC) face aux Denver Broncos (AFC). La meilleure attaque de la ligue contre la meilleure défense. La jeunesse de Cam Newton face à l’expérience de Peyton Manning. Le choc est total et sera loin d’être banal pour les deux équipes. Entretien.

Revenons brièvement sur les finales de conférence. La défense des Denver Broncos a réalisé un grand match face aux New England Patriots, notamment en première mi-temps. Qu’as-tu pensé du plan de match de Wade Phillips (coordinateur défensif de Denver) ?

Philippe Gardent : C’est le pass rush qui a fait la différence. Von Miller, Derek Wolfe, DeMarcus Ware ont été excellents. Tom Brady n’a pas eu le temps pour passer. La défense jouait de la couverture de zone sans mettre forcément de la pression via les linebackers et c’est grâce à la bonne performance de la ligne défensive. Du coup, ils pouvaient montrer de la pression et ne pas en mettre ou ne pas montrer de pression et en mettre. Donc ça a été un match compliqué pour les deux stars, Julian Edelman et Rob Gronkowski puisqu’ils étaient doublés voire triplés en couverture selon les actions. On pouvait laisser les autres joueurs défensifs en un contre un et à lui seul, le pass rush a suffi.

Le pass rush des Broncos est impressionnant, mais c’est aussi par la pression mise par le centre de la ligne. Et là où les Broncos ont fait très mal aux Patriots, c’est par leur pression mise sur le milieu de la ligne offensive de Brady, ce qui l’a empêché de lancer de sa poche.

Oui, avec Derek Wolfe en tête de liste. L’intérieur de la ligne a fait un très bon match. En plus, les joueurs à l’extérieur ne sont pas considérés comme des joueurs de ligne défensive mais comme des linebackers. Sauf que ce sont des linebackers à l’ancienne, des « rushers » qui mettent la pression sur le quarterback adverse. Mais c’est vrai que ces joueurs de l’extérieur ne peuvent être performants que s’il y a une domination de l’intérieur de la ligne. Ça a été le cas, la ligne offensive des Patriots n’a pas dû toucher terre dans ce match.

Les Patriots ont également beaucoup utilisé la couverture de zone. Est-ce que ça n’a pas facilité le jeu de passe de Manning sur les extérieurs et ses passes dans le « seam » (tracé vertical, ndlr) ? Owen Daniels (TE) a dominé Jamie Collins (LB).

C’est toujours le problème quand il y a un jeu au sol efficace comme celui des Broncos et aussi dangereux avec des jeux en étirement. Pour défendre, c’est toujours mieux de défendre en couverture de zone et en « couverture 3 » parce qu’en couverture en homme à homme, sur les premiers pas, on peut tourner le dos au quarterback et il peut y avoir des problèmes. Ceci dit, les Patriots n’ont pas su mettre assez de pression. Sur les lancers censés être difficiles où on laisse une latitude au cornerback pour pouvoir réagir sur l’extérieur – près de la ligne de touche – Manning a été irréprochable. Ça a été le vrai plus pour Denver.

On va revenir sur un jeu particulier, l’interception de Von Miller. Elle a lieu sur un tracé vertical alors que Tom Brady lançait sur Rob Gronkowski. La défense des Broncos fait mine de blitzer et finalement, Von Miller recule au second rideau pour intercepter. Les Broncos ont joué sur la confusion de la formation (en 3-4 ou en 4-3) de leur défense sur ce jeu-là d’après toi ?

Oui mais je dirais même plus, ils ont joué avec ça durant toute la partie. Ce qui a aussi fait la différence, c’est la capacité athlétique de Von Miller à faire le jeu. Il suit bien le tracé vertical de Rob Gronkowski et derrière, il ne se pose pas de question. Il sait que pour être sur la fenêtre de lancer, il faut qu’il se décale sur l’extérieur parce que si le tracé est vertical, ce sera le safety qui prendra la responsabilité. Mais le tracé extérieur, c’est lui qui en a la responsabilité. Donc il vient se décaler naturellement sur l’extérieur et Tom Brady a fait face à l’un des meilleurs linebackers de la ligue. Il l’a payé cash. C’est le principe de la couverture de zone. On est en 4 contre 3, 3 contre 2, 2 contre 1. On est toujours en supériorité numérique.

Ce qui était intéressant en seconde mi-temps, c’est qu’on savait que Josh McDaniels (coordinateur offensif des Patriots, ndlr) allait s’ajuster, et la question était de savoir si Wade Phillips allait également s’ajuster de son côté. Quand on réalise une première mi-temps aussi parfaite, que dit-on à ses joueurs et est-ce qu’on touche à son plan de match ?

Il y a un vieil adage en football américain qui dit : « On ne change rien tant qu’il n’y a rien qui change. » Si on a du succès, on ne va pas tenter quelque chose pour tenter le diable. Wade Phillips a été inventif sur cette partie. Il a présenté des choses à l’attaque qu’elle n’avait encore jamais vue. Et c’est la force de cet homme qui était au chômage l’année dernière. Il n’avait pas de club, il faut le rappeler. Il était en pré-retraite. On l’a rappelé et il passe d’une totale inactivité à coach d’une équipe qui va disputer le Super Bowl. Qu’est-ce qu’on dit à une équipe qui réussit tout ce qu’elle tente à la mi-temps ? « Pour l’instant, ils nous ont rien montré et tant qu’ils ne nous montrent rien d’autre, nous, on va continuer de maitriser ce match. » Et c’est le principe des défenses qui attaquent. Quand on a des joueurs de ligne défensive du talent de ceux des Broncos, on attaque avec sa défense. C’est elle qui a marqué le plus de points sur turnovers avec Carolina cette saison.

Du coup, on a vu une couverture un peu tendre en fin de match. Souvent, on voit que l’attaque à très souvent l’avantage sur la défense en fin de match. A quoi cela est-il dû ?

C’est un secteur de jeu dans lequel Bill Belichick, Josh McDaniels et Tom Brady travaillent depuis plusieurs années. Le « two minute offense », l’attaque accélérée (lors des deux dernières minutes du match) des Patriots est efficace parce qu’ils arrivent à voir le jeu très rapidement sur la ligne. C’est-à-dire qu’à travers un mot, ils vont définir à la fois la formation, l’alignement, la responsabilité de chacun des joueurs et on arrive à s’aligner très rapidement. Et quand on s’aligne rapidement, on prend à défaut la défense, on la fatigue. Ce « two minute offense », c’est ce qui a fait la force des Patriots ces dernières années pour se sortir de situations délicates. Ce come-back ne vient pas par hasard. Josh McDaniels l’avait préparé et il y a des années de travail de la part des New England Patriots.

Lors de la finale de la conférence nationale, on a vu une nouvelle démonstration des Panthers. Étaient-ils trop forts pour Arizona ?

Il n’y a pas eu photo. Les Panthers ont totalement dominé ce match. Quand le quarterback (Carson Palmer) est responsable de 6 des 7 turnovers réalisés, forcément, ça va un peu moins bien. Carson Palmer avait déjà été fébrile contre les Packers, il s’en était sorti, mais pas là. Tout simplement. Il fait face à la meilleure attaque de la NFL et en plus de ça, il a donné des ballons à la défense pour qu’ils marquent. Luke Kuechly (LB) a marqué son deuxième touchdown en deux matches. Carolina a totalement dominé son sujet, ils n’ont pas été inquiétés une seule seconde.

Et puis en défense, Arizona devait bien défendre – notamment contre la course – pour espérer rivaliser mais ça n’a pas été le cas ?

Oui, et c’était la clé du match. Si Carolina arrivait à courir sur Arizona, ça allait être compliqué pour eux, parce que c’est dans ce registre que les Panthers sont les meilleurs. On parle énormément de l’attaque de Carolina face à la meilleure défense, celle des Broncos, mais la défense de Carolina c’est ce qui faisait sa renommée jusqu’à présent. C’est une équipe complète qui a dominé son sujet lors de cette finale de conférence.

L’attaque des Panthers est la parfaite illustration qu’un coordinateur offensif (Mike Shula) peut utiliser des schémas de type universitaire pour mettre en valeur son quarterback.

 C’est clairement le système de jeu qui est mis en place. Carolina possède à sa disposition un quarterback de double menace (passe et course). Cam Newton a réalisé un match à 5 touchdowns face à New York et à 100 yards au sol ! Donc quand on a Cam Newton à sa disposition, ça ne signifie pas qu’il va nous sortir des matches à 5 TD et 100 yards tous les week-ends, mais ça veut dire qu’il est capable de faire les deux. Donc en fonction du flow du match, on est susceptible d’utiliser l’une voire les deux qualités de ce QB. On a pu voir au cours de la saison, il y a des matches où il a pu courir pour 12-14 yards, et d’autres où il court pour plus de 50 yards. Et quand il court à plus de 50 yards, 95% du temps, son équipe gagne.

« Kawann Short est une force de destruction offensive »

Rentrons dans le vif du sujet à propos du Super Bowl. Commençons par une simple observation : 11 des 12 meilleures défenses de la NFL ont disputé les playoffs. Plus que jamais les défenses font gagner les titres ?

Oui, ça répond à l’adage : « C’est l’attaque qui fait remplir les stades et les défenses qui gagnent le championnat. » Ce n’est pas nouveau, ça perdure et ça perdurera, mais c’est toujours pareil. Aujourd’hui, on parle de meilleure défense, mais combien des meilleurs attaques étaient en playoffs également ? Ce sont les équipes les plus complètes. Arizona était l’équipe qui marquait le plus de points par match, New England celle qui gagnait le plus de yards, Carolina est l’équipe la plus explosive en termes de combinaisons de jeux. Les défenses font et feront toujours gagner le championnat à partir du moment où les attaques sont un minimum performantes. Un minimum comme l’attaque de Denver qui doit se contenter de ne pas perdre le ballon. Et s’il n’y a pas de perte de ballon, il y aura une possibilité pour remporter ce championnat. Les défenses ont clairement pris le pas cette année, mais il faut qu’elles soient accompagnées.

Je voulais qu’on revienne ligne par ligne sur les qualités défensives des deux équipes pour disséquer les forces en présence. On va commencer par les Panthers. Jared Allen, Star Lotulelei, Kawann Short, Charles Johnson sont les joueurs de la ligne défensive. Qui est l’homme fort de cette ligne selon toi ?

Kawann Short est une force de destruction offensive. Il a de la pénétration, il joue bas, il est très bon sur le jeu au sol et quand ce n’est pas lui qui fait le jeu, c’est parce qu’il monopolise de l’espace et du personnel pour qu’on le bloque. Et cet effort de la ligne offensive adverse libère de l’espace pour ses coéquipiers. Kawann Short et Star Lotulelei sont deux joueurs-clé de cette défense, d’autant qu’ils jouent au milieu de la défense. Maintenant, Charles Johnson et Jared Allen, ça reste du top niveau. Jared Allen va avoir faim parce qu’il était blessé face à Arizona et puis il a été Pro-Bowler plusieurs fois. On a tout ce qu’il faut pour créer des problèmes dans la poche de Peyton Manning. Ce duel va être intéressant à voir.

Au second rideau, on retrouve le duo Luke Kuechly-Thomas Davis accompagné du rookie Shaq Thompson.

C’est le meilleur corps de linebackers de la NFL. Quand on a Luke Kuechly et Thomas Davis qui ont plus de 100 plaquages et 4 interceptions en saison régulière et qui font partie du Top 8 des meilleurs plaqueurs de la Ligue, vous disposez de forces de destructions importantes. Et ce sur les blitz, sur la pression sur les quarterbacks adverses… La question est de savoir si Thomas Davis va jouer. Il s’est blessé à l’avant-bras (avant-bras cassé, ndlr), il s’est fait opéré dans la foulée, il dit à tout le monde qu’il jouera mais s’il ne joue pas, Shaq Thompson l’avait bien suppléé. Maintenant, si Thomas Davis ne joue pas du tout, je pense que ça peut être un problème.

Le backfield défensif est composé des safeties Roman Harper et Kurt Coleman ainsi que des cornerbacks, Josh Norman et Cortland Finnegan.

C’est un backfield défensif qui a de l’expérience. Les safeties ne sont pas flamboyants mais ils font très peu d’erreurs et c’est ce dont ils ont besoin. Quand on est safety, il faut être plus profond que le plus profond, donc si personne ne passe dans ton dos, tu ne concèdes pas de touchdown, tout simplement. Ce sont des joueurs disciplinés mais qui seront testés. Ils se sont fait prendre quelques fois sur les tracés profonds principalement contre les Giants de New-York et les Saints de New Orleans. Quelques joueurs de Denver auront leur carte à jouer dont Emmanuel Sanders.

« Sans jeu au sol, les Broncos perdent le match. Sans aucun doute »

Au sein de cette défense, quelle zone les Broncos devront-ils exploiter ?

Denver devra exploiter les zones courtes. Carolina va défendre en zone, Emmanuel Sanders (dans le slot, ndlr) va sans doute croiser le terrain face à des linebackers. Mais on en revient au même point, Denver devra installer son jeu au sol parce que s’ils forcent Peyton Manning à passer pendant tout le match et que le jeu au sol n’est pas performant, la soirée peut être longue pour Denver. Donc les clés du match pour Denver pour le Super Bowl ne changent pas beaucoup de celles contre les Patriots en finale de conférence. Des Broncos sans jeu au sol, ce sont des Broncos qui perdent dimanche soir. Sans aucun doute.

La défense des Denver Broncos alterne les formations en 3-4 et en 4-3. Les defensive linemen sont Sylvester Williams, Derek Wolfe et Malik Jackson avec Von Miller (strongside linebacker) et DeMarcus Ware (weakside linebacker).

DeMarcus Ware n’est pas tout le temps utilisé. On l’utilise avec ses forces, et ses forces, c’est sa capacité à mettre la pression sur le quarterback adverse. Il démarre le match mais ne joue pas toutes les tentatives et quand il commence à se fatiguer, il se conserve et on se concentre sur lui pour les tentatives de passes apparentes. Après, il y a beaucoup de variations en cours de match. Cette équipe de Denver a été un peu plus épargnée que d’habitude sur le front seven par rapport aux années précédentes et c’est grâce à ça qu’ils sont aussi irréprochables. Ça leur permet de jouer ensemble. Et plus on joue ensemble, plus on a des automatismes et plus on se fait confiance. Et comme le football est un sport d’angles où il faut connaître où son aide se trouve pour avoir du succès, eux se connaissent de mieux en mieux. C’est essentiel.

Brandon Marshall et Danny Trevathan est un corps de linebackers dont on parle un peu moins.

Danny Trevathan est un des meilleurs linebackers de la NFL alors qu’il était remplaçant il y a deux ans et qu’il n’a quasiment pas joué la saison dernière. Avec Brandon Marshall, c’est là encore un des tout meilleurs corps de linebackers. Pour moi, il fait partie du top 4 des corps de linebackers avec celui de Seattle, de Carolina et de New England.

Au sein du backfield défensif, on a peut-être le meilleur duo de cornerbacks de la NFL avec Aqib Talib et Chris Harris Jr., accompagnés de T.J. Ward et Darian Stewart en safeties.

C’est un backfield défensif qui a été très bon cette année. Les blessures commencent à toucher T.J. Ward. Il n’a pas terminé la finale de conférence, ni même le match de divisional round. Quoi qu’il en soit, ils vont devoir assurer leurs arrières avec la menace de Tedd Ginn Jr. en profondeur, mais hormis cette menace, comme à l’accoutumée, ils pourront être agressifs. Comme les Panthers devront arrêter le jeu au sol des Broncos, les Broncos devront faire de même contre l’attaque des Panthers et se mettre à nu sur le jeu de passe.

Le plan de match sera-t-il vraiment différent de ce qu’ils ont proposé face à New England ? Et si oui, les Broncos vont-ils défendre sur Greg Olsen comme ils ont défendu sur Rob Gronkowski ?

Ils ne vont pas être loin de ce qu’ils ont préparé face aux Patriots. Greg Olsen est la menace aérienne n°1 de Carolina. Si tu enlèves Greg Olsen du jeu, tu vas obliger Philly Brown et Ted Ginn Jr. à être impliqué avec Devin Funchess. Ce sont de très bons receveurs – on a vu que Cam Newton était capable de les trouver – mais ce ne sont pas les cibles qu’il trouve chez Greg Olsen. Les Broncos vont tenter de l’éliminer de l’équation, c’est évident. Il est moins dangereux que Rob Gronkowski mais ça reste une menace importante.

« Cam Newton ? Un physique de défensive end, une allure de running-back balle en mains, le bras d’un QB et la mentalité d’un linebacker »

Est-ce qu’il y aura un espion sur Cam Newton ?

Un espion limite l’éventail défensif parce ça signifie qu’il n’y aura qu’un seul joueur responsable de prendre Cam Newton. Donc je ne pense pas qu’il y aura un espion mais il y aura toujours un joueur responsable de Cam Newton. C’est-à-dire que selon le développement d’un jeu, ce sera tel ou tel défenseur. Les responsabilités vont être attribuées en fonction de ce qu’il se passe en attaque.

Sur l’extérieur, Von Miller et DeMarcus Ware seront-ils suffisamment physiques pour prendre l’avantage sur le jeu en read-option (le quarterback ou le running back court en fonction de la lecture faite de la défense par le QB, ndlr) ?

Ils ne pourront pas stopper le jeu en read-option seuls. Étant donné que le jeu en read-option, c’est un 2 contre 1 en attaque, on lit la réaction du défenseur. Pour défendre le jeu en read-option, il faut qu’il y ait un deuxième défenseur qui puisse défendre sur la deuxième solution. Donc les responsabilités de DeMarcus Ware et de Von Miller seront de conserver Cam Newton à l’intérieur de sa poche sur le jeu de passe. Sur le jeu de course, ils auront une règle pour deux choix : soit ils seront responsables du jeu de course et ils plongeront à l’intérieur, ou alors ils se chargeront de contenir Cam Newton pour forcer le jeu de course à l’intérieur en faisant confiance à leurs joueurs de ligne défensive. C’est une stratégie de Wade Phillips qu’il va devoir mettre en place et qu’il a déjà mis en place.

Quelle est l’importance de la ligne offensive pour Mike Shula, Cam Newton et l’attaque des Panthers ?

Ils jouent du smash football. Le principe est simple : « Je dis à tout le monde que je vais courir, et je vais te marcher dessus » comme à l’instar des Pittsburgh Steelers des années 1970. Tout le monde sait qu’ils vont arriver avec du jeu de course et la ligne offensive remplit le contrat match après match en étant dominante. Et quand on a une équipe aussi dominante sur la ligne de scrimmage, là encore, ça répond au vieil adage « le football se gagne dans les tranchées, ce sont les deux lignes (offensive et défensive) qui font la différence. » Ce n’est pas pour rien si concernant la défense des Broncos, on évoque avant tout la ligne défensive et que sur l’attaque de Carolina, on évoque la ligne offensive. La responsabilité de la ligne offensive dans le système de jeu de Carolina est aujourd’hui essentielle. Cam Newton, c’est un Superman, un super-héros, ce que vous voulez, c’est comme ça qu’il s’auto-proclame, mais il ne sera rien sans sa ligne offensive, et il le sait, tout le monde le sait. Ce n’est pas pour rien s’il a rappelé des joueurs de ligne offensive à l’intersaison en leur disant : « Il faut que ton agent se rapproche du GM (manager général, ndlr) parce que je te veux. » Il a dit ça à Michael Oher (offensive tackle).

Est-ce que Cam Newton a changé de statut cette saison ?

Non, il n’a rien changé. Il a juste été excellent sur ses cinq premières années. Le problème, c’est qu’il est capable d’arrêter de lancer et de gagner les yards nécessaires au sol avec un physique de défensive end, une allure de running-back balle en mains, le bras d’un QB et la mentalité d’un linebacker. On parle d’un véritable leader. On parle du statut acquis cette année mais il faut refaire sa carrière. Il a gagné un championnat en junior college, il a gagné le championnat en NCAA, il a été nommé Heisman Trophy, il a été drafté au premier tour de draft en tant que premier choix, il va être nommé MVP cette saison samedi soir et il va jouer un Super Bowl. S’il gagne le Super Bowl, il aura tout gagné. Tout ce qui est possible dans le foot américain, que ce soit des distinctions individuelles ou collectives. Ce n’est pas cette année que c’est arrivé. Cette année, il a juste assis son rôle de leader. Il l’a d’ailleurs dit cette semaine en conférence de presse : « Moi, je suis toujours le même, on est tous restés les mêmes. La seule différence, c’est qu’on gagne. » C’est toujours le même. Il continue de danser, ça fait cinq ans. Il danse après avoir obtenu des first downs, c’est sa culture, il a été élevé comme ça, c’est très bien. Et puis n’oublions pas, en décembre 2014, il a eu un accident de voiture, il a failli mourir, il voit les choses complètement différemment. Depuis cette blessure, Carolina a gagné 22 de ses 24 derniers matches.

Quelle rôle attribues-tu à Ron Rivera arrivé en 2011 et à Marty Hurney, le GM de la franchise jusqu’en 2012 ?

Ce qu’à fait Ron Rivera, c’est énorme. Ils ont drafté Cam Newton en arrivant, puis Luke Kuechly…. Ce qui me fait sourire quand on parle de Ron Rivera, c’est qu’on a tendance à oublier le fait qu’en 2012, on voulait le virer. Il n’avait pas les résultats qu’on attendait (à 1-5, le GM Marty Hurney a été viré). Au final, il y a deux ans, il était en lice pour être le coach de l’année, la saison dernière, on se posait encore des questions pour cette distinction, ils se qualifient pour le Divisional Round en étant premiers de leurs division et cette année, ils ont gagné 17 de leurs 18 matches. Donc Rivera, c’est l’artisan d’un état d’esprit. Ce mec-là a gagné un Super Bowl avec les Bears (en 1985, ndlr) avec une seule défaite durant l’année. Aujourd’hui, il se retrouve à jouer un Super Bowl avec les Panthers avec une seule défaite durant l’année, donc c’est une belle petite histoire pour lui aussi.

On évoquait le peu de reconnaissance du corps de receveurs des Panthers lors de la première interview, c’est aussi parce qu’il n’est composé que par des receveurs qui n’avaient jamais été très performants jusque-là, d’autant que Kelvin Benjamin s’était gravement blessé dès le training camp.

Oui, tout le monde dit que Cam Newton n’a pas de receveurs, qu’ils n’ont aucune chance avec la blessure de Kelvin Benjamin. C’était le vocabulaire utilisé pendant la présaison, mais il a lancé 35 touchdowns à la passe cette année. Il a des receveurs de qualité. Ted Ginn Jr. ressort de nulle part après sa saison difficile à Arizona. Il était déjà là il y a deux ans. Il est aujourd’hui receveur n°1 et il y a des petits jeunes qui arrivent, notamment Corey Brown et Devin Funchess qui prend un peu plus de responsabilités. C’est simple, c’est un corps de receveurs similaire à celui des Seattle Seahawks, c’est-à-dire qu’il n’est pas flamboyant mais il remplit son contrat.

Cette saison, Carolina débute très bien ses matches. C’est la franchise qui mène le plus vite au score et avec le delta de points le plus important en NFL. On peut donc penser que le début de rencontre sera prépondérant.

Oui, si les Broncos peuvent ne pas être les chasseurs, ce serait l’idéal pour eux. On a parlé de l’importance du jeu de course pour Denver – qui est primordial, et bien cette installation du jeu de course ne se fera que si le score est serré. Même si Gary Kubiak ne va pas s’affoler s’il y a deux touchdowns d’écart, le début de match sera très important et pour toutes les escouades (défensives, offensives et les équipes spéciales). Les Panthers ont une équipe très complète et on l’a vu face à Seattle. Ils ont marqué via un jeu explosif de 59 yards sur le premier jeu de leur première série offensive et sur la première série de Seattle, ni une ni deux, interception retournée pour un touchdown de Luke Kuechly.

« La clé du match ? La ligne défensive des Broncos face à la ligne offensive des Panthers »

Côté Broncos, les cibles privilégiées seront Emmanuel Sanders et Demaryius Thomas. Il faudra aussi sans doute compter sur un gros match d’Owen Daniels (TE) pour mettre en difficulté le second rideau des Panthers.

Évidemment. Owen Daniels et le jeu de course de Denver, c’est la base. A l’instar du jeu de course des Panthers. L’entité des Panthers, c’est le jeu de course. Après, la force des Panthers, c’est que s’ils doivent courir après le score, ils ont le bras de Cam Newton et ses jambes si jamais la couverture lui laisse l’opportunité. Par exemple, sur une couverture « 2-Man », tout le monde est en homme à homme, Cam Newton prendra l’opportunité. En revanche, si c’est une couverture de zone, le jeu au sol devrait et pourrait avoir du succès. C’est une problématique pour Wade Phillips un peu différente.

Peyton Manning aime beaucoup faire des ajustements pré-snaps pour trouver une solution rapidement. Est-ce que ça peut être une arme contre Carolina pour trouver du rythme ?

Si Carolina a de l’avance et que l’attaque est dans une situation de passe déclarée, les Panthers n’hésitent pas à mettre de la pression avec seulement 3 joueurs de leur ligne défensive et à mettre énormément de joueurs en couverture pour accompagner le backfield. Du coup, ça gêne les lectures des quarterbacks, donc Peyton Manning va devoir s’ajuster. Mais quand il aura vu ce qu’il se passe, il faudra prendre les bonnes décisions. Ça va être le plus gros challenge pour lui. Ce sera le plus gros test de sa fin de carrière. Par contre, je lui fais confiance sur les ajustements pré-snap.

Peux-tu nous parler de la philosophie offensive de Gary Kubiak (head coach des Broncos) ?

Elle est simple, c’est installer le jeu au sol via le jeu en étirement pour favoriser les petites passes courtes de la West Coast Offense. Faire en sorte de tenter une, deux, trois passes en profondeur dans le match pour se faire respecter face à la défense et les garder sur les talons. La philosophie de ce coach, c’est ce que recherchait John Elway (GM des Broncos et ancien quarterback), parce qu’il a gagné deux Super Bowl (1997 et 1998, ndlr) avec des équipes similaires. Gary Kubiak a mis en place une équipe qui correspond à un jeu au sol efficace, une défense de fer et un QB qui ne doit pas rendre le ballon à l’adversaire. Voilà les trois éléments de sa philosophie.

Quelles sont tes clés du match ?

LA clé du match pour moi, c’est la ligne défensive de Denver face à la ligne offensive des Panthers. Parce que pour moi, la ligne offensive de Carolina n’a pas affronté d’adversaire de cette envergure cette année. Ça va être un super test. De l’autre côté, malgré un jour « sans » de Peyton Manning, je pense qu’ils peuvent encore s’en sortir. En revanche, en cas de jour « sans » pour Cam Newton, je pense que ça peut leur coûter plus cher. Donc la deuxième clé, c’est : à quel niveau va jouer Cam Newton ?

Beaucoup d’équipes ont eu des difficultés à couvrir les tight-ends cette saison. On l’a vu à travers les saisons exceptionnelles de Tyler Eifert (Cincinnati Bengals), Jordan Reed (Washington Redskins), Gary Barnidge (Cleveland Browns), Benjamin Watson (New Orleans Saints), Greg Olsen (Carolina Panthers) et Rob Gronkowski (New England Patriots). Comment expliques-tu leur importance croissante ?

La domination des tight-ends, elle vient de l’utilisation qu’on fait d’eux. Les vrais tight-ends qui bloquent à la course et attrapent des ballons à la passe, aujourd’hui, il y a Greg Olsen et Tyler Eifert qui sont dominants dans ces deux compartiments du jeu. Sinon hormis ces deux-là, on utilise des tight-ends plutôt pour bloquer ou pour réceptionner. Jimmy Graham et Rob Gronkowski bloquent très peu. Donc c’est l’utilisation qu’on fait de ces joueurs-là qui importe. Parce qu’on parle souvent de duels. Mais ces duels sont mis à leur avantage grâce aux appels de jeu des coachs. C’est l’utilisation de ces gros corps à capacités multiples qui fait la différence.

Cette saison, un joueur de NRL, Jarryd Hayne, a intégré le roster des 49ers, Dan Carter a également été approché par les Patriots. Quel est ton point de vue sur cette transcendance entre les sports, et notamment entre le rugby à XIII ou le rugby à XV avec la NFL ?

J’ai été récemment impliqué dans la préparation physique de l’ASM Clermont Rugby en Top 14. Je suis très alerte et je milite pour faire passer le message qu’au niveau des capacités physiques, athlétiques, de déplacement, de lecture et d’angle d’attaque, tous ces éléments sont transférables d’un sport à l’autre. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Jonah Lomu avait été sollicité par les Dallas Cowboys. J’ai très bien connu Jonah puisque je l’ai entraîné quand j’étais à Marseille et il m’avait beaucoup parlé des sollicitations qu’il avait eu. C’est pas étonnant et pour des raisons différentes. Dan Carter a été sollicité pour son jeu au pied et Jarryd Hayne, on le sollicite pour ses changements de direction, sa capacité de lecture des lignes de course à champ ouvert. Moi, j’ai fait le chemin dans le sens inverse. Je suis passé du foot américain au rugby à XIII, en Super League en Angleterre et d’autres l’on fait. Le problème, c’est d’asseoir cette carrière après en avoir déjà réalisé une. On essaie, on prend du fun, c’était mon cas. Mais de là à dominer comme on l’a fait dans son premier sport, c’est très difficile, et on le voit avec Jarryd Hayne. Il avait été signé par les 49ers puis il a été coupé, puis réintégré dans le practice squad pour de nouveau être résigné. Il y a de multiples exemples comme des deuxièmes lignes des Saracens qui ont joué tight-end aux New York Jets et j’en passe. Culturellement, ce passage va être très difficile à perdurer. Ça restera des exceptions qui réussiront à se mettre en avant dans leur domaine spécifique de compétence.

Après le Super Bowl, les joueurs sont en vacances avant l’ouverture de la free agency. Que fait un joueur NFL durant cette période creuse ? On débranche totalement ?

Ils vont en profiter 3-4 semaines. Ça ne veut pas dire qu’ils vont s’arrêter complètement parce que c’est jamais vraiment possible. Ensuite, ils reviendront à l’entraînement de façon individuelle ou avec certains coéquipiers. Chacun à sa méthode, sa préparation.

Romain Laplanche

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