(Interview) Philippe Gardent : « Les Panthers ont envie de créer leur Histoire »


A l’occasion des playoffs en NFL, Philippe Gardent (consultant NFL à BeIN Sports) nous livre son analyse sur les matches du Divisional Round du week-end dernier et sur les finales de conférence qui se déroulent ce week-end. Entre la quête symbolique du Super Bowl pour le duo Fitzgerald/Palmer, la défense clinique de Carolina et le matchup Broncos/Patriots. Interview.

Quelle est ton activité en dehors de ton rôle de consultant pour BeIN Sports ? Tu as été récemment le head coach des juniors des Blues Stars de Marseille puis préparateur physique de l’ASM en rugby.

Philippe Gardent : J’ai été préparateur physique de l’ASM pendant 5 mois effectivement (de juillet à novembre 2015). Et en parallèle de mon rôle de consultant, j’ai une académie American Football Coaching & Teaching Academy (AFCTA) où je suis associé avec deux américains. Nous représentons et accompagnons la fédération internationale de football américain, USA football et la NFL sur certains événements sur le développement du foot américain à l’extérieur de l’Amérique du Nord. On a quatre grandes sections dans notre activité : la formation d’entraîneur, le développement des joueurs, le testing des joueurs, et l’accompagnement des joueurs dès l’université pour les athlètes non-américains.

Quel sentiment prédomine quand on voit évoluer des anciens coéquipiers tels que Julius Peppers (OLB-Green Bay Packers), DeAngelo Williams (RB-Pittsburgh Steelers), Steve Smith (WR-Baltimore Ravens), Thomas Davis (LB-Carolina Panthers), etc ? Des joueurs qui sont non seulement encore au plus haut niveau mais qui sont indispensables pour leur équipe. (Philippe Gardent a figuré dans le practice squad des Washington Redskins en 2006 avant de participer au training camp des Carolina Panthers en 2007, ndlr)

P.G. : Il y en a d’autres comme James Anderson (OLB), un linebacker qui a signé aux Saints cette saison. C’est top, je suis très content pour eux, surtout pour un mec comme Steve. Pour moi, c’est l’exemple même de la réussite dans le foot américain avec un gabarit un peu plus petit que la moyenne et un mental d’acier. Il a une attitude qui pousse tout le monde vers le haut, que ce soit à l’entraînement ou en match. Et puis Thomas Davis, c’est le leader de la défense de Carolina et il est fidèle à ce qu’il m’avait déjà montré il y a bientôt 10 ans. Je suis très content pour tous autant qu’ils sont. Certains sont devenus entraîneurs. Mais pour tous les joueurs cités, je suis très content pour eux.

Steve Smith n’a pas voulu arrêter sa carrière suite à sa terrible blessure au tendon d’Achille cette saison. Il a annoncé qu’il allait continuer pour la saison 2016.

P.G. : Il faut le comprendre. Quand on est un joueur comme lui, c’est-à-dire un joueur qui montre constamment l’exemple, c’est simple, il veut montrer l’exemple encore une fois en montrant qu’on termine pas une carrière comme ça. Il veut la terminer parce qu’il l’a décidé et pas parce qu’il en est contraint. C’est son idée. Il avait décidé d’annoncer la fin de sa carrière en début d’année pour dire ‘voilà c’est moi qui décide, ce n’est pas le club qui ne me reprend pas.’ Au final, ce n’est pas une histoire de contrat mais une histoire de blessure, et pouvoir décider de sa fin de carrière longue de 15 ans, c’est très important pour un joueur professionnel.

Revenons sur les matches du Divisional Round, à commencer par le match entre les Cardinals de l’Arizona et les Packers de Green Bay. Les Cards l’ont emporté grâce à Larry Fitzgerald qui va tenter d’aller remporter son premier Super Bowl après une carrière exceptionnelle. C’est tout un symbole.

P.G. : Lui ce qu’il veut, c’est ponctuer son excellente carrière du point de vue individuel par une victoire au Super Bowl aux côtés de Carson Palmer. Ces deux-là ont le même intérêt. Ils ont deux grandes carrières mais une carrière qui aurait beaucoup plus de valeur s’ils parvenaient à remporter le Super Bowl. Et c’est tout un symbole parce que tout le monde déclarait Larry comme étant terminé l’année dernière. Il n’a plus de production, etc… Si on regarde sa production de l’année 2014 avec celle de l’année 2015, ce sont deux saisons complètement différentes. L’année dernière, les jeunes avaient pris le dessus. Que ce soit Malcolm Floyd ou John Brown, ils étaient au-dessus de Larry. Et cette année, il a repris son rôle de leader. Le dernier drive qu’il fait face aux Packers lors du divisional round en overtime l’illustre bien. Il court pour 80 yards tout seul sur cette série offensive. Il fait tout. C’est un symbole aussi pour cette équipe des Cardinals parce que ce sont les vétérans qui ont pris le statut de leader et qui l’ont assumé.

Et pourtant, les Packers ont bien résisté malgré la blessure de Randall Cobb et l’absence de Davante Adams grâce à Jared Abbrederis, Jeff Janis et Richard Rodgers. Ils ont réussi à mettre la défense des Cardinals au supplice jusqu’au bout alors que ce n’était pas gagné.

P.G. : Clairement. Et ce qui a fait la grosse différence, c’est la prestation d’Aaron Rodgers. L’année dernière encore, on disait souvent qu’il rendait ses receveurs très bons et que peu importe qui il avait à sa disposition, il allait les rendre All-Star. Cette année pour moi, ce n’était pas le cas du tout. Mais par contre sa deuxième mi-temps contre les Redskins et lors du match contre Arizona, il a montré pourquoi il avait été nommé MVP l’année dernière. J’étais très satisfait de le voir à ce niveau-là. Par ailleurs, Jeff Janis n’a rien volé à personne, il a été énorme. Il attendait son moment. Il jouait derrière Davante Adams, ce dernier s’est blessé, il a saisi son opportunité et il faudra le surveiller et voir ce qu’il va se passer l’année prochaine. Jordy Nelson est là, Randall Cobb va rester, James Jones va partir, qui va jouer désormais ? Davante Adams ? Jeff Janis ? Les deux ? Est-ce qu’un jeune va arriver pour encore chambouler le corps de receveurs ? En tout cas, Aaron Rodgers a rejoué au niveau auquel il avait joué lors de la deuxième mi-temps face aux Redskins. Face aux Cards, ses receveurs peuvent le remercier.

De son côté Carolina (vainqueur de Seattle, 31-24) a marché sur les Seahawks en première mi-temps (31-0). Les Panthers ont totalement maitrisé la ligne de scrimmage des deux côtés du ballon.

P.G. : Totalement. Et celui qui m’impressionne le plus, c’est Kawann Short. C’est lui le facteur-clé de cette défense au niveau de la ligne défensive. On peut parler de Star Lotulelei, du pass rush, mais Kawann Short a été celui qui a créé les situations favorables. Derrière, il y a une très bonne couverture avec des linebackers All-Star. Luke Kuechly a encore été excellent, Thomas Davis a été très bon comme l’ensemble de l’escouade mais sur cette ligne défensive en particulier, Kawann Short m’a impressionné. Quant à la domination totale des deux lignes de scrimmage, ça a été le cas en première mi-temps. En deuxième mi-temps, avec des appels plus traditionnels – donc moins risqués – de la part des coachs de Carolina et de Rivera, ça n’a plus été le cas. Les deux lignes n’ont pas été dominantes pendant tout le match. C’est bien d’arriver avec un état d’esprit mais ils ont aussi eu des situations qui ont bien marché au début de match parce qu’ils menaient 21-0 en 7 minutes. C’est quasiment inespéré face à une équipe comme Seattle. S’ils ne dominent pas autant contre Arizona et qu’ils ne jouent que la moitié du match, je pense que ce sera difficile. Cela étant, ils nous ont montré l’étendue de leur talent et lorsque l’escouade offensive veut jouer, elle est capable d’avoir une production presque inarrêtable. Maintenant, la question est la suivante : est-ce que Carolina va pouvoir installer son jeu de course ? S’ils l’installent, ça peut être très compliqué pour Arizona.

 » Carson Palmer peut exploiter la défense de zone de Carolina comme l’a fait Russell Wilson  »

Que penses-tu du niveau exceptionnel affiché par la défense des Panthers menée par Sean McDermott ?

P.G. : Pour l’instant, quand ils ont mené largement, ils ont su défendre leur couverture de zone sauf contre trois équipes : les Saints – contre qui ils ont pris 45 points, les Giants – contre qui ils ont perdu et face à qui ils ont pris 40 points et face aux Packers. Lors de ces trois matches, on a vu la limite de cette couverture de zone avec des quarterbacks expérimentés : Eli Manning, Drew Brees et Aaron Rodgers. Donc je pense que Carson Palmer peut exploiter cette couverture de zone qui a été exploité par Russell Wilson en deuxième mi-temps. La défense est excellente, elle m’impressionne, les chiffres le montrent également – ils sont dans le top 3 dans toutes les catégories statistiques défensives – mais il va falloir être un peu meilleur sur les situations critiques, c’est-à-dire sur les troisièmes tentatives. Et quand on a vu comment Russell Wilson se débrouillait sur celles-ci en deuxième mi-temps, il va falloir resserrer les espaces. Comme Ron Rivera l’a dit en fin de match, ils ont fait ce qu’il fallait pour gagner. Ils ont dominé la première mi-temps avant d’être dominé en deuxième mi-temps. Mais on peut dire ce qu’on veut, s’il n’y avait pas eu ce field goal raté en fin de première mi-temps par Seattle, ce match aurait été complètement différent. Je reste impressionné mais j’espère qu’ils vont continuer à jouer au plus haut niveau parce qu’en playoffs, lors d’un match très serré, il faut resserrer les espaces en couverture en homme à homme et pas seulement la couverture de zone.

Charlotte est une franchise jeune (fondée en 1995, ndlr), pas très médiatique, peux-tu nous éclairer sur la culture qui anime cette franchise ?

P.G. : Ce qui est prégnant dans cette équipe, c’est qu’ils ont envie de créer leur histoire. Charlotte, c’est une petite ville dominée par le basket. Le foot US passe après le basket. Aujourd’hui, à l’extérieur de la Caroline du Nord ou de la Caroline du Sud, Carolina est la seule équipe qui représente deux États parce qu’historiquement, les training camps se déroulent à Spartanburg en Caroline du Sud dans une petite fac qui s’appelle le Wofford College. En dehors de ces deux États, il n’y a pas grand monde qui croit en Carolina. Et quand cette année ils finissent avec 15 victoires et 1 défaite, on ne les donne toujours pas favoris sur un match qu’ils jouaient à la maison contre les Seahawks – qui ont plus d’expérience qu’eux en playoffs, certes. Ils viennent de gagner, ils vont affronter Arizona et ils vont jouer aussi pour être reconnus. Mais ils ne veulent pas être reconnus par le grand public, ils veulent être reconnus par leurs pairs pour qu’on arrête de dire que c’est une équipe de loser ou une équipe où il n’y a pas de stars. On dit qu’il n’y a pas de receveurs mais Cam Newton arrive à lancer 35 touchdowns ! Il y a des recrues, sauf qu’on ne s’intéresse pas assez à ces receveurs. Kelvin Benjamin s’est blessé (lors du training camp, ndlr) et ça leur a mis un coup au moral, mais il y a Greg Olsen. C’est la clé. Est-ce qu’il sera là à 100% dimanche ?

Pour revenir sur l’historique et comment cette équipe travaille au quotidien et pourquoi, c’est pour sa reconnaissance et son Histoire. Comme ils sont jeunes, ils veulent créer l’histoire. Ils sont déjà aller au Super Bowl (en 2008, ndlr). Jake Delhomme, le quarterback d’alors n’était pas non plus reconnu comme un grand QB. Il venait de la NFL Europe et il n’a pas eu le même parcours que Kurt Warner qui a dominé la ligue après son passage en NFL Europe. Là, avec Cam Newton, c’est l’opportunité. Jonathan Stewart a mis du temps à éclore mais il est désormais à son meilleur niveau. Ils ont une équipe compacte et qui marche maintenant depuis quelques années. Ça fait 3 ans d’affilée qu’ils gagnent la NFC Sud et ce n’était jamais arrivé. Avant l’année dernière, aucune équipe n’avait réussi à gagner la NFC Sud deux ans d’affilée. Les Saints ne l’avaient jamais fait. Là, les Panthers dominent la division depuis 3 ans. Ils commencent à écrire leur Histoire et maintenant, ils veulent l’asseoir.

Côté Seahawks, Pete Carroll a déclaré en début de semaine que le match reflétait leur saison avec un début de saison difficile puis un retour en forme au fil de celle-ci. C’est également ton opinion ?

P.G. : Oui exactement, avec 2 victoires et 4 défaites en début de saison. Il ne faut pas oublier que la quatrième défaite est intervenu face à Carolina, à Seattle ! Ils étaient au fond du trou. Après cette quatrième défaite, les joueurs se sont parlés. Earl Thomas ne jouait pas à son meilleur niveau, Kam Chancellor ne s’était pas entraîné durant tout le camp d’entrainement, Bobby Wagner était absent au deuxième rideau lors de ce match là, d’autres joueurs ont joué à des postes différents comme K.J. Wright qui devait remplacer Bobby Wagner, Jimmy Graham avait du mal à s’intégrer en début de saison, Marshawn Lynch, ça ne s’est pas très bien passé également puis il s’est blessé rapidement. En fait, cette équipe a été remaniée. Il a fallu qu’elle retrouve une identité. Et quand ils ont recommencé à jouer les uns pour les autres, les uns avec les autres, cette équipe a fonctionné. Et finalement, le match contre Carolina, c’est un peu ça. En première mi-temps, ils n’ont pas joué les uns avec les autres. On les voyait échanger sur le bord du terrain, il y avait des problèmes de communication, d’entente, ‘est-ce que pour tel jeu, tu vois la même chose que moi ?’ En deuxième mi-temps, il n’y avait plus tout ça, il n’y avait plus ce genre de discussions. Ils ont fixé les choses à la mi-temps. Tout a été clarifié, ça les a reboosté et ils ont joué sans réfléchir exactement comme leur deuxième partie de saison. Au final, ça a été trop court à l’image de leur saison. Ils finissent tête de série n°6 alors qu’ils aiment bien recevoir avec leur 12ème homme. Donc oui, je suis assez d’accord avec l’analyse de Pete Carroll.

« L’ère Seattle Seahawks n’est pas terminée »

Penses-tu que les Seahawks pourront revenir au Super Bowl dès la saison prochaine ?

P.G. : Marshawn Lynch a fini sa carrière à Seattle, on va rentrer dans l’ère Thomas Rawls. Russell Wilson est jeune, il n’a que 25 ans, les joueurs défensifs ont tous resignés des gros contrats de longue durée, toute la « Legion of Boom ». Sur la D-line, il va y avoir des départs, c’est certain. Maintenant, il faut voir comment ils vont les gérer et savoir s’ils vont drafter des linemen offensifs parce qu’il y a eu beaucoup de hauts et de bas dans la production. Est-ce qu’ils sont capables de rester au plus haut niveau ? Je pense que l’ère Seattle Seahawks n’est pas terminée. Maintenant, l’ère des Los Angeles Rams peut aussi très vite prendre de l’ampleur à partir du moment où ils trouvent le bon quarterback. Les Rams sont à suivre de près. Ils vont faire mal.

Passons au match entre les Chiefs de Kansas City et les Patriots de New England. L’une des clés du match était de savoir si les Patriots pouvaient courir. Au final, ils ont confirmé qu’on pouvait gagner un match de playoffs sans avoir besoin de courir.

P.G. : Non, je ne suis pas d’accord. Les Patriots ne jouent pas comme ça. C’est peut-être la seule équipe en NFL où on peut ne pas penser comme ça justement. Ils ont confiance en leurs systèmes par rapport à ce que leur propose les défenses adverses. Offensivement, Kansas City n’a pas su rester au contact pour empêcher les problèmes qu’ils ont connu défensivement. Quant tu as Tom Brady, Julian Edelman, Rob Gronkowski, Dion Lewis, tu n’as pas besoin de courir. Là ils ont couru trois fois moins qu’ils n’ont passé (en effet, 14 courses pour 42 passes tentés, ndlr). Donc quand tu as Tom Brady et que dans le même temps, les Chiefs blitzent, tu joues en homme à homme. Et quand tu joues une équipe comme les Pats en homme à homme, t’as intérêt à être bon sur les quatre premiers pas. « Bumper » les receveurs, casser le timing pour 1) empêcher Tom Brady de prendre une décision rapidement et 2) donner une chance à ton pass rush d’arriver rapidement. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas parvenus à le faire.

Oui, parce que pendant tout le match, on a vu Tom Brady jouer des passes courtes propre à la West Coast Offense (passes courtes et latérales).

P.G. : Oui, pour les raisons que je viens d’expliquer. Sur les quatre premiers pas, ils n’ont pas été bons. Si Tom Brady sait prendre une décision rapidement, pourquoi jouer la course ? 1) Ce n’est pas l’élément fort des Pats. 2) C’est l’un des éléments les plus forts de Kansas City. Les Pats, c’est pas Houston. Brian Hoyer, c’est pas Tom Brady. La clé de ce match selon moi, c’était l’état de forme de Gronkowski et d’Edelman, et les deux ont pris le match en mains. Seulement eux deux avec Tom Brady, et il n’y avait pas de réponse de la part de Kansas City. Ni défensivement, ni offensivement, sans oublier la mauvaise gestion de l’horloge en fin de partie. Ils auraient dû tenter une action ou deux avant le temps mort des deux minutes, mais non, ils ont décidé d’avoir le bon personnel, ils ont pris trente secondes de plus pour changer tout le monde sur le terrain, mais la défense de Matt Patricia (coordinateur défensif des Patriots, ndlr) a pu s’ajuster.

On avait quitté les Patriots en difficulté en saison régulière avec 4 défaites en 6 matches, finalement l’équipe s’est retrouvée en playoffs ?

P.G. : Oui, il ne faut pas oublier que ça coïncide avec le retour des joueurs évoqués, Julian Edelman, Rob Gronkowski. Il faut pas oublier non plus que les running-backs se sont blessés à ce moment-là aussi. Tu fais appel à Steven Jackson mais il faut lui laisser le temps de comprendre le système et de se l’approprier. On avait également des problèmes au niveau défensif en termes de blessure. Certains sont revenus mais d’autres sont incertains. Jared Mayo sera absent car il est blessé, on a un gros point d’interrogation sur Jamie Collins également et ça peut leur coûter très cher mais oui, pour moi, c’est l’une des plus grandes franchises de l’histoire de la NFL et Tom Brady est le chef d’orchestre, l’instigateur complet de tout ce qu’il se passe avec Bill Belichick. Sans Tom Brady, il n’y a pas les performances que l’on voit aujourd’hui.

Peux-tu évoquer la relation Brady-Gronkowski qui va bien au-delà des qualités physiques du tight-end ?

P.G. : Quand j’écoute les analystes qui disent qu’il crée un duel à son avantage, Jimmy Graham (TE, Seattle Seahawks) crée un duel à son avantage, Travis Kelce (TE, Kansas City Chiefs) crée un duel à son avantage, Tyler Eifert (TE, Cincinnati Bengals) crée un duel à son avantage… Je pense que la plus-value du TE aujourd’hui, c’est justement de créer ce problème de matchup avec les linebackers, les safeties en fonction de la taille, de la vitesse, etc. Mais aujourd’hui, ce n’est pas ça qui fait la différence, pas uniquement. Cette réussite, c’est clairement l’entente commune entre Brady et Gronkowski. A quel moment vais-je attaquer la zone faible ? Quand je suis en homme en homme, comment je fais pour influencer mon tracé vertical pour finalement m’arrêter au bout de trois pas parce que je sais que mon quarterback sait que je vais faire tel déplacement ? Parce qu’il a lu les mêmes choses que moi et que moi, de mon côté, je sais que le placement de la balle, il va être en bas à gauche et non pas en haut à droite. Voilà la force de ces deux-là. Ils s’entendent parfaitement, ils sont intelligents. On ne parle jamais de l’intelligence d’un QB, parce que s’il n’est pas intelligent, il ne joue pas en NFL. Par contre, un tight-end intelligent, c’est un TE qui voit les mêmes choses que son QB et il est très rare qu’ils ne s’entendent pas. Ça explique ma position sur Rob Gronkowski.

Abordons maintenant la rencontre entre les Broncos de Denver et les Steelers de Pittsburgh. Les Broncos étaient têtes de série n°1 grâce à leur défense. On n’a pas vu un grand match mais ils ont su faire les jeux qu’il fallait en fin de match pour l’emporter.

P.G. : Oui, le pass rush a été très bon, Aqib Talib a été excellent. Il a su faire les stops qu’il fallait. Mais il faut dire aussi que l’absence d’Antonio Brown (WR, Pittsburgh Steelers) a été un gros bol d’oxygène pour les Broncos. Le jeu de course n’a pas été mauvais non plus, ce qui a su enlever de la pression au quarterback (QB, Peyton Manning) et si ses receveurs n’avaient pas autant relâchés de ballons, on aurait pu assister à un autre match. Ce qu’à fait Denver c’est beau, parce que Pittsburgh restait l’une des meilleures équipes de la fin de saison.

« Le jeu au sol reste un élément-clé de l’attaque d’Arizona »

La finale de la conférence nationale opposera les Panthers aux Cardinals. Ce sont deux des meilleures attaques de la NFL. Les Cards par leur jeu explosif et les Panthers dans le scoring. Les Cards sont caractérisés pour leur jeu de passe prolifique et multiple. Carolina, ce sont ses schémas de course qui sont multiples. Qui aura l’avantage selon toi ?

P.G. : Je pense que l’avantage peut aller pour le jeu au sol de Carolina. Jonathan Stewart et Cam Newton peuvent faire très mal. Les jeux dessinés offensivement sont de type universitaire avec un QB d’une taille de tight-end capable de lancer des passes. On l’a encore vu sur le touchdown de Greg Olsen sur le tracé vertical face aux Seahawks. Je pense que le jeu au sol risque d’être dominant et peut entraîner des play-action qui vont ouvrir des espaces énormes pour Carolina. Maintenant, attention au jeu de passe d’Arizona, mais Carson Palmer va devoir être meilleur que ce qu’il nous a proposé face aux Packers.

Est-ce que Carson Palmer ne va pas devoir insister du côté du #2 corner, Cortland Finnegan ? Josh Norman ne pourra pas s’occuper à la fois de Larry Fitzgerald, de Malcolm Floyd et de John Brown.

P.G. : Oui, mais la défense de Carolina, ce n’est pas une défense en homme à homme mais une défense de zone. Donc on attaquera pas le côté de Josh Norman puisqu’on attaque une zone. Cortland Finnegan n’est pas sur une île déserte (expression pour signifier que le cornerback est en duel direct avec son receveur, ndlr) mais s’il doit aller en homme en homme il ira avec l’aide d’un safety, Ramon Harper, et il sera donc protégé. Dans ce cas, on pourra alors dire à Norman de s’isoler pour qu’il puisse faire son travail seul face à Fitzgerald. Je pense qu’Arizona va devoir continuer ce qu’ils ont fait jusqu’à présent, c’est-à-dire utiliser les espaces de zone qu’on veut bien leur donner. C’est ce qu’ils ont fait lorsqu’il y avait des couvertures de zone contre Green Bay et ce qu’ils n’avaient pas fait contre Seattle. Ca va être compliqué pour Carolina défensivement, mais tout va dépendre aussi du score. Si Arizona n’arrive pas à mettre son jeu au sol en place, ça peut être très compliqué pour le jeu de passe parce qu’aujourd’hui je ne considère pas l’attaque d’Arizona comme étant aussi bonne que celle des Patriots. Autant les Pats ne sont pas dépendants du jeu au sol comme je l’ai expliqué précédemment, autant si Arizona n’arrive pas à installer un jeu au sol, je ne vois pas comment ils peuvent gagner ce match.

Bruce Arians a déclaré à l’issue du match face aux Packers qu’ils avaient été trop conservateurs, notamment en première mi-temps par rapport à ce qu’ils avaient montré durant la saison. Il veut davantage ouvrir son playbook pour je cite « qu’ils redeviennent eux-mêmes ». Est-ce une façon de signifier qu’on va revoir des big-plays et des passes profondes ?

P.G. : En tout cas, c’est le but, mais s’ils veulent redevenir eux-mêmes, il va falloir réinstaller le jeu de course parce qu’en début de saison, Chris Johnson a fait ce qu’il fallait et en deuxième partie de saison, c’est David Johnson qui a fait la différence. Le jeu au sol reste un élément-clé de l’attaque d’Arizona, chose qu’ils n’ont pas réussi à mettre en place contre les Packers, auteurs d’un excellent travail et c’est la raison pour laquelle le match est resté aussi longtemps indécis.

Ton facteur-X défensif ?

P.G. : Kawann Short pour Carolina. Sans gros éclat de sa part, ça peut être compliqué pour l’adversaire. Et Deon Bucannon pour Arizona. Un linebacker un peu sous-côté avec un gabarit moins traditionnel car plus petit. Il faut voir s’il va stopper le jeu au sol car c’est son gros point faible mais comme Arizona aborde souvent la rencontre en tête, les adversaires sont obligés de jouer à la passe. Dans ce cas, ses faiblesses ne seront pas trop exposées. En revanche, si les deux équipes restent au coude à coude, ça peut être une problématique.

Ton facteur-X offensif ?

P.G. : Cam Newton côté Panthers. Tout passera par lui. La question est de savoir s’il va jouer à son niveau, s’il va savoir garder son calme et ne pas le perdre comme il l’a fait en deuxième mi-temps contre Seattle. Du côté des Cardinals, je dirais David Johnson. Comme je l’ai dit précédemment, il faut qu’Arizona installe son jeu au sol. Si ce dernier arrive à se mettre en place, ce sera grâce à lui.

La finale de la conférence américaine opposera les Broncos aux Patriots. N’est-ce pas le matchup parfait entre une attaque prolifique (les Patriots) et une des meilleures défenses de la Ligue (les Broncos) ?

P.G. : C’est une belle opposition mais souvent elle tourne vite à l’avantage d’une des deux équipes. On l’avait vu lors du Super Bowl XLVIII entre Seattle et Denver (large victoire des Seattle Seahawks, 43-8) où la meilleure défense (Seattle) avait complètement muselé l’attaque (Denver). De toute façon, on va avoir une belle opposition de style. C’est force contre force et c’est la meilleure chose qu’on puisse voir en NFL.

On retrouve les deux équipes qui dominent l’AFC ces dernières saisons avec la dix-septième confrontation entre Manning et Brady, la cinquième en playoffs et la quatrième pour une place au Super Bowl. Qu’est-ce que t’inspire ce duel ?

P.G. : Ce duel est à distance, ne l’oublions pas. Ils ne jouent pas l’un contre l’autre. Ils jouent contre des défenses respectives. On ne peut rien enlever à Tom Brady, il a été exceptionnel durant ces playoffs et c’est le meilleur quand il joue en playoffs. Maintenant, face aux équipes de Manning, il n’est pas aussi dominant. Mais pour le dire honnêtement, ce duel ne m’inspire rien du tout.

« Le vrai matchup, c’est Manning face à la défense des Patriots et Brady face à la défense des Broncos »

Oui, ce ne sont pas les quarterbacks qui feront forcément la différence.

P.G. : Pour moi, ce Manning-Brady Bowl dix-septième du nom, c’est juste un vocable. Le vrai matchup, c’est Peyton Manning face à la défense des Patriots et Tom Brady face à la défense des Broncos. Et là en l’occurrence, je pense qu’on va avoir un vrai combat, monstrueux, et encore une fois, avec des styles complètement différents. Oui, Tom Brady va faire ses ajustements sur la ligne. Oui, il va exploiter les faiblesses de la défense. Mais si Peyton Manning veut gagner ce match, il va devoir être meilleur que Brady dans ce domaine-là. Il va devoir être meilleur psychologiquement, sur l’identification des ajustements tandis que Brady va devoir exploiter avec précision la défense des Broncos comme il le fait habituellement avec son bras irréprochable.

Bill Belichick possède l’art de changer de plan de match chaque semaine, mais ne risque-t-on pas de voir un plan de match similaire à celui des Chiefs, à savoir s’appuyer sur le jeu de passes courtes pour échapper au pass rush des Broncos ?

P.G. : Il y a deux façons de battre un pass rush. Soit on fait des passes courtes – mais ça dépend de la manière dont sont défendus les quatre premiers pas (cf. plus haut). Soit on met en place un jeu au sol efficace. Il est possible qu’ils aillent dans cette direction là, mais Denver utilise une défense de zone durant cette deuxième partie de saison alors qu’ils défendaient plus en homme à homme lors de la première partie de saison. Donc les Patriots vont s’adapter à la défense proposée. Je pense qu’ils vont exploiter cette défense de zone, surtout parce qu’ils disposent d’un joueur comme Julian Edelman qui fait la différence.

Tout le contraire de l’attaque des Broncos qui devra être plus juste. On a vu des drops des receveurs contre Pittsburgh et une ligne offensive parfois poreuse. Elle devra s’appuyer sur le jeu de course avec Ronnie Hillman et C.J. Anderson pour favoriser les play action.

P.G. : C’est simple, sans Hillman ou CJ Anderson, il n’y aura pas de victoire des Broncos. On sait que le système de Gary Kubiak se base sur la course pour mieux favoriser la play action. Ce n’est pas nouveau et les Patriots seront prêts. Après c’est une histoire de lecture du QB, de faire les bons choix au bon moment.

Ed Reed a déclaré que la seule manière de battre les Patriots, c’était de prier. Tu vois les choses de la même façon ?

P.G. : Non, il n’a pas dit ça. Il a dit que le seul moyen de défendre contre Tom Brady, c’est de prier. Ce n’est pas la même chose et c’est une grosse différence. Est-ce que Denver peut battre les Patriots ? Clairement. Bien qu’ils reçoivent, je ne pense pas que les Broncos soient favoris, mais la victoire des Broncos dépendra de l’état de santé des linebackers adverses. Est-ce que Jamie Collins va jouer ? S’il ne joue pas, le jeu au sol de Denver sera encore meilleur et dans ces cas-là, ça pourrait être une longue après-midi pour la défense des Pats.

Ton facteur-X offensif et défensif pour les Broncos ?

P.G. : L’implication des tight-ends pour les Broncos. Parce qu’ils n’ont pas trop utilisé Owen Daniels et Vernon Davis. En défense, tout dépend si Chris Harris joue. S’il ne joue pas, son remplaçant sera au duel avec Julian Edelman et le matchup pourrait donc être très défavorable aux Broncos. L’ensemble du backfield défensif devra être performant.

Ton facteur-X offensif et défensif pour les Patriots ?

P.G. : Je pense que Julian Edelman continuera d’avoir un rôle très important. Et défensivement, tout dépendra si le pass rush des Patriots composé de Chandler Jones et Jabaal Sheard peut frapper à répétition Brady et empêcher le Hall Of Famer de s’exprimer pendant tout le match.

Ton pronostic pour le Super Bowl ?

P.G. : Je dirais Panthers-Patriots.

Ton MVP de la saison ?

P.G : Cam Newton.

Propos recueillis par Romain Laplanche

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