La résurrection du Napoli sous Sarri


Avant de se déplacer à Bologne ce dimanche, Naples est en tête de la Serie A. Et cette situation est le fruit du travail d’un homme : Maurizio Sarri. Focus.

Comme souvent, le football italien nous fait découvrir chaque saison un manager méconnu dans la prise en charge d’un grand club. Quel palmarès avait Massimiliano Allegri avant de prendre le Milan et de gagner le titre (saison 2010-2011) avant de subir la loi de la Juventus d’Antonio Conte ? Le néant, et c’est même avec cette Juve qu’on disait délabrée après le départ du même Conte qu’il est allé en finale de la Ligue des champions la saison dernière. Si d’autres managers ont connu pareille trajectoire, la carrière de Maurizio Sarri est peut-être encore moins commune.

La saison dernière encore, Sarri entraînait un club promu, Empoli, un petit club à mi-chemin entre Florence et Pise. Quand il avait pris le club en Serie B, Empoli comptait 4 points après 9 matches. La saison suivante, ils ont été promu en Serie A puis sont parvenus à se maintenir avec un effectif comptant les plus bas salaires et le manager le moins bien payé du championnat. Avant de connaître ce monde professionnel, Sarri avait passé ses 20 ans de carrière d’entraîneur à écumer des clubs amateurs. Pour son premier club professionnel il n’a pas dérogé à ses principes : un football proactif, direct et une équipe composée en grande partie de jeune joueurs.

Au début de cette saison 2015-2016, rappelez-vous, Naples ne comptait que 2 points en 3 matches. Sarri était une erreur, c’était évident, même Diego Maradona s’était plaint publiquement. Il n’était pas à sa place, le club avait besoin « d’un coach expérimenté qui sache diriger un groupe ». Il n’était soi-disant pas à la hauteur du club, il n’avait pas la moelle pour faire face à la pression. Celle du club, des supporters, du football, simplement. Depuis, le club a pris son envol. Et Naples vole haut. Très haut.

SSC Napoli vs SS Lazio

Entre le foot et la banque

Maurizio Sarri est né à Naples le 10 janvier 1959 d’un père ouvrier à Bagnoli, un petit quartier de la ville de Naples avant que la famille ne déménage en Toscane où le petit Maurizio, 3 ans, grandit à Figline Valdarno, dans la province de Florence. C’est là qu’il va mener de front sa carrière de footballeur amateur et celle de banquier pour le Monte dei Paschi di Siena, la grande banque de Sienne, la troisième d’Italie. Sarri est au cœur de la finance européenne le matin avant de s’entraîner l’après-midi.

C’est à 31 ans qu’il prend le costume d’entraîneur, grâce à la clairvoyance d’un coéquipier qui a proposé au club (Stia) de le promouvoir dans le rôle d’entraîneur-joueur. Mieux, Sarri décide de raccrocher les crampons jugeant incompatibles les deux fonctions. Il commence donc sa carrière  d’entraîneur à plein temps en 1990, à Stia, dans la province d’Arezzo, club de Seconda Categoria, soit l’équivalent de la 9ème division. Il enchaînera ensuite les clubs amateurs : Faellese, Cavriglia, Antella, Tegoleto puis Sansovino. Là-bas, s’il a accepté d’entraîner, c’était sous une condition, une seule, celle de quitter le club s’il ne devenait pas champion. Alors ? Alors il l’a été, évidemment. « Finalement, j’ai décidé que j’avais besoin de me consacrer exclusivement au coaching si je voulais obtenir des résultats » confessa-t-il. Sa capacité à être en osmose avec son groupe à Naples n’est pas anodine. A Empoli, il s’efforçait à construire une relation directe, franche et solide avec Riccardo Saponara, Daniele Rugani et Mirko Valdifiori, pour ne citer qu’eux. « A Empoli, les joueurs savent qu’ils grandissent en faisant des erreurs ». Un groupe performant se construit de la sorte. Dans l’erreur et dans l’adversité.

Il Maestro Sarri

Maurizio Sarri est issu d’une école : celle de Sacchi, comme beaucoup de ces coaches qui ont commencé à entraîner au début des années 90 dans le sillage de la révolution tactique menée par Il Mago de Fusignano. Pas question de tomber dans le jeu des comparaisons, mais simplement d’y percevoir de curieuses analogies. Comme pour Sacchi, la manière l’emporte toujours sur la simple victoire d’une équipe composée de grands noms. Comme pour Sacchi, le collectif et l’esprit qui l’accompagne l’emportera toujours sur la qualité individuelle. Sauf que l’un préfère les lunettes, l’autre les Marlboro.

Et puis les deux hommes partagent des similitudes, de nombreuses. Sarri a été choisi par Aurelio De Laurentiis comme Sacchi a été embauché par Silvio Berlusconi, deux entrepreneurs de la télévision, du cinéma et du divertissement. Les deux ont dû surmonter des débuts difficiles. Sacchi a démarré timidement avec le Milan, tout comme Sarri avec le Napoli. Mais les deux ont résisté. Et puis Sarri connaît une relation spéciale avec Gonzalo Higuain comme Sacchi l’a vécu avec Marco Van Basten. La saison dernière, avec Empoli, Sarri n’a remporté que huit matches dont un face à son futur club, le Napoli (4-2) comme Sacchi, avec Parme (alors en Serie B), avait alors battu par deux fois le Milan (en Coupe d’Italie)… son futur club également. Les deux partagent leur arrivée presque anodine dans le football, leur trajectoire et leur professionnalisme passionnel qui frise l’obsession. Reste à Sarri d’avoir le même succès et la même postérité. Mais pour cela, lui aussi devra mener sa propre révolution…

sarri_sacchi

Qui était Sacchi avant l’éclosion de son grand Milan ? Un natif de Fusignano, ville voisine de Ravenne. Si Sarri était banquier avant d’aller à l’entraînement, Sacchi a étudié la comptabilité pendant qu’il jouait au ballon. Son père, aisé, avait une petite usine de chaussures et Arrigo y trouva un emploi avant d’arrêter le football. Il préférait la théorie à la pratique eu égard à sa médiocrité. Ainsi, il se mit à arpenter l’Europe dans sa quête d’érudition footballistique. Ce qui l’intéressait avant tout, c’était l’enseignement des jeunes. Pour Sacchi, tout part de là.

De retour en Italie, comme Sarri, Sacchi dirige des équipes de jeunes, de divisions inférieures. Puis vient l’intérêt de Silvio Berlusconi, étonné par le jeu clinique de Parme. Sacchi a 41 ans et n’a jamais mis les pieds en Serie A. Ses principes sont similaires à ceux de Sarri aujourd’hui : l’homme compte plus que le joueur. L’homme sérieux fera un bon footballeur, il ne peut en être autrement. Humble, disponible pour apprendre, prêt à tous les sacrifices, prêt à jouer pour les autres, pas pour soi. Dans les salons comme dans le vestiaire, on se demandait aussi qui était Sacchi, qu’a-t-il gagné, quel est son passé ? Et puis avant un match fatidique face à Vérone, Berlusconi en personne, à la sortie des vestiaires, est venu susurrer à l’oreille des joueurs « qu’entre Sacchi et l’équipe, je choisis Sacchi ». On connaît la suite.

Sauf que de Sacchi, il n’y en a qu’un. Dans les procédés, dans l’étude, dans l’exigence. Comme il le dit lui-même, qu’importe si d’autres techniciens veulent connaître ses méthodes, « ils peuvent comprendre l’exercice, mais pas ma sensibilité », disait-il quand s’inquiétait Berlusconi face à la valse d’entraîneurs qui venaient l’observer. Reste que l’hommage qu’il a rendu dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport du 30 octobre dernier n’est pas anodin : « Le président De Laurentiis a eu une idée audacieuse qui se révèle fructueuse : l’ascension du maestro Sarri. Il a longtemps entraîné des clubs amateurs et semi-professionnels et a seulement connu récemment la Serie B et la Serie A. Il a été accueilli froidement et critiqué. Le sud, considéré à tort comme plus conservateur que le nord a cette fois été plus attentif et plus compétent.« 

« Sarri Potter »

 

Comme Sacchi aussi, quand Sarri a été nommé entraîneur avant le début de saison, c’est logiquement que le doute a envahi les esprits. Pourquoi prendre un coach qui venait de passer trois saisons à Empoli et qui avait passé la majorité de sa carrière d’entraîneur dans des clubs amateurs ou de divisions inférieures ? La réponse est simple. Parce que Sarri a un avantage sur n’importe quel autre technicien : il est né à Naples, c’est un supporter de Naples. Sarri est un fils de Naples qui comprend mieux que quiconque le rythme, la dynamique complexe et les turpitudes de la ville et du club. Déjà, tout petit, quand la famille avait déménagé en Toscane il restait fidèle au Napoli. « Il était naturel que je supporte l’équipe où je suis né. Quand j’étais jeune, j’étais le seul à Figline Valdarno à supporter le Napoli. Tous les autres étaient des grands fans de la Juventus, de l’Inter, du Milan ou du voisin, la Fiorentina. »

L’exubérance et le pragmatisme s’applique à la ville comme au Napoli. Pour mobiliser en masse, le club avait donc besoin du bon coach, d’un coach qui comprenne la nécessité de trouver l’équilibre entre les deux faces de la ville et la passion indicible du peuple napolitain pour leur équipe. Il semble qu’il soit trouvé en la personne de Maurizio Sarri. Pour le Corriere Dello Sport, Sarri est « le sel de la Terre », « l’anti-star ». Un manager qui croit passionnément aux devoirs de la fonction, ceux de faire progresser ses propres joueurs. Pas les acheter. Sarri est un travailleur. Un incroyable travailleur. « La plupart des coachs parlent de leurs formations ou de leurs idées tactiques qui leurs sont chères, mais j’ai rarement parlé avec des coaches qui expliquaient comment ils se préparaient pour un match », écrivait Sarri dans sa thèse pour Coverciano (2006-2007).

US Sassuolo Calcio v SSC Napoli - Serie A

Avec Sarri, chaque semaine, chaque journée est minutieusement décomposée. Le lundi, c’est jour de repos pour les joueurs pendant que l’entraîneur analyse le match du week-end. « L’analyse vérifie les différences entre la manière dont le match a été préparé et comment il s’est déroulé. » Le mardi, l’équipe regarde le film du match pendant que le coach prend des notes sur les dispositions mentales et physiques des joueurs avant une session de travail athlétique. S’ensuit le déroulement de sessions d’entraînements axés sur le travail physique et tactique le mercredi et le jeudi, l’équipe se divise en groupes selon les positions avant que, et malgré l’identité de jeu offensive du Napoli, le travail offensif ne se déroule que le vendredi. La veille de match, elle, est réservée aux coups de pied arrêtés.

Pour Sarri, venir à bout de l’adversaire repose sur deux conditions : la préparation et la connaissance. Des adversaires intensément étudiés pour identifier les failles potentielles. Ainsi, Sarri a pris d’Empoli une de ses méthodes d’entraînement : filmer la séance par un drone pour mieux le disséquer ultérieurement. Autre étape prépondérante : passer du temps individuellement avec chaque joueur pour leur signifier de légers ajustements afin d’optimiser l’entente collective. Après la victoire face à l’Inter lundi dernier (2-1), la Gazzetta du 1er décembre résumait : « Au Napoli, tous les mouvements sont codifiés, préparés, rien n’est laissé au hasard. »

Tout ce travail est strictement organisé. La parfaite condition physique démontrée cette saison revient au préparateur physique, Francesco Sinatti. Sinatti combine ses méthodes innovatrices et les exercices classiques puis analyse les datas collectées par le GPS sous l’oeil d’un statisticien, Corrado Saccone, au club depuis plusieurs années. Sinatti n’est pas n’importe qui. Il travaillait déjà avec Sarri à Empoli quand le club était en Serie B. Et si l’entraîneur a choisi de le ramener au Napoli, ce n’est pas seulement pour ses compétences. Le jeune homme (30 ans) a le charisme et la passion pour sa fonction. C’est important.

Un autre homme compte particulièrement pour Sarri, il s’agit de son bras droit, Francesco Calzona, son adjoint mais pas seulement. C’est aussi lui qui met en place les sessions vidéos pour montrer aux joueurs leurs performances individuelles du week-end et comment exploiter les faiblesses du prochain adversaire. Calzona travaille en coopération avec des analystes (vidéos), Simone Bonomi et Massimiliano Bongiorni. Ce dernier était le buteur de Sarri à Sansavoni (en Serie D, 2002-2003).

Maurizio Sarri a une obsession : le prochain match. Avant d’affronter Palerme le 28 octobre dernier, il proclamait qu’il ne regardait pas au-delà. « Je pense juste à Palerme. Le reste ne m’intéresse pas. » Être champion ? Ne lui en parlez-pas, la question reste tabou: « Je l’ai déjà dit et je le répète, mon favori reste la Juventus. » Et si pour Allegri, il s’agissait de Naples et de la Roma, quand la presse demanda à Sarri s’il s’agissait d’« une tentative d’intimidation », il répondait d’un laconique: « Honnêtement ? Je m’en fous. Nous sommes la même équipe qu’il y a un mois. Je me souviens bien des polémiques du début de saison. Beaucoup ont parlé d’un entraîneur inapproprié. » Le premier d’entre eux était Maradona qui, depuis, s’est ravisé. Mais Sarri n’est pas rancunier. « Je me suis déjà exprimé, il peut dire et faire ce qu’il veut, il reste mon idole. »

« Demain, nous allons devoir nous remettre au travail et recommencer »

Rafa Benitez avait ses idées et a demandé à son équipe de s’adapter quand Sarri s’adapte à son équipe pour mieux faire inculquer ses idées. Il n’a pas imposé sa vision du football, il a convaincu ses joueurs de l’épouser. Après deux points en trois matches et l’échec de son 4-3-1-2, il a compris que la voie emprunté était mauvaise et a décidé d’adopter un véritable 4-3-3. Un simple ajustement tactique. Comme il l’avait fait quand il était arrivé en Toscane. Benitez n’a pas voulu, Sarri oui.

« Être premier, c’est bien pour les fans, ça les rend heureux mais ça signifie très peu pour l’équipe puisqu’il s’agit du point culminant après seulement deux mois de bons résultats, déclarait-il après la victoire face à l’Inter lundi dernier. Demain, nous allons devoir nous remettre au travail et recommencer. Je ne suis pas un rêveur et les joueurs savent qu’ils doivent garder les pieds sur terre. » Avant d’ajouter, très sérieux : « Naples possède 31 points jusqu’à présent mais il y en a encore 72 à distribuer et nous ne sommes même pas sûrs d’éviter la relégation. »

Ritiro estivo Ssc Napoli   - preparazione atletica

A l’issue de la victoire face à l’Inter, Sarri a demandé à ses joueurs de ne pas regarder le classement, et on le comprend. C’est la première fois depuis 25 ans que Naples est en tête de la Serie A. Depuis le Naples de Maradona. Aussi, plutôt que de faire la fête, Sarri a décidé de faire regarder aux joueurs les vingt dernières minutes du match pour leur faire comprendre qu’on ne doit pas permettre à l’adversaire d’obtenir quoi que ce soit d’un match totalement dominé jusque-là.

Sarri est rarement satisfait et trouve toujours quelques chose à redire. Quand ce n’est pas l’état des terrains de Serie A (« honteux »), c’est le calendrier de la Ligue Europa, le fait de ne pas obtenir de penaltys (« nous ne portons pas de maillots rayés ») ou même la confection du dernier ballon d’hiver de chez Nike, le ‘Nike Ordem 3 Hi-Vis’, beaucoup trop flashy (« il roule différemment et pénalise les joueurs les plus techniques, les obligeant à faire une touche supplémentaire »).

Lundi soir aussi, il a même trouvé à redire sur la performance de Gonzalo Higuain. « Il peut être encore plus impitoyable et doit encore être davantage exigeant avec lui-même ». Après 14 journées de championnat, le constat est là. Aujourd’hui, le Napoli est l’une des meilleures équipes européennes, invaincue sur les 18 derniers matches toutes compétitions confondues, la plus longue série pour n’importe quelle équipe tous grands championnat confondues. La dernière fois que le club avait connu une telle série, c’était lors de la saison 1989-1990, celle du titre. Encore.

Avec Sarri, Higuain renaît. L’Argentin a déjà marqué 12 buts en 14 matches de Serie A et lors de huit matchs consécutifs à domicile, record de Maradona égalé. Seuls Alberto Gilardino quand il évoluait à Parme (9) et Christian Vieri avec l’Inter en 2003 ont fait mieux (11). Sinon, le duo Higuain-Insigne a marqué 19 buts soit plus que l’Inter (17). Insigne ? On a retrouvé celui de Pescara, enjoué comme sous Zeman et ailier prolifique (18 buts en Serie B, 7 cette saison) qui s’éclate dès lors qu’il évolue dans un 4-3-3 car véritable ailier. Avec Sarri, tout le monde a retrouvé son poste, sa fraîcheur et son talent. Marek Hamsik est redevenu celui des années Mazzarri, un milieu de terrain à tout faire plutôt que confiner dans un rôle de n°10. Même chose pour Jorginho qui retrouve son rôle de pivot devant une défense complémentaire (Koulibaly-Albiol) et au sein d’un milieu équilibré, c’est-à-dire au sein d’un trio plutôt que dans un tandem incommode (4-2-3-1). Bonne pioche aussi que celle d’Allan, ancien de l’Udinese, milieu de terrain avec une grosse activité, profil dont le club avait besoin.

Après avoir encaissé 93 buts sur les deux dernières saisons, cette saison, Naples est la meilleure défense de Serie A (9 buts encaissés seulement). La principale faiblesse est devenue une force. Mais Naples sait défendre sans être défensif. Le Napoli a battu la Juventus, le Milan, l’Inter, la Lazio et la Fiorentina, assure face aux petites équipes et quand l’équipe ne peut pas gagner, elle ne perd pas. Depuis le règne de la Juventus sous Conte, le Napoli est la seule équipe avec la Lazio à avoir soulever des trophées (3). Tous sauf un, le Scudetto.

Article a retrouver également ici : http://www.goal.com/fr/news/28/main/2015/12/06/18040332/avec-sarri-naples-sest-retrouv%C3%A9?ICID=HP_HN_HP_RI_0_1

Romain Laplanche

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