La nouvelle vie de Gonzalo Higuain


Arrivé rapidement en Europe à l’âge de 18 ans, à Naples, Gonzalo Higuain s’éclate comme jamais et vit une saison exceptionnelle. Explications.

« Tous les joueurs doivent découvrir ce que cela signifie de jouer à Naples », déclarait Omar Sivori quand, après avoir illuminé la Botte de son talent à la Juventus, il avait rejoint le Napoli (1965-1969). 50 ans après, Higuain a saisi la chose comme personne. Depuis son arrivée en Campanie, l’Argentin fait rêver Naples en culminant à 65 buts en 120 matchs sous le maillot azzurro. Cette saison, Gonzalo Higuain remet au goût du jour le buteur italien dans sa plus pure tradition.

De River Plate à Naples

Depuis le début de sa carrière, l’Argentin est à l’image de Naples, un joueur déraciné, celui qui peine à faire l’unanimité. Pourtant, « Pipita » sait ce que se battre signifie dans le football et dans la vie. Pis, c’est un miraculé. Octobre 1988, le jeune Gonzalo a 10 mois quand il côtoie la mort et lutte pour rester en vie. La raison ? Il souffre d’une méningite. « On venait seulement de rentrer de France (où il est né, ndlr). Il avait une forte fièvre qui ne descendait pas et il n’avait pas de réflexes. Ma femme a senti que c’était grave et vu que l’ambulance n’arrivait pas, nous sommes allés à l’hôpital pour enfants où on lui a sauvé la vie. Il a passé 20 jours en soins intensifs. Le médecin nous a dit qu’il fallait attendre quelques années pour le revoir en forme parce qu’il pourrait avoir des séquelles pour marcher et connaître des problèmes de coordination », raconte son père, Jorge, dans le quotidien argentin La Nación. Des problèmes de coordination ? Qui l’aurait cru 27 ans après ?

29 mai 2005, à 16 ans, le jeune Gonzalo fête son premier match avec River Plate, une défaite lors du Clausura face au Gimnasia la Plata (2-1). Pour son premier but, contre Banfield, ses qualités sont déjà palpables : anticipation pour se défaire du marquage et toucher de balle suffisamment subtil pour que la ballon aille au fond. Et le Monumental n’a encore rien vu. Lors du match retour des huitièmes de finale de la Copa Libertadores 2006, River affronte les Corinthians de Tevez et Mascherano. Higuain va régler à lui tout seul la qualification pour les quarts en inscrivant un doublé. Lors du Clausura 2006, Higuain se fait un prénom en devenant l’avant-centre indiscutable des Millonarios. Cette saison-là, ses prestations et son doublé lors du Superclasico suffisent pour attirer les sirènes du Real Madrid.

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Après avoir marqué 15 buts en 41 apparitions sous le maillot de River Plate, il sera vendu au Real Madrid en janvier 2007. Un cadeau de Noël du président Ramón Calderón pour Fabio Capello. « Quand j’ai vu des vidéos de lui, il m’a immédiatement intéressé par sa grande activité et sa participation dans le jeu. Il a toujours fait preuve d’une grande détermination et a le sens du but, c’est un joueur très important. J’ai été frappé par une chose en particulier : à la fin de l’entraînement, il s’imposait encore des séances de tirs devant le but. Il a toujours voulu s’améliorer techniquement, des caractéristiques propres aux grands champions », énonçait-il pour Sky. Higuain s’adapte au football européen, ne marque pas beaucoup, mais reste titulaire. Capello lui fait confiance, c’est déjà ça.

Parce qu’avec Bernd Schuster, sa carrière ne décolle pas, la faute à l’omnipotent Raúl avant de subir sous Juande Ramos et Manuel Pellegrini la domination outrancière du Barça de Guardiola. José Mourinho ne le met pas au centre de son projet ? Qu’importe. Il forme avec Karim Benzema et Cristiano Ronaldo le trident le plus prolifique dans l’histoire de la Liga. Pipita se console en marquant le 700ème but du Real en Ligue des Champions contre l’AC Milan, et son 100ème but personnel sous les couleurs de la Casa Blanca. Puis après trois saisons et 122 buts marqués en 264 matchs, il décide de trouver Naples. Un club qu’il doit faire sien. Dans cette entreprise, le club l’aidera. Le Napoli a perdu de sa superbe après l’ère Mazzarri, notamment son insolence, son intensité et sa folie. Sous Benitez, Naples perd définitivement sa ferveur et sa personnalité. Il a fallu que Maurizio Sarri arrive pour qu’Higuain enchante à nouveau le stade San Paolo.

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Maurizio Sarri, l’homme-clé

Et pourtant. À l’intersaison 2015, Higuain devait partir. C’était acté. Le Napoli ne jouait pas la Ligue des champions, n’était pas parvenu à se qualifier pour la plus grande compétition européenne à l’issue de la saison, Rafael Benitez avait quitté le club, et Naples avait reçu des offres de Manchester United et d’Arsenal pour enrôler l’Argentin. Sauf qu’il fallait payer une clause de 94 millions d’euros incluse dans son contrat. Et puis De Laurentiis fit venir un certain Maurizio Sarri. Un changement radical. Le début de tout.

Sarri avait déjà fait des miracles avec Empoli. Arrivé au club en 2012 alors en Serie B, dès son arrivée, il avait distillé ses idées autour de la discipline et d’un jeu proactif assumé pour faire remonter le club en Serie A. Il y parviendra dès sa deuxième saison (en terminant second au classement), après avoir été tout près de réaliser cet exploit dès sa première saison. À son arrivée à Naples, Sarri a immédiatement misé sur un homme : Gonzalo Higuain. Le but ? Redonner confiance à l’Argentin et exploiter son potentiel comme aucun autre entraîneur n’a pu le faire. « Higuain est au centre de notre projet. Ses qualités extraordinaires le rendent décisif. S’il progresse sur certaines choses, il causera le chaos. Il est le centre de notre monde. C’est un phénomène, c’est évident, mais je sais qu’il a encore une grande marge de progression et qu’il n’a pas réussi à exprimer tout son potentiel. ll est un peu fainéant, je lui ai dit. Potentiellement, il peut être le meilleur attaquant du monde, mais s’il ne s’applique pas, il ne le deviendra jamais », énoncait-il à propos de l’Argentin dans des propos rapportés par le magazine FourFourTwo.

Signe de la crédibilité du nouveau coach en place, la saison dernière, l’homme recevait les honneurs d’un certain Samuel Eto’o. Lors de la 37ème journée, Empoli reçoit la Sampdoria de Sinisa Mihajlovic, et alors qu’Empoli mène (1-0), Eto’o égalise dans les arrêts de jeu, lequel à la fin du match va voir Sarri : « Finalement, ça a été un plaisir de vous rencontrer. » Sarri lui rétorque alors : ‘Tu te moques de moi ?’ Mais Eto’o ne plaisantait pas. ‘J’ai beaucoup vu jouer vos équipes et j’aime la façon dont vous faites jouer Empoli.’ ‘C’est moi qui devrais être honoré de vous rencontrer’« , avait alors répondu Sarri.

Avec Sarri, Higuain a retrouvé un entraîneur conquérant, affectueux et qui fait tout pour le mettre dans les meilleures dispositions. Une personne ambitieuse aussi qui ose dire ce qui manque cruellement au club pour retrouver les sommets. « La Juventus n’a pas peur de crier haut et fort qu’elle va gagner face à beaucoup d’équipe. Vous voulez connaître la différence entre la Juventus et les autres ? Quand Empoli jouait les grandes équipes, on entrait sur le terrain sur la pointe des pieds alors que la Juventus criait et hurlait dans le vestiaire comme s’ils avaient battu le Bayern Munich. C’est cette mentalité qui manque au Napoli. » Le talent d’Higuain a été trop souvent embourbé dans la médiocrité et Sarri est venu pour le raviver. « Tu dois développer ta mentalité collective », lui disait-il à l’intersaison.

Soccer: serie A, Chievo Verona-Napoli

L’attaquant lui-même se dit comblé par leur entente. « Notre relation est très bonne. Il m’a beaucoup aidé l’été dernier et très tôt et il m’a fait sentir que j’étais un joueur indispensable au coeur de son nouveau projet tactique, déclarait-il à la Gazzetta Dello Sport, le 4 octobre dernier. Parfois, pour un joueur, la chose la plus importante, c’est le dialogue. Aujourd’hui, je me sens bien mentalement et physiquement. J’espère même encore progresser, de la même manière que j’espère que le Napoli continuera de progresser. »

Alors, comment l’Argentin peut-il afficher pareil visage ? « Il doit se reposer à la fois physiquement et mentalement pour ne pas avoir cette fatigue psychologique qu’il a pu avoir la saison dernière, déclarait déjà Sarri à son arrivée. Dernièrement, quand je l’ai vu un peu nerveux, je lui ai dit qu’il devait partir un peu pour se faire plaisir. Celui qui sourit et prend du plaisir sur le terrain sera toujours plus performant sur le long terme.« 

Pipita de Oro

Cette saison, l’Italie a succombé aux performances exceptionnelles de l’Argentin. La Gazzetta dello Sport écrivait le 8 novembre dernier : « Vingt-cinq ans après le cyclone Maradona, Gonzalo Higuain est le phénomène qui alimente les rêves du peuple napolitain. » Il est question ici de leadership, de talent, de caractère et d’histoire. Car si la magie diffère avec son aîné, dans l’impact, la différence est mince. Cette saison, Higuain a des records à battre. Maradona a marqué lors de 8 matches consécutifs à domicile en Serie A ? Higuain en est à 6 après la victoire face à l’Udinese le 8 novembre dernier, série en cours. Mieux, il a marqué son 200ème but en carrière en marquant son neuvième but de la saison avant la trêve internationale. Son total de 12 buts en 16 matches toutes compétitions pour un ratio de 0,75 but/match le place parmi les dix meilleurs attaquants européens du moment. Mettez ça dans le contexte culturel du championnat et dans la densité de ce dernier, et vous obtenez un rendement qui le rapproche des sommets.

Parce qu’Higuain n’est pas seulement le buteur du Napoli, c’est aussi le moteur. Le leader. Fort de la dynamique du début de saison, l’Argentin ne se cache plus devant les caméras : « Quels sont mes objectifs ? Mon objectif est de gagner le titre avec Napoli. » L’ironie veut que son ambition soit atténuée par Sarri lui-même, toujours dans la Gazzetta. « Higuain rêve du titre ? Il est bon de rêver, c’est notre rêve commun – mais je ne connais pas encore notre potentiel. »

Chasseur, buteur, passeur. Depuis le début de la saison, l’Argentin ne se contente plus d’harceler par son pressing les défenses adverses ni d’être un simple buteur. Higuain a complété son jeu. Son entente avec Lorenzo Insigne (6 buts et 4 passes décisives), son altruisme (25,2 passes/match contre 20,3 en 2014-15 et 19,6 en 2013-14), son jeu plus efficient (2 passes décisives et 1,6 key passe/match contre 1,3 en 2014-15 et 0,8 en 2013-14) et ses dribbles réussis (63% contre 41 et 26) seraient donc anodins ? Le président Aurélio De Laurentiis déclarait le 31 octobre dernier : « Maurizio Sarri est davantage un coach que Benitez. L’Espagnol est un théoricien qui évite de se mêler du vestiaire alors que l’ancien entraîneur d’Empoli est connu pour avoir une relation directe avec les joueurs. » C’est tout ce dont Gonzalo Higuain avait besoin.

Article a retrouver également ici : http://www.goal.com/fr/news/30/italie/2015/11/30/17576452/naples-inter-la-nouvelle-vie-de-gonzalo-higuain?ICID=HP_HN_HP_RI_1_1

Romain Laplanche

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