Thierry Henry, les débuts d’une nouvelle carrière


Après avoir mis fin à sa carrière de joueur et avoir emprunté celle de consultant, Thierry Henry prépare une nouvelle étape de sa vie : devenir entraîneur. Focus sur ses débuts.

Mercredi 21 octobre 2015, 22h45. Arsenal vient d’obtenir une victoire cruciale dans la course à la qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions face au Bayern Munich (2-0). La victoire de l’espoir. Quelques heures plus tôt, les U19 d’Arsenal ont disposé des U19 du Bayern Munich sur le même score (2-0) sauf que les circonstances étaient un peu différentes. Le match n’avait pas lieu à l’Emirates Stadium mais à 12 miles de là, dans le quartier verdoyant de Borehamwood. Bienvenue dans l’univers parallèle de la Youth League, la Ligue des champions pour les catégories jeunes. Une compétition régie pour la troisième saison consécutive par l’UEFA, ouverte aux clubs dont les équipes premières participent à la plus grande compétition européenne. Une opportunité comme une autre pour les jeunes de se sentir un peu plus proche de leurs aînés.

Lors de ce match, un joueur d’Arsenal a saisi comme jamais son opportunité de briller en marquant un doublé, il s’agit de Alex Iwobi, neveu de Jay-Jay Okocha. Son second but, le joueur le dédie à l’un de ses coachs, un certain Thierry Henry. « Je lui dois ce but. Il m’a dit avant le match que la plupart des ailiers parviennent à marquer en prenant à revers leur défenseur dans leur dos donc j’ai écouté son conseil et je l’ai mis en application », rapporte-t-il au Guardian. Avant d’ajouter :  « Sans manquer de respect aux autres coaches que j’ai eu jusque-là, je n’en ai jamais eus un comme Thierry. J’apprends simplement auprès du meilleur. » Avant d’affronter ce soir le Bayern Munich, après trois matches, Arsenal occupe la tête de son groupe avec trois victoires face au Bayern Munich (2-0), l’Olympiakos (3-2) et au Dinamo Zagreb (2-0).

Entraîneur, la suite logique

C’est dans cet environnement que la figure familière de Thierry Henry a été intégrée. Le meilleur buteur de l’Histoire du club passe la saison 2015/2016 avec les jeunes. La raison ? Il y en a plusieurs. S’il est présent, c’est pour rendre ce que le football lui a donné mais aussi pour passer ses diplômes d’entraineur. « Ce serait un rêve, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Vous devez d’abord faire vos preuves. Vous devez d’abord apprendre. Vous devez être capable de comprendre ce que signifie être entraîneur. Est-ce que vous pouvez enseigner, est-ce que vous pouvez être patient ? Ce n’est pas si facile, déclarait-il au Mirror en février dernier. Le projet, c’est de commencer par avoir mes diplômes et j’espère qu’Arsenal m’aidera. Pour passer les diplômes, vous devez travailler en étroite collaboration avec un club et j’aimerais que ce club soit Arsenal. Je ne sais pas comment ou quand, mais tout le monde sait que j’adorerais revenir à Arsenal. Mais j’ai besoin d’être équipé, d’en avoir les capacités. Je veux apprendre le métier, donc je dois avoir mes diplômes. On verra ce qu’il se passera. Mais je veux m’assurer d’avoir tout les capacités requises pour revenir. »

C’est désormais chose faite. Face au Bayern, il était là, sur le terrain avec son survêtement, à prodiguer ses conseils pour le rapide Reiss Nelson, 15 ans. Ensuite, il a saisi son notepad avant de rejoindre le banc avec deux autre coaches, Ryan Garry, ancien joueur d’Arsenal qui a dû arrêter sa carrière plus tôt que prévu pour une accumulation de blessures, et le coach des gardiens, Jason Brown. Avant la rencontre face à l’Olympiakos, remporté par les Gunners (3-2) le 29 septembre dernier, Henry avait mené les sessions d’entraînement dans la semaine sur les terrains de London Colney avant de voir les matches depuis le banc à Borehamwood. Le statut d’Henry attire évidemment une attention particulière. Une idole pour la plupart des joueurs. « Nous voulons tous écouter et apprendre. Il est comme nous, il plaisante avec nous mais lorsqu’on doit être sérieux, il est très sérieux. Il nous enseigne ce que l’on doit faire et il nous critique parfois pour que l’on devienne meilleurs », affirme Iwobi.

Henry reste seulement fidèle à son éthique, celle de ne rien laisser au hasard. Il reste ce joueur capable de dire à un coéquipier « qu’untel n’est pas bon pour se retourner sur sa droite, alors il faut mettre le ballon dans tel intervalle » comme le signalait Arsène Wenger dans L’Équipe du 17 décembre dernier. La mentalité de l’éducateur ne diffère pas de celle de l’ancien joueur. Mais pour le manager de l’académie Andries Jonker, impressionné par son attitude, c’est comme si l’ancien buteur démontrait une nouvelle facette de son jeu. « Thierry veut rester entraîner les jeunes cinq, six, sept jours par semaine. Lui-même veut s’investir pour son ambition et son avenir, devenir coach. C’est dans ce dévouement que je reconnais le gars qui a eu une brillante carrière en tant que joueur, capable de transmettre son savoir et son expérience aux garçons. Et la chose la plus importante est qu’il est prêt à le faire. Il est très à l’aise avec nous et c’est pourquoi je l’ai invité à intégrer le staff, pour gagner de l’expérience et lui permettre d’être de l’autre côté. […] Il fait beaucoup plus que ce qu’il est censé faire pour obtenir son diplôme. C’est son souhait, son désir. Nous n’avons pas besoin de lui dire quoi que ce soit. […] J’ai pu voir à quel point il s’investit. Il est vraiment motivé pour se développer en tant que coach. Il est ouvert à l’échelle internationale, et c’est vraiment un bon gars. D’autant que Thierry est jeune. »

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« Pour le moment, je suis l’assistant de l’assistant du coach des U18 ! »

Il faut dire que tout est allé très vite depuis l’officialisation de sa fin de carrière faite le 16 décembre dernier. Consultant pour Sky Sports depuis la Coupe du monde 2014, en 2015, Thierry Henry a mené de front cette occupation en passant par une nouvelle étape de sa vie : devenir entraîneur. Dès fin janvier, Henry a préparé une séance d’entraînement aux U16 gallois après avoir rencontré Osian Roberts, le directeur technique gallois. Dans la foulée, il a pris des cours de coaching au Pays de Galles. L’objectif ? En apprendre davantage sur la subtilité du métier dans la quête de la licence UEFA B (diplôme UEFA B) avant d’obtenir sa licence UEFA A pour l’été.

À la mi-février, Henry a participé à une session d’entraînement des jeunes Gunners de moins de 16 ans à la Hale End Academy. Une information du Daily Mail rapportée sur Twitter par Josh Benson, un joueur des U15 du club. Interrogé sur cette nouvelle que le club n’avait pas communiqué, Arsène Wenger avait alors commenté sur le site officiel : « Thierry étudie pour ses diplômes. Il fait ses premiers pas en tant que coach et c’est toujours impressionnant quand vous commencez. C’est bien pour vos jeunes joueurs d’être entrainés par lui, une légende du club. Il est venu ici une ou deux fois, je ne sais pas exactement, mais je ne le vois pas parce qu’il est sur un terrain différent. Il est avec l’équipe des jeunes. »

Cet été et depuis le début de saison, Henry a intégré le staff des U18 d’Arsenal avec une victoire pour commencer la campagne (sur Norwich, 2-0). Une expérience qui a suivi celle de la deuxième partie de saison 2014-2015, période durant laquelle il a préparé quelques séances d’entraînement. Il concevait et préparait notamment les routines sur coups de pied arrêtés avec les U16 du club aux côtés du coach, Kwame Ampadu (aujourd’hui coach assistant des U18).

La semaine dernière encore, pour Sky Sports News, le joueur expliquait son rôle avec les U18. « Pour le moment, je suis assistant de l’assistant du coach des U18 ! Ils m’ont autorisé à venir et apprendre sur le processus à suivre pour devenir entraîneur et parfois pour prendre en charge quelques séances d’entrainements. J’apprends le processus, c’est tout ce que je peux faire. Voir le match en étant joueur et voir le match pour en tirer des enseignements et les faire comprendre aux garçons, c’est autre chose. » […] « Le plus important et ce dont nous parlons en ce moment, c’est de faire progresser les joueurs. Gagner n’est pas le plus important. Le but est de les préparer à jouer en équipe première. Donc si Arsène a besoin d’un joueur, même à l’entraînement, ce joueur doit être prêt à être performant et à jouer de la façon dont Arsenal joue. Tu dois veiller à ce qu’ils soient prêts pour jouer en équipe première, donc ils savent exactement ce qu’Arsène attend d’eux et comment ils doivent jouer. »

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Une formation… au Pays de Galles

Son apprentissage, le Français ne va pas le faire n’importe où et dans n’importe quelle condition. C’est à Newport, au Pays de Galles, qu’il a décidé d’apprendre le métier. Après avoir baigné au sein du cercle fédéral français, avoir connu le système italien à la Juve (sous Marcelo Lippi et puis Carlo Ancelotti) et joué pour l’une des plus grandes équipes de l’Histoire (le FC Barcelone de Pep Guardiola), Henry a voulu intégrer l’approche du jeu en vogue : celle du Pays de Galles. Comme Roberto Martinez, Garry Monk et Tim Sherwood, Henry apprend le métier d’entraîneur via le programme de formation de la fédération au Dragon Park, le nouveau centre d’entraînement grandiloquent de la sélection galloise.

Dès lors, le 31 mai dernier, le Français a participé à la conférence des entraîneurs nationaux au Celtic Manor aux côtés notamment de Patrick Vieira. Mieux, Henry est revenu à Newport à la fin du même mois pour continuer d’étudier dans la quête de l’obtention de sa licence A UEFA. À cette occasion, Henry avait évoqué son choix de suivre son cursus au Pays de Galles et sa nouvelle vie. « Je n’ai pas la prétention de connaître le jeu de ce côté du terrain. Je veux apprendre des autres et prendre conseil auprès de personnes comme Garry Monk. J’avais entendu parler de ce cours par Patrick Vieira et Jens Lehmann sur la façon dont la Fédération galloise de football voit le jeu. Et cette façon dont ils font les choses, leur identité et leur philosophie, c’est la façon dont je vois le jeu. J’aurais pu emprunter une voie plus facile avec la fédération française mais j’ai parlé à Osian Roberts (adjoint du sélectionneur, Chris Coleman)  et nous avons le même point de vue sur beaucoup de sujets. Je savais que c’était le bon endroit. »

[…] « Quand j’étais joueur, j’arrivais, je m’entrainais et je partais. Je me fichais que le boss soit arrivé à 8 heures pour préparer la séance, expliquait Henry durant cette conférence. Je ne savais pas structurer une séance, parler au coach de remise en forme pour savoir si les joueurs sont fatigués ou pas. En tant que joueur, j’arrivais et je me plaignais. Je prenais les choses pour acquises. Quand je parlais avec ces coaches et qu’on parlait de ce qui n’allait pas, de ce qu’ils allaient faire le lendemain, de la mise en place tactique pour battre l’adversaire, de ce que tu dois manger… Il y a tellement de choses à gérer. » […] « C’est essentiel d’avoir ce type d’installations pour réussir, mais le plus important, c’est d’avoir les bons entraîneurs en place. Ils ont une certaine manière de faire, ils appellent ça le ‘Welsh Way’, et ce pourquoi les gens adhèrent, c’est parce qu’ils voient la réussite. L’équipe nationale a pour objectif d’aller disputer l’Euro en France, j’espère qu’ils y parviendront. Ils ont gagné le Victory Shield (le tournoi des U16 entre l’Écosse, l’Eire, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles), les U17 et les U19 se sont qualifiés pour l’Euro de leur catégorie. C’est grâce à ce ‘Welsh Way’, parce que les équipes nationales respectent et croient en cette identité et en cette philosophie. Oui, vous avez besoin des infrastructures, c’est très important. Mais vous avez besoin d’un plan. Ils ont un plan et ils l’exécutent parfaitement en ce moment. »

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« Thierry Henry souhaite que toutes ses sessions soient filmées par un drone »

Pour passer ses diplômes, la légende d’Arsenal ne se contente pas de jouer l’éducateur pour les catégories inférieures d’Arsenal, Henry s’intéresse également aux nouvelles méthodes qui optimisent la qualité du travail du coach et du jeu. C’est ainsi qu’en septembre dernier, il a adopté la présence de drones sur le terrain d’entraînement. Une information rapportée par Michael Owen, ambassadeur dans le cadre du séminaire Soccerex, la structure leader dans l’organisation d’évènements permettant la rencontre de tous les acteurs du monde du football. Le nouvel assistant des U18 utilise donc des caméras aériennes durant ses séances de coaching afin d’expérimenter une perspective unique sur le déroulé des événements. » Thierry Henry passe ses diplômes et il veut que toutes ses sessions soient filmées depuis une vue aérienne », a affirmé Owen. Le but ? « Avoir un meilleur aperçu tactique afin de voir les déplacements de vos joueurs et de voir comment les choses se déroulent. Avec un drone, vous allez plus loin. Beaucoup d’équipes désormais utilisent cette technologie pour filmer les séances d’entraînement. » Par exemple, avec Everton, Roberto Martinez a introduit des méthodes similaires lors des entraînements de l’équipe première à Finch Farm.

« Quand les gens parlent de héros dans le sport, je n’ai jamais trouvé ça adéquat, déclarait encore Henry sur les ondes de talkSPORT le 27 octobre dernier. Quand vous voyez les jeunes essayer de faire face à leurs problèmes, essayer d’être les personnes qu’ils aspirent à être, essayer de donner le meilleur d’eux à travers le sport, à travers les arts ou dans tout autre domaine, c’est dur d’y arriver. C’est vraiment dur. Donc vous avez besoin d’une source de motivation, de quelque chose qui vous fasse avancer. Pour moi c’était le football. C’était ma passion et c’est cette passion qui a fait la personne que je suis devenue, le joueur perfectionniste que j’ai pu être et qui m’a construit au final à travers l’adversité. Donc j’apprends tous les jours. Tous les jours j’apprends et encore plus quand vous devez transmettre comme je le fais en ce moment avec Arsenal en étant assistant pour les U18. Vous apprenez tous les jours pour faire en sorte que ces jeunes gagnent en confiance et puissent profiter de votre expérience dans votre carrière et dans votre vie. » Car il le sait, le plus difficile réside dans cette ‘transformation psychologique et mentale pour transmettre le savoir aux autres de la manière la plus simple qui soit » comme le stipulait Wenger en août dernier. « Être entraîneur est un sacrifice de vie » ajouta-t-il. Thierry Henry, lui, proposait un autre point de vue dans L’Équipe Mag du 29 novembre dernier : « La source du plaisir est dans le travail. »

Article à retrouver également ici : http://www.goal.com/fr/news/31/angleterre/2015/11/04/16958082/thierry-henry-les-d%C3%A9buts-dune-deuxi%C3%A8me-carri%C3%A8re-comme-entra%C3%AEneur-

Romain Laplanche

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