Nolito, sans limites


A 29 ans, il est au sommet de sa carrière. L’ailier du Celta Vigo est l’homme en forme actuellement en Liga. Lui, c’est Manuel Agudo Durán, plus connu sous le nom de « Nolito ».

Quand en octobre 2014 le quotidien El País demande au joueur andalou sa représentation du football, il répond d’un laconique : « Le football, c’est la vie. Ce que je veux, c’est être heureux. » Deux mois plus tard, à l’heure d’exprimer ses voeux pour 2015, bis repetita, cette fois dans Marca : « J’espère que nous nous maintiendrons et que je pourrais aider le club par des passes et des buts. Je suis sûr que nous allons nous amuser. J’espère que l’année 2015 sera meilleure. Je dis toujours que le meilleur est à venir. Que les blessures nous laissent tranquilles, nous nous amuserons et nous serons heureux, c’est le plus important dans la vie. C’est tout ce que je demande. »

Ce recul sur la saison, et plus largement sur la vie s’explique par le parcours singulier traversé par le joueur pour atteindre le niveau qui est aujourd’hui le sien. Une enfance sans parents, un travail à 13 ans, un départ prématuré du cocon familial pour percer, l’échec, l’épreuve de la mort, puis une rencontre et une force intérieure pour vivre le début d’une véritable épopée.

« Là où j’ai le plus joué, c’est dans la rue »

Manuel Agudo Durán, dit « Nolito » a très vite connu la misère et le désenchantement. Sa mère, incarcérée, a dû renoncer à son éducation et confier le petit bout à ses parents. C’est dans le quartier de Sanlúcar de Barrameda, en Andalousie (dans la province de Cadix), que sa grand-mère, Dolores, et son grand-père, Manuel, ont alors pris en mains l’éducation de leur petit garçon. Un élément de plus au sein d’une famille déjà élargie ses grand-parents ayant déjà 11 enfants (ainsi qu’une trentaine de petits-enfants). Mais peu importe qu’il y ait une douzaines de bouches à nourrir, que le cadre ne soit pas idéal et que les difficultés financières affectent son train de vie, le jeune homme considère ses oncles comme ses propres frères. « Mon grand-père était un capitaine de navire, un marin, et on était nombreux. On devait manger avant de jouer. Mes amis avaient trois cadeaux et moi je n’en avais qu’un et je devais partager. On se contentait de peu parce que le plus important, c’était de manger et de se vêtir », révèle-t-il pour ABC. Les plus fortes relations naissent dans la difficulté. Durant, toute sa carrière, sa famille sera son ciment.

Pour se libérer de la promiscuité et de la précarité, Nolito va trouver son terrain de jeu : le football. Il va s’en nourrir. « En bas de chez moi, il y avait un terrain de foot en salle, et j’y allais tous les jours. Si nous n’étions pas dix, on faisait des deux contre deux ou des trois contre trois. J’ai joué à un club de Sanlúcar, mais là où j’ai le plus joué, c’est dans la rue. Je me suis perdu là-bas. Le souvenir de mon enfance, c’est ce terrain plein et on venait me chercher à dix heures du soir. C’est là-bas que j’ai tout appris. Maintenant, quand je retourne à la maison, je vois le terrain vide, et ça me rend triste », confie-t-il dans El País.

A l’origine de cette passion ? Son grand-père. Un grand passionné de voile et du FC Barcelone. C’est son abuelo qui a inculqué à Nolito sa passion du football. Quand il était petit, il lui a fait cadeau du survêtement du Barça et de crampons. Le petit ayant pris habitude de jouer pieds nus, il fallait qu’il apprivoise au mieux le football balle aux pieds. Convaincu que son petit-fils pouvait devenir joueur professionnel, il s’est occupé de lui pour s’assurer qu’il ne lui manque rien. Il lui a alors inculqué les valeurs fondamentales pour y parvenir dont la première sera le goût de l’effort. A mesure que son talent prenait forme, les livres du collège ont été mis de côté pour qu’il puisse l’accompagner à sa façon. Dès ses 13 ans, Nolito a ainsi été contraint de travailler dans une boucherie. Rien de tel que d’apprendre sur le terrain.

En jeunes, son terrain de jeu, il le trouve en jouant pour le club de son quartier, l’Union Deportiva Algaida de Sanlúcar, avant de rejoindre le plus grand club de sa ville natale, l’Atlético Sanluqueño. A 16 ans, il tente sa chance à Valence, mais l’adolescent, jeune et loin de chez lui a préféré vite revenir à la maison. Sans famille et amis, sans une atmosphère qui avait fait le joueur qu’il était devenu. « Je n’étais jamais parti de chez moi mais j’ai appris plein de choses, se remémore-t-il. Ce qui m’a rendu plus mature, c’est quand je suis parti à Valence. J’avais 16 ans, j’étais seul et la vie était différente. J’ai tout appris de la vie. Du bon, du moins bon. Tu crois savoir les choses et tu vois d’autres réalités », résume-t-il.

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« Soit je perçais, soit je m’enlisais. Luis Enrique a eu un rôle clé »

A l’été 2006, il accepte une offre d’Écija pour prouver en Segunda B. Il y reste deux saisons avant d’obtenir là-bas ce qu’il n’avait osé espérer. « Je n’ai pas beaucoup joué la première année, j’étais mieux lors de la deuxième saison (durant laquelle le club fera les playoffs pour l’accession en Segunda), quand le Barça m’a appelé pour intégrer la filiale du club. » Été 2008, Nolito est recruté par le FC Barcelone pour continuer de progresser avec la réserve du club. Le Bétis était aussi sur les rangs mais cette convocation, c’est le rêve de deux vies. Le rêve de deux gosses, de Nolito et de papy. En octobre, Pep Guardiola le convoque pour la première fois dans l’équipe professionnelle pour un match de Coupe du Roi face à Benidorm. Ironie du sort, en décembre de la même année, son grand-père meurt d’un accident vasculaire cérébral. Un événement qui va marquer Nolito à jamais. Dès lors, sa vie devient un défi. Le football aussi. Le moyen pour gagner sa vie. Depuis, tous ses buts, il les dédie pour son grand-père et pour sa fille, Lola, son nouveau repaire.

Au fil des matches avec le Barça B, son rôle évolue. En 2008, Luis Enrique l’a pris, l’a poli, l’a défini. De buteur, il le repositionne ailier. « On me demandait d’avoir beaucoup de mobilité », rapporte-t-il. Avant de continuer sur son parcours au sein du club catalan. « Il y avait des moments durant lesquels je ne jouais pas avec la B, mais j’ai fini par débuté (il jouera deux matchs) avec les pros sous Guardiola. J’étais avec Messi, Ibrahimovic et Iniesta, et je n’en croyais pas mes yeux. Je respectais, j’admirais et j’essayais de faire ce que me demandait Pep. » Au Barça, il y passera trois saisons, avant tout pour jouer avec la B même s’il aura eu le temps de connaître sa première titularisation en Liga contre Majorque en octobre 2010 pour remplacer un ailier dénommé alors Pedrito (78ème). Reste que face à la concurrence et l’impossibilité d’évoluer avec les pros, Nolito fait le choix de partir pour Benfica. Deux saisons durant lesquelles les mésententes avec l’entraîneur, Jorge Jesus (« il ne croyait pas en moi », dit-il), précipiteront la fin de son aventure lisboète.

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Déçu, il revient en Espagne, à Grenade, où il reste une demi-saison pour mieux retrouver, en 2013, son mentor de la réserve du Barça, Luis Enrique, au Celta Vigo. Un entraîneur qui l’a indubitablement marqué. « En bien et en mal. C’est une personne qui a toujours été directe et claire avec moi. Il m’a toujours dit les choses qui allaient ou qui n’allaient pas me concernant. Il m’a fait voir le football d’une autre manière, depuis une autre perspective. Il m’a fait comprendre que je pouvais vivre du football. Il m’a dit que j’étais un bon footballeur mais que je devais faire attention à certains aspects comme l’alimentation et que je devais croire en moi. Quand je ne méritais pas de jouer, que je n’étais pas bon, il venait me parler et me le disait. Il a marqué ma carrière parce que c’était une étape importante de ma vie. Soit je perçais, soit je m’enlisais. Luis Enrique a eu un rôle clé. »

Il affole les défenses comme les statistiques

Si sous Luis Enrique, Nolito marque 14 buts en 37 matches, depuis, il n’a cessé de progresser. Sa saison 2014/2015 reste exceptionnelle. Avec 13 buts et 13 passes décisives, il faisait partie des onze joueurs européens (selon Whoscored) à posséder deux catégories statistiques à deux chiffres, signe de son caractère décisif. Aujourd’hui, Nolito n’est pas qu’un simple ailier de débordement, c’est l’étoile du Celta, le moteur de l’attaque, son bien le plus précieux. Si Orellana fait la différence par le dribble et la vitesse, Iago Aspas par ses appels, Nolito, c’est un peu tout ça à la fois. Impeccable dans la conservation, dans ses choix, par sa vitesse, sa technique balle au pied et par ses déplacements (notamment ses appels dans la diagonale en transition offensive). Et puis avec le temps, il a retrouvé son âme d’enfant, celle du buteur.

Buteur, passeur, déstabilisateur. En réserve, on disait de lui qu’il occupait le même rôle qu’occupait à l’époque Thierry Henry, à l’exception que son volume était plus important que le Français. Manolito brillait déjà par sa vitesse, sa qualité dans le un contre un et sa capacité à couper intérieur (avec ou sans ballon) pour optimiser son champ d’action : déborder, passer, tirer, temporiser ou assister l’avant-centre, chose qu’il fait si bien aujourd’hui avec Iago Aspas. Surtout, il est capable de défendre. Quoi de mieux pour progresser que de pratiquer le marquage individuel ? Une approche défensive qui tient à coeur d’Eduardo Berizzo, disciple auto-proclamé de Marcelo Bielsa pour mettre en avant le sens du sacrifice. Plus largement, pour mettre en avant son humilité dans la quête d’efficacité. Un clin d’oeil à sa vie en somme. Nolito fait la différence et sait se sacrifier comme durant son enfance il a su être le meilleur du quartier pour mieux partager.

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Un match a récemment mis en exergue ses qualités : le 23 septembre dernier, le Celta Vigo l’emporte face au FC Barcelone (4-1). Durant ce match, Nolito est le joueur qui a touché le plus de ballons (66) du côté du Celta, un nombre peu commun face à pareil adversaire. Pour cette rencontre, Whoscored l’a gratifié d’un rating de 8.89 pour une évaluation moyenne depuis le début de saison de 8.26 qui le positionne comme le 3ème meilleur joueur européen derrière Riyad Mahrez et Lionel Messi, mais devant Robert Lewandowski et Neymar. Depuis qu’il est au club (2013), l’ailier est à l’origine de 48 buts pour son équipe. Autant dire que son importance à Vigo n’est plus à démontrer.

Cette saison, Nolito est actuellement le deuxième meilleur buteur de Liga avec 5 buts derrière Karim Benzema (6). Il est impliqué dans 8 buts de son équipe en 7 matches et contribue ainsi à 33% des buts de son équipe (seuls Cristiano Ronaldo et Benzema font mieux, avec 36%). C’est le joueur qui s’est créé le plus d’occasions en Liga (17) derrière Cristiano Ronaldo et Lionel Messi (21), qui offre le plus de key passes (3.4 passes/match) et demeure parmi les dix meilleurs dribbleurs. En ce début de saison, le risque paie pour Nolito et le Celta Vigo. Mieux, aujourd’hui, l’ailier est en train d’inscrire son empreinte au Celta. Sur les vingt dernières années (les plus grandes gloires du club ont joué dans les années 40 et 50), l’ailier est le 5ème meilleur buteur du club en Liga (32 buts) derrière Vladimir Gudelj (68 buts), le « tsar » Aleksandr Mostovoï (55), Catanha et Juan Sanchez (38).

Si bien que ces dernières semaines, Nolito, à qui il reste trois ans et demi de contrat, suscite les convoitises. Du FC Barcelone notamment même si le Celta Vigo affirme n’avoir reçu aucune offre émanant du club catalan. Le club privilégierait la prolongation de contrat du joueur avec une augmentation de salaire et une hausse du prix de sa clause de départ (de 18M€ à 25M€). Même sur les questions contractuelles, l’importance du joueur au sein du club est significative : Toto Berizzo a ouvertement déclaré qu’il était davantage préoccupé par la prolongation de son ailier que par sa situation personnelle. Le joueur, lui, trace son chemin. Toujours. Au cœur des rumeurs, il a rejoint la sélection pour entériner la qualification de l’Espagne à l’Euro 2016. Là encore, il se sera montré précieux et décisif (passe décisive pour Cazorla face au Luxembourg). Nolito sait d’où il vient, ce qu’il a dû endurer pour atteindre ce niveau, l’effort investi pour le maintenir et tout ce qu’il lui reste à accomplir. « Beaucoup de personnes m’ont aidé dans la vie, mais je sais que mon niveau, je l’ai atteint grâce à mon travail. […] Il faut exploiter ce don que Dieu nous a donné. Gagner de l’argent, se faire plaisir sur le terrain et vivre ce privilège. J’ai toujours su ce que je voulais faire et je ne sais pas où est ma limite. » Réponse en juin prochain.

Article à retrouver également ici : http://www.goal.com/fr/news/4920/analyses/2015/10/17/16389892/nolito-sans-limites?ICID=OP

Romain Laplanche

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