Julian Weigl, ce symbole


« Dans le football, tout va très vite, donc il est difficile de prédire mon avenir. En tout cas, mon but est de jouer un jour en Bundesliga. » Telle était l’aspiration de Julian Weigl en mai 2014 pour les cinq ans à venir. Un an plus tard, le jeune homme incarne le fondement du jeu du Borussia Dortmund.

Pourtant, le jeune milieu de terrain (20 ans) revient de loin. Il y a plus d’un an, le natif de Bad Aibling en Bavière faisait ses débuts face à Ingolstadt (le 14 février 2014) en 2. Bundesliga avec le TSV 1860 München après avoir fait ses preuves en U17 et U19. Il y a un an, son ancien coach Ricardo Moniz l’avait désigné capitaine, à 18 ans, devenant ainsi le plus jeune capitaine de l’histoire du club. Il y a un an, le jeune homme aidait le club à éviter la relégation en troisième division face au Holstein Kiel lors des barrages. Autant dire que le sens des responsabilités, ça le connait.

Un passif déjà important

Cet été, après avoir connu des galères (individuelles – suspendu de son titre de capitanat pour sortie nocturne – et collectives – avoir connu trois entraîneurs différents), suite à sa signature, le jeune homme pouvait être prêté à un autre club allemand pour prendre le pouls du rythme effréné de la Bundesliga. Au lieu de ça, Tuchel a préféré lui faire confiance après une remarquable pré-saison. Depuis, le joueur de 20 ans a pris la place de titulaire à son compatriote et modèle Sven Bender et a parfaitement su prendre le relais du partant, Sebastian Kehl. Dès son premier match face au Borussia Mönchengladbach, après la qualité de sa prestation, il ne pouvait en être autrement.

Weigl était soi-disant arrivé pour « préparer l’avenir » comme l’avait exprimé Tuchel à l’arrivée du joueur. Des propos corroborés par le directeur sportif du club, Michael Zorc. Ce dernier avait avoué qu’il s’agissait « d’une signature pour l’avenir », mais que son temps était venu « plus vite que prévu » selon ses dires. Mais dès la pré-saison, le joueur avait fait la différence et joué le surdoué. Celui qui, trop humble, n’ose pas proclamer haut et fort ses prétentions. « Dans cette équipe, je me considère comme un challenger. Je suis venu ici et je voulais juste voir si j’étais rapidement capable de prendre le rythme et apprendre de mes coéquipiers. » 

Un rendement qui a même étonné son alter-ego de l’entrejeu, Ilkay Gündogan. « Ça m’a surpris un peu parce qu’il n’avait pas fait une grande saison avec le TSV 1860 Munich. Il a travaillé très dur à l’entraînement et lors des matches de préparation depuis le début. Il a toujours su garder son calme. C’est très bien qu’il soit déjà bon à son âge. Il sait quand il faut faire les choses et quand il ne faut pas. Il prend les bonnes décisions assez souvent et joue simple. Spécifiquement à cette position où il a 5 attaquants face à lui, c’est très important. Il est devenu un élément important de l’équipe. »

Julian Weigl, fruit d’une mutation

L’intérêt est de savoir pourquoi. Si le changement spectaculaire dans le jeu du Borussia Dortmund est évident, le caractère fascinant de l’arrivée de Thomas Tuchel a un nom : Julian Weigl. C’est l’illustration. Le produit. Sous Thomas Tuchel, le Signal Iduna Park est désormais habitué à un rythme différent. Au lieu du heavy métal déstructuré, les fans de BVB savourent un style de jeu plus coordonné, où chaque joueur est en accord avec le collectif.

Le problème principal du Borussia Dortmund la saison dernière était l’inefficacité du jeu de possession. La raison ? Le manque de relais dans l’entrejeu. Un manque de liant au milieu de terrain explicatif de la stérilité. L’adversaire pouvait ainsi gaiement former un bloc bas pour contrer eu égard à la pauvreté dans la construction des Borussen.

Aujourd’hui, si Dortmund possède une plus grande propension à garder le ballon (possession moyenne de 62%), l’équipe est aussi meilleure dans l’occupation du terrain. La saison dernière, la circulation du ballon du Borussia était inefficace en occupant trop souvent des zones faibles (les côtés) pour progresser efficacement. En résultait un manque de pénétration au moment de faire la décision. De fait, les ailes sont les zones les moins dangereuses dans la progression du ballon. L’angle étant de 180°, la présence de la ligne de touche facilite le pressing adverse. D’autre part, être sur une aile ne facilite pas l’accession aux autres zones du terrain. Dans ce registre, la présence d’un joueur comme Julian Weigl était donc d’autant plus importante.

C’est ainsi que sous Tuchel, Dortmund montre une plus grande pertinence dans la possession du ballon et dans l’exploitation des espaces. Raison pour laquelle on voit très peu les ailiers dans leurs zones habituelles avant le dernier tiers adverse, Marco Reus et Henrikh Mkhitaryan préfèrent participer au jeu en se recentrant pour que les latéraux prennent les ailes. Tuchel a très bien identifié les faiblesses affichées dans l’utilisation des espaces jusque-là au nom de la construction.

Si cette capacité à conserver la balle est liée à une meilleure occupation du terrain, elle engage également les acteurs. Avec Shinji Kagawa, Marco Reus, Henrikh Mkhitaryan, Julian Weigl et Ilkay Gündogan, Thomas Tuchel fait confiance à des joueurs intelligents et techniques qui misent davantage sur leurs appels et leurs déplacements plutôt que sur leurs actions individuelles. Des joueurs idoines pour l’idée de jeu développée. N’oublions pas que Tuchel aime beaucoup le Barça de Guardiola.

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« Le foot est un jeu simple mais il est extrêmement difficile de jouer simplement »

« L’achat de Julian a été conçu pour être une alternative », disait-on au club. Mais il en a été tout autrement. Thomas Tuchel avait besoin de ce joueur. C’était nécessaire. L’arrivée de Weigl, c’est un coup tactique. Le jeune allemand possède l’art de trouver l’ouverture dès le premier coup d’oeil avec un circuit cérébral établi. Appel, réception du ballon, coup d’oeil, transmission. Incessamment. Puis il se déplace, entre les lignes pour se trouver toujours disponible et ce quel que soit l’endroit du terrain. Le jeune homme maîtrise le ‘passe et va’ et le ‘passe et suit’. Vers qui vais-je la donner ? Vers quelle zone me déplacer ? Tel est son refrain.

Positionné devant la défense, Weigl est le soutien de la relance ou en est à l’origine. Son rayon d’activité se résume principalement axe-gauche où il vient soutenir Marcel Schmelzer (cf. illustration ci-dessus) et combiner avec ses milieux offensifs. Avec à sa droite, Ilkay Gundogan, Julian Weigl incarne l’élément-clé dans la construction du jeu de l’équipe. C’est le distributeur qui remplit son rôle silencieusement, sans rien demander, et qui garde confiance balle au pied. Parce que l’Allemand sait où donner le ballon avant même de le recevoir. Ce n’est pas un hasard si Michael Zorc (encore lui) témoignait sur la pré-saison du garçon : « Julian a pris le rythme très facilement, il a été impressionnant. Il s’est adapté immédiatement. » D’habitude, le directeur sportif évite les superlatifs, mais il est difficile de ne pas s’y contraindre dès lors qu’il s’agit d’évoquer le jeune milieu de terrain. Il étonne par son jeu simple sans prise de risque inutile, et comme dit Cruyff : « le foot est un jeu simple mais il est extrêmement difficile de jouer simplement. » Qu’importe l’animation adverse, qu’il s’agisse d’un bloc bas ou d’un pressing haut, le garçon reste imperturbable, ce qui témoigne de son intelligence, de sa vision du jeu et de sa maturité.

Le jeune homme joue un grand rôle pour établir la connexion constante avec ses partenaires. Il permet à l’équipe de progresser avec le ballon via ce qu’il manquait la saison dernière : les triangles. Des triangulations indispensables dans la garantie de la possession du ballon. Pas étonnant de voir le milieu de terrain avec cette volonté de se tenir disponible, tout le temps. Il n’a qu’un but, qu’une fonction : optimiser les lignes de passes. Une tâche qu’il effectue sans pour autant présumer de ses forces. L’Allemand sait qu’il n’est pas le plus rapide, le plus fort, le plus puissant ou le meilleur dans les duels (et pourtant, il en gagne plus de la moitié). Des joueurs intelligents, Thomas Tuchel en avait besoin. Car l’entraîneur allemand a introduit une approche tactique qui met en exergue le jeu de position. Idée de jeu qui met ainsi l’accent sur la surcharge de certains espaces et la provocation de déséquilibres. Le jeu requiert des joueurs qui non seulement comprennent leurs rôles spécifiques mais qui ont également une idée précise de la perception de l’espace.

Elément de liaison et créateur d’espaces

Dans son rôle de pivot devant la défense aux côtés d’Ilkay Gündogan, dès son premier match de Bundesliga face au Borussia Mönchengladbach, le néophyte a touché 91 ballons pour un taux de passes réussies de 94%. Des stats qui parlent d’elles-mêmes, mais Tuchel ne s’en était pas étonné : « nous avons pensé que Julian était capable de délivrer ce genre de performance. Autrement, nous ne l’aurions pas mis sur le terrain. »

Pour que le jeu de possession soit efficace, les joueurs de l’entrejeu doivent se positionner entre les lignes. Par exemple, comme nous l’avons évoqué précédemment, Julian Weigl vient très souvent aider Marcel Schmelzer quand ce dernier est isolé côté gauche à cause du pressing adverse dans la quête constante de faire vivre le ballon et créer des connexions. D’autre part, si la ligne de passe entre les centraux et Weigl est court-circuitée (comme ce fut le cas contre le Bayer Leverkusen avec l’activité de Chicharito), cela laisse alors une plus grande liberté pour les centraux de progresser avec le ballon. Julian Weigl se mue alors en créateur d’espaces. Mats Hummels peut ainsi démontrer ses qualités à la relance. Ce qu’il n’aura pas tardé à montrer puisque le premier but du Borussia Dortmund en Bundesliga (face au Borussia Mönchengladbach dès la première journée), vient d’une passe verticale lumineuse pour Kagawa qui remise en une touche pour Marco Reus.

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Kaiser Weigl

Une prééminence pour Julian Weigl avec ou sans ballon qui, avec le temps, a suscité certaines analogies. Par ses mouvements et son allure, la presse allemande a osé : « une exceptionnelle légèreté caractérise son jeu ; une élégance qui rappelle le Kaiser. » Beckenbauer. Rien que ça. Et pourtant, même après des premiers matches bien maitrisés et une meilleure connaissance du bonhomme, les adversaires ont sous-estimé l’influence du jeune allemand.

Par exemple, face au Bayer Leverkusen, Kevin Kampl et Christoph Kramer ont tenu à museler Shinji Kagawa et Ilkay Gündogan, mais ont laissé Julian Weigl faire ce qu’il voulait. Tranquille à la relance, il a su porter la confusion, si bien que son intérêt grandissant a permis à ses deux compères du milieu de s’introduire dans les espaces à exploiter au cours de la rencontre. Weigl sait se mouvoir intelligemment pour se positionner idéalement, aussi bien latéralement que de manière verticale pour se trouver entre les lignes où dans la zone idoine pour conserver puis faire circuler le ballon. Par séquence, lui et Gündogan s’écartent volontairement pour étirer la première ligne adverse et ainsi, permettre à Hummels d’avancer avec le ballon pour que ce dernier soit lui-même à la relance pendant que Weigl le couvre. Une solution comme une autre pour ne pas altérer la circulation du ballon.

Guardiola : « Il jouera pour l’équipe nationale dans le futur »

Son appétit pour le travail de sape, ses courses continuelles lui servent aussi en phase défensive. Sa lecture et sa qualité d’anticipation font des merveilles pour couvrir ses latéraux quand ces derniers montent, et venir au soutien quand ses défenseurs centraux en ont besoin. Face au Bayer Leverkusen, Weigl a cumulé 4 interceptions et 4 tacles réussis.

Défensivement, ses qualités sont semblables à celles qu’il déploie en phase offensive. Dans un système ou la primeur est donnée à la surabondance de joueurs côté gauche afin de mieux renverser côté droit pour des courses létales (notamment de Matthias Ginter), Weigl a la responsabilité de couvrir ses coéquipiers plutôt que de se proposer à eux. Une fois que l’action se déploie, dès qu’elle avorte, se met alors en place le gegenpressing pour profiter du surnombre créé et ainsi récupérer le ballon le plus rapidement possible (et éviter la rapide transition offensive adverse). Le rôle de Weigl ? Être à la retombée de potentiels longs ballons adverses si le travail défensif n’est pas fait en amont. Ainsi, Marcel Schmelzer peut prendre le couloir gauche en toute quiétude grâce à la lecture de jeu et au sens de l’anticipation de son milieu de terrain.

Si Julian Weigl ne fait que ses débuts en Bundesliga, il s’est déjà montré comme un rouage essentiel du Dortmund de Tuchel. Le joueur idoine pour le jeu de possession grâce à la compréhension de son rôle, notamment en phase de construction. Le nouvel environnement dans lequel il baigne, sa confiance accumulée et son utilisation l’ont aidé à le mettre en valeur. Accomplir son rôle de la sorte avec une équipe de premier plan comme le Borussia Dortmund lui permettra non seulement d’être un titulaire indéboulonnable sur le long terme mais aussi d’être une figure majeure du club. A l’orée du Klassiker, lors de sa conférence d’avant-match, Pep Guardiola a évoqué le jeune joueur : « Il a toutes les qualités pour jouer dans cette position. Il sait jouer entre les lignes, demeure très bon dans le positionnement, il réfléchit vite et sera capable de jouer pour l’équipe nationale dans le futur. » À Dortmund, Julian Weigl incarne plus que jamais le présent.

Article à retrouver également ici : http://www.goal.com/fr/news/4920/analyses/2015/10/04/15987512/analyse-julian-weigl-ce-symbole

Romain Laplanche

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