Avec Tuchel, Aubameyang progresse en silence


Buteur lors de chaque match de Bundesliga cette saison avec le Borussia Dortmund, Pierre-Emerick Aubameyang continue de progresser sous l’égide de Thomas Tuchel. Focus.

Été 2007, en Malaisie. Personne ne se souvient mieux de la Champion Youth Cup 2007 que le jeune Pierre-Emerick Aubameyang, attaquant de l’AC Milan alors âge de 17 ans. Ce tournoi, le natif de Laval s’en sert comme une opportunité unique pour marquer les esprits. Son objectif est simple, celui de faire coucou à Carlo Ancelotti dans l’optique de porter le maillot rossonero. Le joueur y croit, il vient de signer son premier contrat pro. Lors de ce tournoi, dire que le club est impressionné par le joueur est un euphémisme. Le jeune Aubameyang marque tous les buts de son équipe. Tous, et à tous les les matches. Contre l’Ajax, Flamengo, Arsenal, le Bayern Munich, la Juventus, soit 7 buts en 6 matches. Le milanista n’a eu aucun mal à être élu « meilleur joueur du tournoi » pour ramener chez lui le trophée Roberto Bettega. Si bien que lors du match pour la troisième place (perdu face à Flamengo), des scouts de Barcelone ont approché son père, Pierre-François Aubameyang, lui-même scout pour l’AC Milan. « Ecoutez Yaya (son surnom, ndlr), nous avons été impressionné par le talent de votre fils et nous voudrions qu’il intègre La Masia. » Mais son père avait d’autres plans pour son fils. Qu’il côtoie Kaka, Seedorf et Maldini.

pierre-emerick-aubameyang1_3418022664

Au final il n’en a rien été, Ancelotti ne lui donnera jamais sa chance. Aubameyang jouera en Primavera et sa seule apparition chez les pros, il l’honorera en Coupe d’Italie face à Catane, sans avoir eu la possibilité de prouver quoi que ce soit. Le jeune homme aura vu passer sur le front de l’attaque Borriello, Ronaldinho, Shevchenko, Inzaghi et Pato.

« Je peux jouer dans l’axe, à droite ou à gauche »

Le joueur est alors prêté à Dijon, à Lille puis à Monaco mais c’est à Saint-Etienne que le jeune Aubameyang va se révéler. Deux saisons suffiront pour qu’il inscrive 35 buts en 71 matches en Ligue 1. Pour sa dernière saison, il inscrit 19 buts et offre 9 passes décisives. Avec le temps, le championnat de France est vite devenu trop monotone pour son talent.

Dans son utilisation, si le joueur a d’abord été aligné dans l’axe par Christophe Galtier, ce dernier le fera également jouer sur le côté. « C’était une idée de Galtier de me faire jouer sur le côté. Quand le club a acheté Brandao, le coach m’a dit qu’il y avait une possibilité que je joue à gauche ou à droite. Au début, j’étais sceptique mais après avoir consulté mon père – qui est mon mentor – je me suis convaincu moi-même que ce pouvait être une bonne idée. Et ça l’a été. Désormais, je suis un joueur plus complet, plus mature. Je peux jouer dans l’axe, à droite ou à gauche et je peux marquer dans toutes les positions. En sélection, je joue en tant que second attaquant, ce qui me permet de bouger davantage sans donner de points de repères aux défenseurs. Donc j’ai plus d’opportunités pour marquer. »

et-si-aubameyang-restait-a-l-asse-iconsport_jpt_020313_55_66,51509

En France, Aubameyang est devenu un attaquant qui, bien que parfois désintéressé à l’heure de défendre, inconstant et parfois gourmand, est vite devenu un chasseur au sang froid, rapide, instinctif et polyvalent. « Dans le football moderne, pour un attaquant il est important de marquer des buts et d’être altruiste, résume-t-il. Un attaquant moderne doit être capable de tout faire : savoir dézoner vers les côtés est un avantage pour moi. J’ai appris à jouer dans un style différent et à marquer depuis des angles différents. » Soit le profil idéal pour une équipe au jeu dynamique : le Borussia Dortmund.

Aubameyang avec le Borussia Dortmund de Jürgen Klopp (2013-2015)

Quand au début de sa carrière, la Gazzetta dello Sport demandait au joueur sa principale qualité, ce dernier évoquait sa vitesse. Des qualités inhérentes au Borussia Dortmund de Jürgen Klopp. Sa vitesse ainsi que sa rapidité dans la prise de décision sont idéales dans l’agressivité du jeu de Dortmund, son pressing haut dans la quête du ballon pour un jeu très direct. « Notre jeu est basé sur le contre-pressing et gagner la balle le plus tôt possible. Il est important de garder la balle au sol et de se procurer des situations lorsque la défense adverse est désorganisée », déclarait le directeur sportif du club allemand, Michael Zorc, peu avant que le joueur ne signe. Avec le jeu en première intention de Shinji Kagawa et de Marco Reus, moulés également dans ce modèle, Dortmund ne pouvait faire que des dégâts.

Il aura fallu peu de temps pour que l’attente se dissipe en un instant. Son entrée en Bundesliga est en effet fracassante. Dès la première journée, le jeune attaquant venu de France réalise un triplé et permet au Borussia Dortmund de s’imposer face à Augsbourg (4-0). A l’issue du match, Klopp se fend alors d’un commentaire empli d’admiration. « Je ne suis pas surpris par ses qualités, juste un peu que tous les ballons soient allés au fond ». Par cette prouesse, Aubameyang avait rejoint Gerd Müller (Bayern Munich, 1970 et 1973) et Klaus Allöfs (Fortuna Düsseldorf, 1978), auteurs de trois buts ou plus lors de la journée d’ouverture de Bundesliga. Le ton était donné. Pas seulement par le nombre de buts, mais aussi par la manière. Ses trois buts étaient similaires et l’illustration de son intelligence de course : des appels en diagonales entre les défenseurs centraux et les latéraux. Dès le premier match, Aubameyang a démontré son aisance pour prendre l’intervalle. Intervalle qu’il sait exploiter et créer. Après avoir marqué 13 buts et offert 4 passes décisives en 32 matches de Bundesliga tout en jouant l’intégralité de la saison comme ailier droit (avec Marco Reus à gauche), suite au départ de Robert Lewandowski, les choses ont évolué.

Si la saison dernière fut compliquée pour le club, elle ne l’a nullement été pour le franco-gabonais. Pendant que Dortmund fut longtemps sans vie, « Aubame » existait en silence. Avec 25 buts marqués en 46 matches toutes compétitions confondues, l’attaquant a continué de progresser pour devenir l’avant-centre titulaire des Borussen (et meilleur buteur) après le départ de Lewandowski et les échecs combinés d’Adrian Ramos et d’Immobile pour le poste. Deux joueurs qui n’avaient ni le profil, ni la panoplie pour y prétendre. Reste que l’équipe a perdu des hommes-clés (Lewandowski parti, Gündogan, Reus, Hummels sur blessures, etc.) et son football. Un football dynamique au sein duquel la contre-attaque est la norme. Avec toutes ses turpitudes, Dortmund n’est plus parvenu à montrer pleinement son football autoritaire, agressif, ce football délivré en pleine face. Dans le jeu, avec l’absence répétée de Gündogan et de l’expansion stérile des latéraux, Dortmund n’est plus parvenu à faire comprendre à l’adversaire l’immensité des lieux. Et sans le pressing collectif, l’adversaire n’avait plus l’impression de jouer dans une cage à bestiaux.

Le rôle d’Aubameyang sous Thomas Tuchel

Avec Thomas Tuchel, Dortmund ne souhaite pas la possession du ballon pour le plaisir mais avec une intentionnalité claire. L’effectif est rodé pour cette idée de jeu. Si l’équipe est très vite devenue compétitive et l’attaquant aussi prolifique, il y a bien une raison. L’une d’elles ? Qu’Aubameyang ait pris du galon. Avec Tuchel, il n’est pas resté cet attaquant simplement rapide et polyvalent. L’international gabonais est devenu précieux dans l’organisation du jeu de son équipe par ses déplacements.

pierre-emerick-aubameyang 2

Si les mouvements entre les lignes et sur la largeur du trio Kagawa, Mkhitaryan et Reus restent prépondérants, quel est le rôle d’Aubameyang dans ce grandiose capharnaüm ? Son rôle principal est de créer l’espace pour ses milieux de terrain. Pour qu’ils aient un meilleur rayon d’action, autant que leur terrain d’expression soit le plus grand qui soit. Pour cela, Dortmund a développé plusieurs circuits dont l’attaquant est un acteur majeur.

Lorsque Dortmund est en phase de relance, Aubameyang se positionne haut afin de peser sur la défense. L’objectif ? Que le bloc adverse soit le moins compact possible dans l’entrejeu pour créer ce terrain d’expression nécessaire à ses milieux de terrain. Etant donné que l’attaquant est réputé pour sa vitesse, mieux vaut le contenir en jouant bas plutôt que de le museler haut et de risquer des courses dans le dos. Une fonction qui permet au Borussia Dortmund de garder la conservation dans la moitié de terrain adverse quand l’ancien stéphanois peut servir de point d’appui pour un potentiel relais.

D’autre part, on a également vu l’attaquant faire le mouvement inverse. A savoir redescendre très bas à hauteur de la ligne médiane, attirer son défenseur, servir de relais en une touche (pour Weigl ou Gündogan) pour être le point de départ de l’attaque rapide avec les latéraux qui montent dans le même temps. Aubameyang crée donc ainsi une nouvelle ligne de passe, symptomatique de la qualité de ses mouvements. Un circuit vu très rapidement dès la deuxième minute de jeu face au Bayer Leverkusen la semaine dernière notamment. En un appel, Aubameyang aura fait trembler Leverkusen dans son ensemble pour aider ses partenaires dans la progression du ballon. Par ses mouvements, l’attaquant crée une confusion exploitée immédiatement par ses coéquipiers (et notamment les latéraux, Marcel Schmelzer et Matthias Ginter) par la synchronisation des déplacements pour des attaques rapides.

Une osmose qui fonctionne à tel point que face à Hoffenheim, Aubameyang a établi un nouveau record en Bundesliga. Celui d’avoir marqué lors de chacune des six premières journées (7 buts en 6 matches). Une performance jamais réalisée jusque-là dans l’histoire du championnat. Sa qualité d’appel et de course face au Borussia Mönchengladbach (1ère journée), son sens du but face à Ingolstadt, au Hertha Berlin et à Hoffenheim (2ème, 3ème et 6ème journées), ainsi que sa confiance affichée face à Hannovre (panenka, 4ème journée) ont démontré son adaptation parfaite au football de Thomas Tuchel.

Alors que le Borussia Dortmund est toujours invaincu depuis le début de la saison (16 matchs consécutifs toutes compétitions confondues), la semaine dernière, le joueur a fixé son prochain objectif personnel : « Marquer 20 buts en Bundesliga. J’ai fait un pari avec le manager comme quoi j’allais atteindre cet objectif. » A ce rythme, nul doute qu’il y parviendra.

Article à retrouver également ici : http://www.goal.com/fr/news/71/allemagne/2015/09/27/15763472/avec-tuchel-pierre-emerick-aubameyang-progresse-en-silence?ICID=HP_BN_7

Romain Laplanche

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s