Morgan Schneiderlin, le régulateur


Transféré cet été à Manchester United, Morgan Schneiderlin n’aura pas attendu longtemps avant d’être un élément important sous Van Gaal. Focus sur son rôle, de Southampton à aujourd’hui.

Après avoir débuté sa carrière professionnelle à tout juste 16 ans sous les couleurs du RC Strasbourg, c’est à 18 ans que Schneiderlin a rejoint Southampton en 2008. Avec le club anglais le jeune Français a traversé toutes les divisions (de la D2 jusqu’à la Premier League en passant par la D3) tout en étant un élément majeur, et quel que soit l’entraîneur du club. Si bien que ces deux dernières saisons, Morgan Schneiderlin est devenu l’un des plus consistants milieux de terrains du Royaume.

En troisième division, lors de la saison 2010/2011, le Français occupe seul le rôle de sentinelle devant la défense derrière Richard Chaplow et Dean Hammond. C’est avec les arrivées successives de Jack Cork à ses côtés dans l’entrejeu et de Mauricio Pochettino en cours de saison 2012-2013 à la tête de l’équipe que sa carrière va prendre un tournant. Schneiderlin sera l’homme qui compensera les montées des latéraux comme celui qui sera à la base de la relance. A l’issue de la saison 2012/13, soit sa première saison de Premier League, à 23 ans, il est déjà élu « joueur de l’année » par ses coéquipiers et les supporters.

« J’ai vu des vidéos de toi. Je pense que tu as les capacités techniques et physiques pour en faire plus offensivement. »

Si sous Nigel Adkins, dans un 4-2-3-1, il avait un rôle plus conventionnel, sous Mauricio Pochettino, il était libre de créer le chaos. Le rôle de Schneiderlin dans le Southampton de l’Argentin est celle de la garantie. Une clé de voute dans le jeu très expansif des Saints, tant dans la régulation du jeu que dans la gestion des déséquilibres et dans sa qualité dans les duels. Schneiderlin est aussi précieux par sa qualité dans le placement, par son anticipation dans le pressing, son sens de l’orientation du jeu et son intelligence en couverture.

Avec cet éventail de possibilités, Schneiderlin n’a pas appris à connaître la Premier League, il s’agirait plutôt du contraire. Le Français a compilé 139 interceptions et 146 tacles réussis accompagnés d’un taux de passes réussies de 85% lors de la saison 2012-2013. Un bon pedigree pour une équipe qui terminera la saison à la 14ème place pour son retour en Premier League. Face à Wigan et QPR, le Français avait même totalisé 10 interceptions. Un record.

Lors de la saison 2013/2014, Schneiderlin a continué de marquer son empreinte. 119 tacles réussis et 253 duels gagnés lors des 28 premiers matches, il aura aussi comptabilisé 107 interceptions. Mieux, Schneiderlin a effectué 852 de ses 1430 passes dans le camp adverse, signe de ses capacités à orienter le jeu. Avec une moyenne de 3.4 tacles et de 2.1 interceptions/match et un taux de passes réussies à l’issue de la saison de 89.3%, Schneiderlin a déjà tout prouvé en Premier League en à peine trois saisons. Le joueur avait expliqué pour le site Hat-Trick son rôle et comment s’articulait l’équipe: « C’est un genre de 4-3-3 avec trois joueurs devant disposant de liberté offensive. A nous de faire le relais (ndlr: avec Cork) pour leur donner les ballons afin qu’ils s’expriment dans les vingt ou trente derniers mètres. Mais j’ai toujours ce rôle d’assurer derrière et de relancer vers l’avant, au sol, comme sur Lambert qui aime bien la recevoir aussi dans les pieds, reculer avec, servir d’appui pour les autres. […] »

Puis le joueur était revenu sur son registre défensif basé sur l’intelligence dans le placement et le pressing. « […] Vu qu’on joue sans ailier, nos latéraux ont beaucoup de responsabilités. C’est eux qui doivent donner l’animation dans ces couloirs. Nous, on doit faire plus attention pour boucher les couloirs. Mais on a un style aventurier, porté sur le ballon. Les latéraux doivent être ailiers et défenseurs dans notre système. On ne le faisait pas l’année dernière, mais le coach a vu que face à des équipes regroupées dans leur camp et qui ne faisaient pas de pressing, ce que font beaucoup d’équipes en venant chez nous, on était un peu en difficulté car on manquait d’animation. C’est pour ça qu’il a décidé de passer dans ce système-là, de faire en sorte que les latéraux prennent plus les couloirs, que Lallana et Rodriguez rentrent plus à l’intérieur. On a pu voir que ça marchait bien. » […] « Je préfère dicter le jeu un peu plus de derrière et faire des courses vers l’avant. C’est ce que j’aime. »

Et avec l’arrivée de Victor Wanyama à ses côtés, Schneiderlin a pu montrer l’étendue de sa palette offensive : « Ça correspond à l’arrivée de Pochettino. Avant, j’étais plus utilisé devant la défense avec ce rôle d’organiser la manœuvre de derrière. Quand il est arrivé, il est venu me parler immédiatement : ‘J’ai vu des vidéos de toi. Je pense que tu as les capacités techniques et physiques pour en faire plus offensivement.’ Il m’a donc demandé d’évoluer plus haut, d’aller dans les espaces libres et de me projeter réellement vers l’avant. Je dois assurer la relation défense à attaque tout en maintenant une grosse intensité dans le pressing », confiait-il toujours pour Hat-Trick. […] « Il faut savoir aérer le jeu, varier le rythme, surprendre l’adversaire. Pochettino me demande de changer de côté, il aime ça. Il veut qu’on développe une véritable identité de jeu. Même si le replacement est obligatoire, il nous laisse une certaine liberté offensive. Il veut que ses latéraux montent, mettent la pression sur les ailiers adverses. Donc forcément, j’en profite pour donner à gauche ou à droite. »

Utilisation de Schneiderlin sous Ronald Koeman

Avec l’arrivée de Ronald Koeman la saison dernière, Schneiderlin a gardé son rôle de milieu box-to-box. Avec la même idée de jeu : possession du ballon, construction depuis la défense, contrôle du milieu de terrain. Une conception du jeu qu’affectionne Louis van Gaal ou Johann Cruijff (la plus grande influence de Koeman). La base du jeu prôné n’est donc pas anodine : le pressing. Sous Koeman, en 442, Soton presse plus haut mais pas aussi intensément que sous Pochettino. Une construction méthodique en phase de possession et dévastatrice en contres (utilisation du contre-pressing). Schneiderlin organise le pressing et donne le tempo au jeu.

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La saison dernière, Southampton était l’équipe qui concédait le moins de tirs cadrés en Premier League. Forster était le gardien le moins sollicité de la saison en championnat (1.9 arrêts/match, 0.9 dans ses 18 derniers matches), une preuve de l’efficacité de l’organisation et de sa compacité pour réduire les espaces. Le double pivot Wanyama-Schneiderlin excellait en effet sans ballon. Southampton était l’une des équipes leaders en interceptions (septième) et la meilleure équipe en tacles réussies/matchs (21.7) notamment dans le dernier tiers adverse, une preuve de la qualité du pressing pour reprendre possession du ballon.

Une équipe aussi qui, par sa flexibilité, pouvait aussi autoriser la domination adverse. Dans cette configuration, le duo Wanyama-Schneiderlin déclenchait alors le pressing à partir du milieu de terrain avec la ligne de touche comme nouveau défenseur. En somme, une animation proche… du Manchester United actuel.

Début de saison 2015/2016 de Manchester United

Faire évoluer l’effectif était crucial pour Van Gaal. Si Moyes essayait encore d’obtenir le meilleur de l’effectif de Sir Alex Ferguson (un challenge enviable certes, mais très osé) Van Gaal, lui, possède une mentalité complètement différente des deux précités. Avec l’ancien entraîneur de l’Ajax Amsterdam, tous les joueurs doivent allier maîtrise technique, intelligence et polyvalence pour permettre au manager néerlandais de changer de systèmes sans altérer la compétitivité de l’équipe. La saison dernière, Manchester United a joué de manière très pragmatique quand cette saison United tente de jouer un football plus expansif. Le transfert de Morgan Schneiderlin de Southampton à Manchester United n’a donc rien d’anodin.

Manchester United a la caractéristique cette saison d’être plus solide que la saison dernière. Van Gaal a changé de système pour un 4-4-2 (qui ressemble d’ailleurs à celui de Sir Alex Ferguson) assimilable à un 4-2-3-1. Et cela fonctionne très bien en ce début de saison puisque les Red Devils n’ont subi que 7.6 tirs/match, soit le plus petit total en Premier League. Dans sa surface, United n’a concédé que 5.3 tirs/match, soit le plus petit total derrière Manchester City et Swansea.

Quel Schneiderlin à MU ?

Quelle place de Morgan Schneiderlin dans ce Manchester United version 2015/2016 ? Le Français est très important pour Van Gaal pour son activité. Schneiderlin retrouve son rôle de Southampton: celui du joueur entre les lignes prêt à aller chercher haut les milieux adverses. Van Gaal considère hautement le Français puisque ce sont Carrick et Schweinsteiger qui se partagent le plus souvent la rotation. Et il ne s’est pas trompé puisque le Français est le milieu de terrain le plus dominant de l’entrejeu mancunien à l’heure actuelle avec 3.8 tacles réussis sur 5/match soit 76% de réussite et 3.3 interceptions par match, soit l’élément-clé dans la récupération. Le Français sait parfaitement se situer quand il le faut. Tantôt proche de sa défense en couverture (il n’hésite pas dézoner), tantôt proche de ses milieux pour la construction.

Des dispositions qui peuvent s’exprimer pleinement par une meilleure compacité dans l’entrejeu de United et d’une très bonne organisation défensive. Une défense en zone qui tranche avec l’individuelle utilisée face à la relance à la même époque la saison dernière. Grâce à l’efficacité du pressing ensuite. Cette saison, Manchester United propose un pressing haut avec une très bonne cohésion entre les lignes et sur les côtés. Le but : limiter la relance adverse, anéantir les lignes de passes et l’obliger à jouer long. Cette saison également, Manchester United a utilisé de manière plus sporadique (face à Tottenham, Aston Villa notamment) un pressing moins conventionnel déjà connu par Schneiderlin puisqu’utilisé par Koeman la saison dernière avec Soton : « le pressing trap ». Presser un défenseur adverse (par un des deux attaquants) et lui laisser une solution évidente dans l’entrejeu pour mieux anticiper, presser cette « solution ». Une solution qui devient proie. Le duo Carrick-Schneiderlin s’est montré excellent dans le registre. Un pressing collectif dont l’objectif reste le même : récupérer haut pour une attaque rapide.

En revanche, le problème principal en ce début de saison pour United demeure l’utilisation du ballon et l’exploitation des opportunités qui s’offre à l’équipe dans le dernier tiers adverse. Soit des problèmes dans la phase de construction (sur attaque placée) et dans la gestion des contres. Un manque de vitesse, d’intensité et de profondeur qui contraste avec les 26 saisons de l’ère Ferguson. Mais dans ce cadre, Morgan Schneiderlin n’y est pas pour grand chose. Un changement de paradigme inhérent à l’arrivée de Van Gaal et son approche méthodique du football. Ce nouveau style demande une nouvelle adaptation d’où le manque de synchronisation des mouvements et le manque d’anticipation (de décision ou d’action) pour prendre l’avantage lors de situations favorables. On pourrait aussi évoquer le manque de profils adéquats via des joueurs pénétrants auquel cas l’arrivée tardive d’Anthony Martial répond parfaitement.

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Et maintenant ?

Que ce soit à Southampton ou désormais à Manchester United, Schneiderlin a montré les mêmes qualités. Sa discipline rare. La saison dernière, il n’a reçu que cinq cartons jaunes durant la saison. Lors de la saison 2013/2014, il n’en avait reçu que huit. Sa qualité de passe, qui en fait un rouage essentiel dans le jeu. Sur les deux dernières saisons, le Français culmine à un ratio de 89.3%. S’il prétend jouer simple, Schneiderlin excelle également sur les passes longues, des deux pieds, pour des transversales millimétrées. Sa capacité de couverture ensuite en phase défensive, par la qualité de son pressing ou par son placement sans ballon. Sa qualité de tacles, enfin. Réussir 3.7 tacles/match est assez significatif, surtout quand le garçon en tente cinq par match…

Son rayon d’action s’explique par un avantage : sa polyvalence pour jouer devant la défense ou en milieu box-to-box. Le Français entame sa quatrième saison en Premier League en ayant joué dans des rôles différents. Au diapason dans un premier temps, puis à la base du jeu avec Southampton et Manchester United désormais. Et à dire vrai, la question de sa plus grande qualité dans la récupération ou dans l’organisation du jeu n’a pas lieu d’être : le constat est que Schneiderlin excelle dans les deux registres.

Une polyvalence qui sied parfaitement à l’Equipe de France. Face à la Serbie le 7 septembre dernier, Morgan Schneiderlin s’est montré à la fois précieux dans la relance que dans son assurance défensive. Aux côtés de Blaise Matuidi et derrière Paul Pogba, l’Alsacien s’est notamment illustré par son registre offensif et aura démontré une énième qualité, celle de se mettre dans le sens du jeu. Tout le temps. Il a donc su très souvent faire les bons choix en phase de possession en distribuant vers l’avant. Les Bleus ont pu ainsi avoir la maîtrise du jeu et se procurer de nombreuses situations. Le profil parfait pour que Blaise Matuidi et Paul Pogba s’exprime au mieux : Matuidi pour ses projections et Pogba pour sa liberté et sa vision du jeu.

Finalement, le meilleur hommage, Schneiderlin l’a obtenu de Bryan Robson, ancien mythique milieu de terrain de Manchester United dans les années 1980. Ce dernier a déclaré en août dernier que parmi les joueurs transférés cet été (Bastian Schweinsteiger, Matteo Darmian, Memphis Depay, etc…), Morgan Schneiderlin était « le plus impressionnant ». « Bastian Schweinsteiger est un top player. Il a eu une grande carrière, c’est un gars charmant, d’une grande qualité. Mais celui qui m’a le plus étonné lors des deux premiers matches est Morgan Schneiderlin. Il m’a impressionné par sa manière de bouger, sa manière de presser les joueurs adverses sur tous les recoins du terrain et par sa qualité de passe, qui est excellente. Il veut toujours le ballon, il revient régulièrement reculer entre les deux centraux. Il m’a vraiment impressionné. »

Romain Laplanche

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