Delvin Breaux, le miraculé de la NFL


En 2006, la vie de Delvin Breaux aurait dû s’arrêter. Aujourd’hui, le natif de New Orleans a exaucé son rêve : jouer en NFL pour les New Orleans Saints. Retour sur une carrière hors du commun. L’un des comebacks les plus incroyables de l’Histoire du football.

La cicatrice qui s’étend de la base de son crâne jusqu’à ses omoplates est un rappel constant de la chance que Delvin Breaux a d’être en vie. « Je remercie Dieu, je suis si chanceux. J’apprécie le football beaucoup plus désormais parce que beaucoup de gens ne me donnaient aucune chance de revenir. Je suis juste heureux d’avoir l’opportunité de jouer de nouveau. »

27 octobre 2006, le lycée de McDonogh 35 affronte le lycée rival de Jesuit de New Orleans. L’avant-veille, Delvin Breaux a fêté ses 17 ans. Sur un kickoff (le jeu le plus dangereux en football), aligné avec les unités spéciales, le cornerback se précipite sur le kick returner pour l’empêcher de gagner du terrain. A 17 yards de la endzone adverse, Breaux décide de plaquer le joueur en prenant un angle de 45 degrés. Erreur fatale. La tête en avant, il parvient à stopper net le joueur, mais ne sait pas encore que cette action va changer sa vie à jamais. Breaux reste au sol, immobile.

« Je m’en rappelle comme si c’était hier. Des scouts de LSU était là, tout le monde était dans les tribunes. Et je voulais me montrer décisif. Donc j’ai couru puis j’ai plaqué la tête la première. C’était la mauvaise chose à faire mais je voulais être décisif et je n’ai pas été assez clairvoyant sur le coup. Je suis resté allongé sur le terrain. J’étais out. »

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Photo de Sports Illustrated.

« Le médecin m’a dit que j’étais censé mourir sur le terrain »

Groggy, Breaux parvient tout de même à se relever pour rejoindre la sideline. Dès le jeu suivant, il demande à ses coaches de revenir sur le terrain avant de ressentir de vives douleurs au dos et derrière son cou. Sa vision se trouble, sa déglutition s’altère. La raison ? L’un des disques de son cou est venu obstruer sa gorge.

« Les entraîneurs ont essayé de me donner de l’ibuprofène mais je ne pouvais plus déglutir et j’avais des difficultés pour respirer. Mon père (ndlr : assistant coach de l’équipe du lycée) m’a demandé comment j’allais et je lui ai dit : ‘Je vais bien mais appelle une ambulance.’ »

A l’hôpital, un des médecins vient leur livrer le diagnostic : sixième vertèbre du cou cassé et nécessité de réaligner la quatrième ainsi que de la cinquième vertèbre. Pire encore, l’impact du plaquage a été si fort que son artère vertébrale droite, celle qui amène le sang du cœur au cerveau et sa colonne vertébrale ont été sévèrement endommagés.

« Peu de temps après, le médecin m’a dit que j’étais censé mourir sur le terrain. Quand on m’est venu me frapper, je n’ai pas pris l’impact sérieusement parce que j’étais sous l’effet de l’adrénaline. Mais quand j’ai vu dans quel état j’étais, je me suis effondré. Mes parents, tout le monde pleurait. »

Breaux a alors subi deux opérations. La première pour fixer l’artère rompue et apporter la stabilité nécessaire à sa colonne vertébrale. Une plaque de métal a été insérée derrière son cou pour la deuxième opération. Breaux, qui a porté un Halo Brace afin de soutenir les muscles de son coup et garder sa tête droite, a perdu autour de quatorze kilos. Au total, sa rééducation aura duré six ans. Breaux a pu de nouveau jouer au football mais pas à LSU, déclaré inapte médicalement pour porter les couleurs des Tigers.

Delvin Breaux is shown in this still image taken from video. The scar stretching from the base of Delvin Breaux's skull down his neck to roughly his shoulder blades is a constant reminder of how fortunate the Hamilton Tiger-Cats rookie defensive back is to be alive. THE CANADIAN PRESS/Dan Ralph

Du videur de boîte de nuit à la NFL

Un blessure qui arrive au pire moment de sa carrière. Breaux, 1m85, 89kgs, est alors un joueur prometteur, cornerback dominateur du lycée de McDonogh 35 à NOLA et dispose d’une bourse pour la fac de LSU. Son destin était tracé : exhiber ses talents en NFL.

Après avoir quitté l’université, Delvin a d’abord travaillé en tant que videur dans une boîte de nuit tout en restant actif en pratiquant le flag football. 2012 est l’année de la renaissance. Il reçoit l’accord médical pour rejouer au football et rejoint les Bayou Vipers de Louisiane, une équipe semi-professionnelle pour une première expérience depuis sa saison senior de lycée. Breaux n’a rien perdu de son talent, de ses qualités athlétiques et devient All-Star. Sa carrière s’accélère. Le 5 novembre 2012, il rejoint les New Orleans Voodoo en AFL (Arena Football League, du football en salle) où il totalise 9 plaquages en 3 matches. Breaux est alors convoité par des équipes de Canadian Football League, devient agent libre et signe pour les Tigers-Cats d’Hamilton (Ontario). Il participe au training camp de l’équipe et très vite, le cornerback devient un membre incontournable et décisif dans les succès de l’équipe.

« Il était meilleur de jour en jour et nous étions enchantés par ses performances » se souvient le head coach des Tigers-Cats. « Il a une attitude incroyable. Sa vie est une grande histoire. Il a été capable de surmonter une situation très délicate de sa vie et de revenir sur un terrain de football », dit de lui Kent Austin, le general manager de la franchise.

Dès sa deuxième saison, il est nommé All-Star après avoir enregistré 33 plaquages, une interception, un fumble recouvert et fait partie intégrante des meilleurs shutdowns corners de CFL. Breaux a 25 ans et le garçon totalise 62 plaquages en deux saisons pour Hamilton. Sa dernière saison est exceptionnelle : 33 plaquages, 5 breakups passes (qui empêchent la réception du receveur), 3 fumbles forcés. Delvin Breaux tutoie les sommets. Une douzaine de franchises NFL lui font alors les yeux doux.

Après la perte de la Grey Cup (le Super Bowl canadien) face aux Stampeders de Calgary (20-16), le 23 janvier 2015, les Tigers-Cats le libèrent officiellement. Breaux devient agent libre. Libre de signer avec n’importe quelle franchise NFL. Il n’a fallu à ‘Chip’ (surnommé ainsi par sa famille ou ses amis) que quelques heures pour faire son choix : rentrer à la maison, à NOLA, pour jouer avec les New Orleans Saints.

« ‘Assure-toi de m’envoyer un billet pour le Super Bowl quand tu le feras.’ Ça a été ma motivation. »

Mais comment, après un tel traumatisme, a-t-il pu reprendre le football ? C’est simple, cet événement n’a en rien entamé sa peur du jeu. Il a fait de lui un joueur plus intelligent.

« Mec, j’avais cette confiance. Je savais juste qu’un jour j’allais être un top 10 à la draft, je le sais depuis le lycée. Un top 10 pour les Washington Redskins », clame t-il en avouant ne pas avoir grandi en suivant les Saints. Ensuite, il y a eu cette blessure au cou et tout s’est effondré. Et je me disais, comment vais-je faire maintenant ?’ Je savais que quelque chose allait se passer, j’avais juste besoin d’un break. Et maintenant que j’ai eu ce break, je vais y aller et montrer mes qualités. » […] « Je suis toujours un joueur physique mais je prends davantage de précautions. Je ne plaque plus aveuglément et je fais des plaquages si besoin est. Je joue avec mes yeux, c’est ce par quoi j’ai commencé. Et cela m’a aidé à être mieux préparé. Il est question de prudence et de sécurité. »

Pis, sa blessure n’a pas annihilé son appétence pour le jeu, elle l’a décuplé. Avec les Tigers-Cats d’Hamilton, avant la finale de la Coupe Grey (finale de la Ligue Canadienne de Football), il déclarait : « Je suis prêt. Je veux me souvenir que je me suis cassé le cou avec les unités spéciales, donc laisse moi y retourner et essayer de nouveau. »

Avec le temps et l’attente, sa passion du jeu est devenu obsession. A travers sa longue période de rééducation et de rétablissement, Breaux n’a jamais douté qu’il reviendrait au plus haut niveau. « J’y ai toujours pensé même si les gens disaient que ma carrière était terminée. Quand je suis parti à l’hôpital, un des docteurs m’a dit : ‘Assure-toi de m’envoyer un billet pour le Super Bowl quand tu le feras.’ Ça a été ma motivation. C’était comme : ‘Mon docteur y croit, laisse-moi aller chercher à nouveau cette opportunité.’ »

Encore aujourd’hui, le joueur suscite respect et curiosité. Quand Breaux enlève ses protections, les fans restent focalisés sur sa cicatrice qui traverse l’arrière de son cou. Lui le prend avec recul et philosophie. « Quand les gens la voient, ils demandent si c’est un tatouage ou s’ils peuvent la toucher pour voir si elle est vraie. Pour moi, c’est un signe d’adversité et de combat contre l’adversité. Beaucoup de personnes auraient arrêtées. Ça n’aurait pas traversé leur esprit et leur cœur de continuer à jouer. Mais je suis une race différente, je veux continuer à jouer. »

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Il a gardé son maillot en souvenir

Même quand il est parti à l’ambulance direction l’hôpital de Tulane, le jeune homme était déjà déterminé à ne pas laisser tomber le football. Quand il a réalisé qu’on avait dû lui couper son maillot pour lui faciliter les soins, telle ne fut pas sa réaction. « Mais ils ont coupé mon maillot ! », se rappelle sa belle-mère, hilare. « C’est ce qu’il avait dit. »

Aujourd’hui, ce maillot trône au-dessus de son lit – un souvenir constant de ce à quoi il a survécu. Ce maillot recomposé, il le considère comme une œuvre d’art après qu’il ait été soigneusement recousu par une amie de sa femme avant d’être mis sous cadre. Avant que ce travail d’orfèvre ne soit réalisé, Breaux avait grossièrement assemblé les morceaux en les épinglant les uns aux autres avant de les clouer au mur quand il était à l’université. Ce maillot l’a accompagné durant les trois années frustrantes durant lesquelles il n’a pas reçu d’avis favorable du corps médical pour rejouer avec LSU. « Je chéris ce maillot. A chaque fois que je le regarde, je me dis…. Mec, regarde ce que t’as traversé. »

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« S’il n’avait pas cassé son cou, il aurait été dans la discussion du meilleur cornerback de la NFL avec Patrick Peterson »

Breaux et sa famille n’ont jamais perdu la foi dans le fait qu’il pourrait de nouveau avoir sa chance, principalement parce qu’ils savent ce que les Saints, ses coéquipiers et les coachs ont pu déceler chez lui : son talent indéniable.

En dehors du terrain, Breaux est un garçon charmant, à la communication facile. Mais c’est aussi un joueur davantage enclin à garder sa salive une fois sur le terrain quand la tradition des cornerbacks est plutôt de jouer l’effronté et de se prêter au trash-talking. Snap après snap, le natif de New Orleans se focalise sur son jeu, un ethos personnel. « Quand on est sur le terrain, vient le temps de travailler, il ne s’agit plus de parler », énonce Breaux. Ses mains suffisent à elles-mêmes. Elles parlent à tous les receveurs qui les ont rencontrées.

En CFL, pour ne pas se heurter à ses mains de boxeur, le seul moyen de le battre dit-on était de le prendre de vitesse dès la ligne de scrimmage en adoptant une couverture en homme à homme. « C’est l’un des corners les plus physiques face auquel j’ai joué, a concédé Josh Morgan lors du training camp des Saints. Vous devez faire en sorte qu’il n’ait pas les mains sur vous. Je l’appelle Vise Grips (ndlr : une marque de pinces coupantes, pliantes, etc). Dès qu’il a les mains sur vous, vous êtes faits. Une fois qu’il a ses mains sur vous, il les verrouille comme un bulldog. Il ne commet pas de holding (ndlr : une pénalité en cas de saisie du joueur adverse) ou quoi que ce soit, cela montre juste à tel point il est fort. C’est rare pour un defensive back. »

Breaux a la capacité de perturber le tracé du receveur en situation de un contre un. Une grande part de la réussite d’un jeu pour un cornerback se joue dès la ligne de scrimmage. Sur tous les snaps, en fonction de l’appel de jeu appelé, le receveur sait quelle direction prendre au contraire du cornerback. Cet avantage oblige le joueur défensif à presser le receveur dès le snap pour le forcer à prendre un tracé qu’il n’était pas censé prendre. Gagne la ligne de scrimmage et le reste sera plus facile. Breaux le fait si souvent qu’il s’est déjà développé une réputation dans le vestiaire. Durant le training camp, quand Joe Morgan a désigné le cornerback qui le mettait le plus en difficulté en un contre un, le premier nom qui lui est venu à l’esprit fut celui de Delvin Beaux.

Sean Payton a déclaré que son workout était l’un des meilleurs qu’il n’ait jamais vu d’un cornerback. « En voyant sa technique, en voyant son travail quotidien, tu penserais voir un vétéran de cinquième ou sixième année. Je pense qu’il va devenir une superstar », déclare quant à lui son coéquipier du backfield défensif, Kenny Vaccaro. « S’il n’avait pas cassé son cou, il aurait été dans la discussion du meilleur cornerback de la NFL avec Patrick Peterson (il est issue de la même génération et considéré comme le meilleur corner en NFL) » concède quant à lui le safety Tyrann Mathieu des Arizona Cardinals, natif lui aussi de New Orleans et passé par l’université de LSU. « Ils ont les mêmes qualités physiques. Il était grand, fort et rapide. Et avant qu’il ne se casse le cou, il dominait complètement les receveurs des lycées de New Orleans. »

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Un cornerback encore en phase de transition

Désormais, la tâche lui revient de s’accorder le plus rapidement possible avec les règles NFL. En dépit de son inexpérience, Breaux a rarement été sanctionné durant le training camp, un signe de ses qualités en couverture. Sauf que pour son premier match face aux Cardinals, le joueur a été sanctionné à quatre reprises. Sean Payton a déclaré que Breaux devait encore travailler sur les contacts avec le receveur adverse. En NFL, après 5 yards, tout contact est proscrit.

« En CFL, vous pouvez garder le contact avec votre receveur jusqu’à ce que la balle soit lancée » constate Breaux. En NFL, vous devez savoir quand vous arrêter. Ca a été une transition difficile, mais je répète ces ajustements tous les jours. »

Lors dudit training camp, Breaux a été vu capable de courir aussi vite que Brandin Cooks le long de la sideline et d’être assez vivace pour suivre les petits receveurs dans le slot. Dans le jeu, Breaux a cette capacité de rester très bon à travers une multitude de systèmes. Il a la rapidité pour tenir tête à un receveur rapide et s’aligner en dime back (un cornerback aligné qui, selon le jeu adverse, peut soit stopper la course ou la passe).

Quand la franchise a signé Breaux, le plan initial était de l’utiliser en tant que remplaçant de Keenan Lewis et de Brandon Browner sur l’extérieur. A la fin du minicamp, il a accumulé les snaps dans le slot pour devenir le nickel corner n°1 aux dépens du deuxième tour de draft de l’année 2014, Stanley Jean-Baptiste, ainsi que des 3ème et 5ème tour de cette classe de draft : PJ Williams et Damian Swann.

« Il a de grandes qualités en couverture » a déclaré le coach assistant défensif Joe Vitt. Il doit encore apprendre puisqu’il a changé de ligue avec la variation des formations et les motions (mouvements) et d’autres choses encore, comme aller d’une formation en homme en homme à une défense en zone, etc… Mais, ça a été une vraie bonne surprise. »

Pour sa mère, Juanita Smith, qu’il soit dans le roster des Saints n’est qu’un début. « Je remercie Dieu qu’il ait juste cette opportunité de montrer ce qu’il peut faire. J’étais heureuse et excitée pour lui parce qu’il a travaillé si dur pour en arriver là. Mais maintenant, est-ce que nous allons célébrer ? Naaah. Parce qu’il y a encore du travail. Ce n’est que la première étape. »

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Romain Laplanche

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