L’art du collectif


Cette saison, il n’a jamais fallu autant pousser le collectif à son paroxysme pour asseoir son projet. Trois sports majeurs nous l’ont démontré : la NBA, le football et la NFL. Les San Antonio Spurs ont produit un jeu à la diversité offensive enchanteresse et à l’exécution parfaite pour éviter le « three-peat » du Miami Heat, l’Atletico Madrid a exalté en Liga (champion) comme en C1 (finaliste) ce que l’organisation défensive en football signifiait, et les Seahawks de Seattle ont été champions NFL avec l’une des meilleures défenses de l’histoire de la Ligue. Ces trois équipes ont su porter au pinacle les mêmes principes : discipline collective, coordination, cohésion, enthousiasme. Bref, à l’heure de la glorification de la performance individuelle, le collectif brille comme jamais. Après la saison 2013-2014 et avant que la saison 2014-2015 ne débute, bilan sur la tendance « sport co » du moment.

San Antonio Spurs : plus qu’un collectif, une dynastie

 « Un homme est assis et regarde un tailleur de pierres avec son burin, il le regarde travailler sa pierre… Ça prend du temps, il ne se passe rien et il commence à compter chaque petit coup sur la pierre. Il arrive à 100, il ne se passe rien, et finalement au 101è coup, la pierre est fendue en deux. Celui qui observe sait que ce n’est pas le 101è coup qui a fendu la pierre, mais les 100 coups précédents. » Telle est la réponse de Gregg Popovich quand on lui demande ce qui constitue le ciment de l’équipe. Il répond en citant la devise de la franchise, métaphore de la philosophie. La morale ? Pour qu’un travail de longue haleine réussisse, il faut tenir la distance, continuer à s’échiner dur malgré les hauts et les bas, et de savoir qu’à un moment donné, si on persévère, la récompense vous reviendra. Cette saison, pour mettre en place leurs idéaux, cette tirade devait plus que jamais être dans les esprits des Spurs.

Après avoir manqué le titre 2013 de la plus cruelle façon qui soit face au Miami Heat, cette saison, les Spurs ont pris leur revanche. Et de quelle manière. Avec la plus grande différence de points dans l’histoire des Finales NBA (70 points vs 65 points pour les Celtics de 1965, en 5 matches également), 54,2% au tir sur la série, les Spurs on fait l’Histoire en y mettant les formes. Chris Bosh n’y est pas allé par quatre chemins à l’issue du Game 5 : « C’est la meilleure équipe que j’ai jamais vue. » « De toute ma vie, c’est la meilleure équipe contre laquelle j’ai joué. » Ces finales étaient une ode à l’expression collective. Elle a consacré la franchise la plus équilibrée, celle qui base son jeu non pas sur son franchise player mais sur la profondeur des idées et de son banc. Face à Miami, ils ont impressionné comme personne ne l’aurait imaginé. Avec deux blow-out légendaires lors des matches 3 et 4 (76% d’efficacité aux tirs lors de la première mi-temps du match 3) par une exécution parfaite des systèmes, une attaque en mouvement continue et une terrible intensité des deux côtés du parquet. Ce fut un basket clinique. La simplification la plus pure du jeu. Le basket le plus productif, mais aussi le plus abouti.

Le succès des Spurs repose sur la maturation d’une culture. Une culture où l’on promeut ce simple adage : jouer le meilleur basket possible. Garder la balle en mouvement, maîtriser l’espace sur demi-terrain, avoir une défense polyvalente, s’appliquer dans les transitions, les Spurs exécutent à merveille les fondamentaux avec une facilité prodigieuse. Le basket des Spurs repose sur un principe : le rythme. Une fois trouvé, ils ne forment plus qu’un. Trouver un tir ouvert n’est pas ce qu’ils font, c’est ce qu’ils sont.

Ainsi, la franchise texane adapte son jeu en toutes circonstances par la diversité des profils. Densité de shooteurs d’élite derrière l’arc (Danny Green, Patty Mills, Marco Belinelli, auxquels on peut même ajouter Kawhi Leonard, Matt Bonner, Boris Diaw et Tony Parker), trois des meilleurs passeurs de la Ligue dans l’exécution (Ginobili, Parker, Diaw), capacité à préserver le cercle par l’intensité défensive et l’efficacité des aides, maîtrise du pick-and-roll, traditionnelle occupation de la raquette avec l’attaque poste bas, banc fonctionnel et efficace, coach légendaire, etc. Découle de cette polyvalence et de la diversité des forces, un équilibre parfait pour faciliter l’exécution des systèmes.

Ce titre, c’est aussi la victoire d’un état d’esprit. D’une attitude qui relie le double MVP Tim Duncan au MVP des Finales 2014, Kawhi Leonard : la discrétion, l’humilité, la force de travail. Taiseux, ils font le boulot du mieux qu’ils peuvent et le font parfaitement. Simplement et sans prétentions. Malgré le « Big Three », les Spurs restent une institution où sous Popovich (ancien militaire) règne la discipline. Ses joueurs sont ses soldats. A San Antonio, les joueurs ne jouent pas seulement pour la franchise, mieux, ils l’incarnent.

Spurs 2

Le joueur doit aussi intégrer une certaine singularité de la franchise : l’adaptabilité et la qualité de la rotation. Cette saison, San Antonio était la seule franchise NBA où aucun membre du roster ne dépassait les 30 minutes de jeu/match en moyenne durant la saison régulière. Une façon de préserver les forces en vue des playoffs, mais aussi pour Popovich de mettre ses joueurs dans les meilleures conditions pour comprendre les systèmes utilisés. Parce qu’à défaut d’écrire de nouveaux tomes de systèmes offensifs, Gregg Popovich en écrit certains chapitres. Il se réinvente constamment en adaptant son playbook aux qualités de son personnel pour maximiser les qualités de chacun, adapte ses systèmes par rapport aux joueurs et non l’inverse. D’où une diversification des jeux peu commune.

Cette quête de la perfection ne s’arrête pas au jeu, il faut trouver les hommes adéquats pour celle-ci. Pour Popovich, le joueur et l’homme ne font qu’un. Pendant que la plupart des franchises partent à la recherche de la perle rare, la franchise texane déniche des talents dans les quatre coins du monde ou parachève des joueurs sous-utilisé de la Ligue. Principales prérogatives ? Répondre aux valeurs de la franchise : QI basket élevé, humilité, professionnalisme, altruisme, esprit de groupe et sacrifice individuel pour transcender le collectif. San Antonio est le refuge des perles rares et des role players, ces joueurs comme Danny Green, Boris Diaw, Patty Mills, Tiago Splitter, Marco Belinelli qui vont travailler dur, remplir leur tâche pour que l’équipe gagne, pas pour faire leurs stats.

Cinq titres sur les six finales disputées en quinze ans, en 38 ans d’histoire NBA, les Spurs n’ont jamais loupé de playoffs plus de deux saisons d’affilée. Depuis l’ère du duo Popovich-Duncan, les Spurs n’ont jamais cessé de jouer les playoffs, soit 17 saisons de suite série en cours. Ce titre, c’est le triomphe majuscule de la cohérence et de la cohésion pour une seule raison : montrer la beauté de ce sport de la plus belle manière qui soit.

Atlético Madrid, le retour aux sources

Atletico Madrid

Pendant des années, la Liga était raillé pour son caractère suprématiste : le Real Madrid et le Barça se partagent les titres, les droits TV, les honneurs et les joueurs. Sauf que depuis trois ans, un club a émergé pour leur disputer leurs privilèges : l’Atlético Madrid de Diego Simeone. Depuis l’arrivée de l’Argentin, le club a glané 4 trophées dont la Liga cette saison, la première depuis 1996. Diego Simeone a parfaitement su retranscrire les valeurs de la ville avec celles du club : rigueur, travail acharné, solidarité. C’est ainsi que Carlo Ancelotti définissait l’équipe de Simeone avant le premier derby madrilène entre les deux hommes (30 septembre) : « L’Atlético joue comme Simeone a joué : dur, concentré, tactiquement parfait. »

Il n’est à priori pas le plus adéquat pour la maîtrise du milieu de terrain et la concession d’espaces entre les lignes, mais Simeone a trouvé le remède pour que le 4-4-2 (4-2-2-2) soit viable au très haut niveau. : garder les deux lignes de quatre très resserrées. L’ancien colchonero a su exalter comme jamais l’importance du jeu de zone, du pressing et du positionnement. L’Atlético de Simeone fut la synthèse de la tendance d’aujourd’hui : maîtriser la transition offensive, être compact pour ensuite aller vite vers l’avant. Maîtriser davantage l’espace que l’utilisation du ballon avec comme consigne la discipline collective et la coordination des déplacements.

« Nous ne sommes pas une équipe d’individualités. Nous sommes un collectif de joueurs qui travaille dur et qui veut toujours le meilleur pour l’équipe. Nous nous battons sur tous les ballons jusqu’à la dernière minute de chaque match » résume de manière sommaire Arda Turan dans les intentions de l’Atlético.

Étant donné que le contrôle de l’espace est essentiel pour l’équilibre et la stabilité défensive de l’équipe, le maitre-mot est donc l’organisation. Une organisation courte, mobile, coordonnée (puisque coulisse sur la largeur et la profondeur), donc très compacte. Avec une véritable science de la couverture et des mouvements défensifs (où le pressing est initié par la paire David Villa-Diego Costa pour empêcher la première relance adverse ou boucher les espaces). L’objectif ? Par le pressing sur le porteur et la densité dans l’entrejeu, forcer l’adversaire à jouer sur les ailes, latéralement ou à jouer des longs ballons, le contraindre ainsi à un jeu limité, facile à lire, et donc facile à anticiper. Dès la récupération, il ne reste ensuite plus qu’à chercher la profondeur. Une organisation au millimètre d’autant plus remarquable qu’elle est aussi efficace en jouant haut que bas, et ce avec la même sérénité.

Si les Rojiblancos savent parfaitement maîtriser l’espace pour échapper au danger adverse et ainsi encaisser peu de buts (26 buts, meilleure défense de Liga) avec une possession moyenne de 49 %, ils ont montré qu’il savent aussi utiliser le ballon – avec 13 tirs/match – en étant la 3ème meilleure attaque de Liga, grâce à l’efficacité de leur transition offensive, de leur première relance. Ainsi, pour mettre en place ses desseins, l’Atlético a pu s’appuyer sur tout ce qui fait une grande équipe : intensité, pressing, compacité, rigueur, joueurs rapides, polyvalents et expérimentés (Tiago, Arda Turan, Villa, Diego, Gabi, Raul Garcia) en plus de son agressivité naturelle.

Le club madrilène n’a ainsi pas sévit qu’en Espagne mais aussi en C1. Le club a pris 16 points sur 18 possibles en phase de poules. A l’issue de cette première phase, aucune autre équipe ne concédait moins d’occasions et de buts (3 buts) que l’Atlético. Les rencontres en quarts de finale contre le FC Barcelone puis en demi-finale contre Chelsea auront mis en exergue sa pluridimensionnalité : son organisation défensive face au club catalan. Et la capacité à prendre le jeu à son compte à Stamford Bridge où, en étant mené puis en étant virtuellement qualifié (0-0 à Vicente Calderon lors du match aller), plutôt que défendre sa surface et de jouer le contre, l’Atléti à su s’adapter et maitriser son adversaire pour faire irrémédiablement la différence (victoire finale 3-1).

Surtout, cet Atlético rompt les standards en incarnant un football opposé auquel on est en droit d’attendre de l’identité espagnole de l’ère moderne, véhiculée par le Barça et l’équipe nationale espagnole. L’Atlético n’a pas autant le ballon ou la même propreté dans la transmission, mais préfère dominer les débats sans ballon qu’avec. Les hommes de Simeone taclent et concèdent aussi peu d’occasions/de buts que le Barça ne perd le ballon.

L’Atlético Madrid a démontré que pour faire une belle symphonie, un orchestre n’est pas dans l’obligation d’avoir le ballon. Il s’agit juste de manier les instruments différemment : par l’intelligence situationnelle, la coordination de l’effort collectif, la concentration pour chaque mouvement, chaque nouvelle orientation du jeu. Il n’y a qu’à voir la fluidité avec laquelle les Colchoneros balaient ensemble en long et en large le pré en gardant cette intensité pour perturber toute velléité adverse, les innombrables prises à deux face aux joueurs de côté, la justesse des compensations… L’occupation de l’espace est aussi méticuleuse que les équipes proactives, simplement, l’Atlético Madrid cherche à casser les lignes de passes (puis exploiter les espaces), pas à les créer. Cette saison, peu d’équipes ont su maîtriser leur football comme l’Atlético l’a fait. Et Arrigo Sacchi aura noté l’harmonie :

« L’Atlético est une très bonne équipe, une vraie équipe, qui joue avec des idées précises. Je les ai vu joué plusieurs fois cette saison et ils sont spectaculaires. […] Ils sont solides et travaillent très bien tous ensemble. Ils sont très collectifs. Simeone fait un travail excellent. Il n’y a pas une équipe mieux organisée que l’Atlético en Europe. »

Seattle Seahawks, l’intelligence dans la mise sous pression

Seahawks

Le Super Bowl 48ème du nom s’annonçait électrique, il fut historique. La messe de la NFL a vu s’opposer la meilleure équipe offensive de la Ligue, les Denver Broncos et son quarterback MVP Peyton Manning, à la meilleure défense, les Seattle Seahawks. Sauf que de match, il n’y en a pas eu, la faute à une performance défensive des Seahawks qui marquera l’histoire de la NFL et la mémoire de tous les observateurs tant la domination des Seahawks fut exceptionnelle (victoire 43-8). A l’image de la saison, la domination territoriale, technique, physique et mentale des hommes de Pete Carroll fut absolue. Nous nous intéresserons particulièrement ici sur la principale force de la franchise : sa défense.

Ce fut sans nul doute la plus grande performance réalisée lors d’un Super Bowl. Par l’ampleur du score, l’adversité (la meilleure ligne offensive -celle des Broncos- contre la meilleure ligne défensive -celle des Seahawks), mais surtout, par la manière dont elle s’est dessinée. Dès la mi-temps, le match semblait plier (22-0). Une performance telle qu’outre-Atlantique, on s’est efforcé de savoir si la démonstration des Seahawks n’était tout simplement pas la meilleure partition défensive de l’histoire de la NFL. Mieux que les Chicago Bears 1985, les Baltimore Ravens 2000, … ? Ces équipes ont gagné leur Super Bowl grâce la domination de leur défense mais elles n’avaient pas dû faire face à une attaque aussi prolifique que celle des Broncos de Denver. Qu’importe. La question n’est pas de savoir quelle est sa place dans l’histoire du jeu, qu’elle fasse partie du débat est déjà un exploit qui en dit long.

Domination physique asphyxiante imprimée par la fougue de sa jeunesse (plus jeune franchise de la ligue), pass rush vicieux réglé comme une horloge avec une incroyable vitesse d’exécution altérant la routine habituelle de Peyton Manning pour trouver ses cibles, D-line (ligne défensive) explosive sur la ligne de scrimmage, pression constante, couverture prompte par la secondary, plaquages parfaits… Tels auront été les marqueurs de cette correction, plus largement de l’identité de jeu prônée par Pete Carroll et du coordinateur défensif Dan Quinn. Les effets ont donc été terribles : une défense offensive par la production de turnovers (4 ballons récupérés) auréolé par le pick-six de Malcolm Smith de 69 yards et le jeu à la course de Denver aura été réduit à néant, ce que personne n’avait su faire jusqu’à présent. Les Seahawks ont été jusqu’à mener 36-0. Pis, quand les Broncos avaient parcouru 11 petits yards, les Seahawks avaient déjà 15 points inscrits au tableau d’affichage du MetLife Stadium de New-York. Pression, couverture, plaquages (pour pertes), technique et propreté dans l’exécution, turnovers provoqués, attaque efficace et tout en maîtrise. L’effort collectif fut parfait. Au-delà du Super Bowl, durant la saison les Seattle Seahawks ont pratiqué ce que, à l’image du soccer, on pourrait assimiler au football total. Un spectacle à part entière par leur précision létale.

« Je crois que le monde a compris à quel point notre équipe est complète, à quel point notre défense l’est. Ce n’est pas juste la ‘Legion of Boom’ avec quatre gars (ndlr : Brandon Browner à l’origine, mais Byron Maxwell cette saison, Richard Sherman, Earl Thomas et Kam Chancellor) qui jouent un bon football. C’est aussi un grand corps de linebackers, et une superbe D-line. Ils méritent le respect » déclara Richard Sherman à l’issue du match.

Seattle n’est pas qu’une défense à la technique et l’intelligence parfaite, c’est une confrérie qui cultive la rancune, le perfectionnisme, la remise en question. Une bande de marginaux galvanisés par un coach qui les encourage à être eux-mêmes. Le sens du défi est leur oxygène et le trash-talk l’illustration d’une fierté, celle d’un leadership revendiqué. Malcolm Smith (linebacker) résume ce qui les anime : « Chacun se nourrit de l’autre. On a le même type d’attitude et d’approche, on est une bande de mecs prêts à en découdre, des gars qui ont été négligés. »

Le football est un art de vivre et le terrain un lieu de défouloir. Car ce qui a marqué les esprits, c’est l’alliage de leur physicalité et de leur confiance. Aucune autre équipe n’a joué avec une aussi grande énergie, une aussi grande passion, un tel impact que les Seahawks. La clé de cette férocité ? Le travail d’abord. La préparation par l’étude, l’analyse vidéo, l’identification des circuits préférentiels, des tendances. C’est cette préparation qui leur confère une aussi grande confiance. Parce qu’ils maîtrisent leur football, et celui des autres. L’instinct commun, ensuite. Eux parlent de confiance mutuelle, de groupe connecté, déterminé, d’une fraternité qui se serait développée d’où ce plaisir de jouer ensemble, ce confort permettant de faire les bons choix et les bons déplacements selon les situations.

Russell Wilson étudie le jeu des Cardinals ds l'avion ac ses hommes
Dans l’avion, Russell Wilson analyse le jeu des Cardinals.

Leur jeu a atteint une telle perfection dans la lecture que, selon Quinn et plusieurs joueurs défensifs, lors du Super Bowl les jeux appelés par Peyton Manning se lisaient dans ses yeux. Signification ? Denver a été dépassé par la multiplicité des ajustements, preuve que Seattle a parfaitement travaillé son sujet. En revenant sur le Super Bowl, Bobby Wagner (linebacker) déclarait encore le 15 juillet dernier sur ladite supériorité :

« Ils semblaient effrayés. » « Personne ne voulait attraper le ballon. Personne ne voulait venir au milieu (ndlr : aller au second rideau, la zone des linebackers) ». Si vous regardez les matches précédents, les Broncos ont eu beaucoup de ballons au milieu. » « Dès le premier contact, Kam (Chancellor) est venu frapper au milieu et a cogné (Demaryius Thomas). Vous n’avez pas vu beaucoup de balles plein champ à la suite de cette action. Si les passes étaient complétées, ces completions étaient très timides. Cela veut dire beaucoup sur la valeur de notre défense ».

La défense des Seahawks a privilégié une chose sur toutes les autres, la pression, mais le plus étonnant, c’est comment les Seahawks ont pu autant dominer la Ligue avec le plus élémentaire des systèmes contre la passe : la cover 3 le plus souvent (d’une formation 4-3 under) où les cornerbacks et le free safety prennent chacun à leur compte un tiers du terrain. Ils ne l’ont pas simplement utilisé, ils l’ont mis en pratique pour détruire les attaques adverses via les adaptations. Et pas n’importe lesquelles. La cover 3 est ancienne mais Seattle l’a rendu moderne en la faisant sienne, en réduisant les lignes au maximum.

Ainsi, au sein de la ligne défensive, un « Leo » a été intégré, c’est-à-dire un joueur hybride mi-defensive end mi-linebacker pour ajouter de la pression via le blitz. Chris Clemons et Cliff Avril ont eu ce rôle durant la saison, mais l’addition de Bruce Irvin (ancien safety et defensive end jusque-là) à la position d’outside linebacker a continué d’optimiser la qualité des blitz (19 plaquages en 4 matches, 2 sacks, 1 interception). Conséquence, la polyvalence du trio Clemons, Avril, Irvin était plus efficace qu’avec l’usage d’un habituel defensive end, et cette confusion a débouché sur une défense aux allures de 3-4 (puisque l’alignement ne permettait pas de discerner quel était le système utilisé, qui allait blitzer).

Au sein de la secondary, Kam Chancellor, habituel strong safety, a été utilisé comme un véritable linebacker et Earl Thomas, free safety, en plus de prendre soin des zones profondes, est allé instinctivement casser les potentielles passes et stopper les courses par son sens aiguë de l’anticipation. Seattle, machine à sang froid, a préféré les couvertures courtes et agressives aux systèmes défensifs trop complexes en oscillant entre les approches classique et moderne, en alternant la man/zone coverage avec des joueurs grands, rapides, agressifs dont le seul but est d’être productif.

Seahawks defense

Par cette polyvalence exceptionnelle, la pression pouvait donc venir de n’importe où. Toute la ligue a subi la meilleure défense contre la passe, en yards, en turnovers et en interceptions (cf. tableau ci-dessus). La capacité à assumer leurs rôles avec une telle précision a fait des Seahawks une défense étouffante. Dans nulle autre franchise les adaptations de ce genre ont eu plus de succès, notamment pour la défense contre la passe symbolisée et menée par la « Legion of Boom » (hormis les Saints, 2ème de la ligue en la matière).

Lors de la première saison de Pete Carroll à Seattle, la défense occupait le 27ème rang en total defense. Elle est devenue 9ème la saison suivante, pour finir première dans presque toutes les catégories statistiques cette saison. A l’heure où les esprits offensifs scrutent le rendement des quarterbacks, l’attribution du titre MVP a été décernée à un joueur défensif, Malcolm Smith. Comme un symbole. Le dernier joueur défensif à avoir eu l’honneur de cette récompense fut le safety Dexter Jackson des Tampa Bay Buccaneers lors du Super Bowl 2002. Une autre franchise pouvant se targuer d’avoir réalisé une des plus grandes performances défensive de la décennie, mais les Seahawks visent déjà plus haut qu’un Super Bowl : devenir une dynastie.

Romain Laplanche

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