Le Calcio nouveau


A l’heure où l’Italie s’écarte d’elle-même des compétitions qu’elle souhaite organiser (l’Italie a retiré la candidature de Rome pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2020) [1] ou qu’elle se voit refuser l’organisation de l’une d’elles (Euro 2016) du fait d’infrastructures moyenâgeuses et de crise économique, balle aux pieds, la Botte rayonne. Reconstruction intelligente au sein de la Fédération, Azzuri finalistes du dernier Euro, symbiose tactique entre clubs et la Nazionale, entraîneurs pragmatiques dans leurs projets offensifs… Un vent nouveau souffle sur l’Italie.

L’horizon s’éclaircit et l’affaire n’était pas gagné d’avance quand on connait l’archaïsme prégnant. Arrigo Sacchi fustigeait il y a trois ans : « Le football italien est un football de peur, on attaque à deux et défend à dix, les jeunes restent sur le banc et les gens ne viennent plus au stade ». [2] Pourquoi suivre un championnat qui ne séduit plus son propre peuple, la faute aux scandales et à la crise économique ? D’un côté, des clubs appartiennent à des familles, des riches héritier(e)s ou des patrons de PME qui peinent à s’accommoder aux nouvelles prédispositions requises pour lier modernité structurelle et performance sportive. Et de l’autre, une même ville dispose d’un seul stade pour deux clubs (Gênes, Rome, Milan). Comme il y a 40 ans.

Pis, hormis les infrastructures, la conjoncture économique difficile et le doute sur les compétences de présidents ou des propriétaires de certains clubs (Maurizio Zamparini en est le plus bel exemple), la principale gangrène de la Serie A est un phénomène qui la dépasse, cette pourriture, c’est la corruption. Une corruption à répétition qui sévit sous la forme de matches truqués ou de paris clandestins. Totonero dans les années 80 (1980 et 1986), le Calciopoli plus récemment (2006) et le Calcioscommese maintenant (2012). Des affaires qui n’ont pas seulement touché des clubs qui ne savaient plus quoi faire pour rester dans l’élite, mais qui ont aussi touché des clubs de renoms. Les conséquences sportives ont évidemment été désastreuses : points de pénalités à vau-l’eau (Lazio, AC Milan, Fiorentina, Juventus…), rétrogradation (la Juventus dans le cadre du Calciopoli), radiation (Moggi), suspensions… En Italie, les problèmes se règlent quitte à ternir l’entrain ambiant et que les clubs disparaissent momentanément des compétitions européennes.

Et cette saison, la question latente des tribunes s’est rajoutée aux problèmes existants. La cause ? Des chants discriminatoires de curve (virages). Des slogans condamnés par la ligue italienne (Lega Calcio) et la Fédération (suspensions ponctuelles de curve, de la Roma, de la Lazio, de l’AC Milan et de l’Inter) non pas pour racisme mais pour « discrimination territoriale », reflet de l’antagonisme Nord/Sud. Des insultes et des banderoles (« Vésuve, lave-les tous », « Naples Choléra » lors de Milan-Naples par la Curva Sud milanista) inscrits dans la culture des rivalités entre clubs, proférés ou érigés dans les stades qui agrémentent l’actualité depuis le mois d’août. Trois mois que la surenchère visant à humilier l’adversaire s’abat. Résultat, rien de bon pour améliorer l’image de la Serie A.

German Football's Reputation Under Scrutiny

« Certains nouveaux n’ont pas compris ce qu’était la Juve. Et ceux qui étaient déjà là l’avaient oublié… »

Mais petit à petit, les choses changent. Des présidents/propriétaires n’hésitent pas à clamer haut et fort la politique qu’ils promeuvent, fiers de mettre en avant les efforts mis en place pour la réussite sportive. Projets de nouveaux stades, liberté donnée aux techniciens en place, ambition auréolée de raison.

Prenons l’exemple de la Juventus, tant par son souci structurel que par son orgueil sportif. « Quand je suis arrivé, j’étais parfaitement conscient de la situation et de la gestion sportive à l’origine d’un profond malaise et d’un appauvrissement du patrimoine technique de l’équipe », […] « certains nouveaux n’ont pas compris ce qu’était la Juve. Et ceux qui étaient déjà là l’avaient oublié… » annonçait le petit-fils Andrea Agnelli, à sa prise de fonctions, le 1er juillet 2010.

Le signe d’une prise de conscience pour un renouveau de l’institution quatre ans après le Calciopoli. Andrea Agnelli épousa enfin personnellement la gestion sportive du club et, à l’orée de la saison 2011/2012, accomplit dans la même semaine l’intronisation d’Antonio Conte, ancien homme fort du vestiaire turinois, et la signature d’Andrea Pirlo, libre de tout contrat. La conjoncture faisant bien les choses, après avoir traîné sa peine dans le vieux Stadio delle Alpi, puis déplacé le problème au stade olympique, la formation turinoise ne connaitra pas le goût de la défaite dans son nouvel antre : le Juventus Stadium. Avec cet écrin de 41 000 places, le club se dote d’un outil moderne et surtout rentable. Nouveau stade, véritable prise en main du club, absence de matches européens, jeune technicien baignée dans la culture du club bianconero, Scudetto à la clé ; la page Calciopoli put définitivement se tourner.

Un pragmatisme soudain qui (r)appelle la genèse du succès. Que serait devenu l’AC Milan si Silvio Berlusconi n’avait pas démontré sa confiance à Arrigo Sacchi (en 1987), alors illustre inconnu, pour mettre en place une véritable révolution du jeu, au prix d’un début de saison chancelant ? Personne ne peut le savoir, mais après huit titres acquis sous son égide, les Rossoneri n’ont pas eu le temps de se plaindre. On louait plutôt la force et la cohésion du club avec une hiérarchie claire, établie, où l’entraineur put en toute sérénité imposer ses idées sans que son autorité ne soit contestée. Même constat pour les Invincibili de Fabio Capello. De beaux exemples quand, face à une atmosphère rude où l’austérité règne, les restrictions diverses (principalement budgétaires) supplient les clubs à solliciter leurs jeunes, la base de travail de Sacchi. Comme quoi, il ne suffit pas de grand-chose pour y arriver, si ce n’est de donner sa confiance à des hommes qui ont de nouvelles idées.

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Renaissance

Un renouveau qui corrobore celui de la Nazionale. 24 juin 2010, il est à peine 18 heures. Les deux finalistes de la dernière Coupe du Monde sont éliminés dès le premier tour. Historique. Si en France, « l’affaire Knysna » irrigue un infernal tohu-bohu médiatico-politico-sportif, en Italie, le sentiment de « honte » est également présent. En effet, il faut remonter à la Coupe du Monde allemande de 1974 pour voir l’Italie éliminée dès le premier tour. Qui plus est quand on est champion du monde en titre, la remise en question va de soi.

Mais si la Fédération française décide d’elle-même de reconduire le capharnaüm (élection de Fernand Duchaussoy puis de Noël Le Graët à la présidence de la Fédération), de l’autre côté des Alpes, la reconstruction parait beaucoup plus sérieuse. Marcelo Lippi se fait insulter comme au bon vieux temps où il entraînait la Juve, mais la Nazionale a du matériel à faire valoir pour se faire pardonner. Onze coupes d’Europe, six Scudetti, le 3ème meilleur buteur italien de tous les temps, deux Ballons d’Or, un vainqueur de l’Euro 68 et un révolutionnaire du jeu investissent leur cœur pour redonner au football italien le lustre qui doit être le sien. La Fédération Italienne (FIGC) accueille Roberto Baggio, Arrigo Sacchi et Gianni Rivera.

Respectivement une divinité, un mage et un des plus grands « trequartista » de tous les temps. Quoi de mieux pour la Nazionale ? Pour les accompagner, Cesare Prandelli est surtout le nouveau sélectionneur pour lequel ils doivent indirectement œuvrer. Car leur venue va bien au-delà de la sélection, elle est de ranimer les esprits de toute l’Italie.

Baggio peut désormais partager son aura technique en tant que DTN, Sacchi embrigader comme il se doit les équipes Espoirs et leur coordination en tant que directeur technique des sélections italiennes, pendant que Gianni Rivera inculque avec sagesse la lecture sainte par sa nomination au secteur enseignement et jeunesse de la Fédération. Ils partagent compétence, exigence, intelligence et un orgueil qui ont fait les champions qu’ils sont devenus. D’autres gloires du football italien participent à la tâche : Luigi Di Biagio en tant que sélectionneur des moins de 20 ans puis des moins de 21 ans (remplacé par Alberigo Evani pour la sélection des moins de 20 ans), et Damiano Tommasi à l’AIC, auprès du syndicat italien des footballeurs. Autant d’éléments au service du football italien et de la Fédération dont le vice-président n’est ni plus ni moins que l’illustre et ancien milieu de terrain rossonero Demetrio Albertini. La Serie B a elle aussi fait peau neuve avec le président réformiste Andrea Abodi. [3] Tous souhaitaient profondément changer le football italien ? Si des questions structurelles restent en suspens, l’Italie s’est non seulement brillamment qualifiée pour l’Euro 2012 mais a terminé finaliste de celui-ci (avec 20 Azzurri sur 23 jouant en Serie A !)  et a eu l’outrecuidance de faire ces résultats par le jeu. On nage en pleine Renaissance.

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« Révolution » ?

Et le mot est faible s’il faut évoquer le jeu déployé. « Catenaccio », « victoire à l’italienne » et autres poncifs surannés sont séculiers dans l’Hexagone pour illustrer le football italien. Encore aujourd’hui. Malgré le Milan de Sacchi, la Roma de Spalletti, la Fiorentina de Prandelli, le Parme de Scala etc., rien n’y aura fait. Comme si un championnat déjà en échec à l’échelon européen, aux plus faibles affluences, à la réalisation télévisuelle qui laisse à désirer ne pouvait s’émanciper de cette sempiternelle Inter d’Herrera. La pureté des affaires qui s’enchainent, commanditées par la mafia calabraise doit rester à jamais. Pourtant, la Serie A ne cesse de démontrer au fil des saisons sa capacité innovatrice et la variété de son catalogue offensif.

Là est le lien de cette recrudescence de l’équipe nationale et de la Serie A. « […] Notre jeu n’est pas seulement plus offensif, mais surtout plus diversifié, nous avons trouvé plus d’alternatives dans notre football » affirme sans détours Cesare Prandelli au site fifa.com. Un simple rappel que la réussite repose sur des entraineurs fonctionnels. Libres, pédagogues, conquérants.

Fini d’établir le constat amer que l’Italie est le pays qui se repose sur ses « vieux », ses  joueurs mythiques ou ses entraineurs titrés jusqu’à la moelle parce que ça fait bien. Fini le temps où le jeu dépend uniquement de la bravoure de son ratisseur illustre (Tardelli, Bonini, Ancelotti, Albertini, Tommasi, Gattuso,…) et de la solennité de son meneur de jeu omniscient (Sivori, Rivera, Platini, Maradona, Baggio, Nedved, Del Piero…). Fini le temps où confier le jeu à ses jeunes était une gageure, signe de décadence et d’hostilité à peine voilée. Les mentalités ont évolué. Le passage en force plein axe se fait plus rare, l’époque de « seule la victoire est belle » est révolue. Les temps ont changé et désormais pour gagner, il faut jouer.

La Nazionale en synthèse

Il n’y a qu’à voir la Nazionale. Où était le risque de Prandelli ? Être novateur pour un grand championnat (l’Euro 2012) grâce ou à cause de la blessure de Giuseppe Rossi qui annihilait toute idée de mettre en place un 4-3-3. Car si l’Italie demeura la seule équipe nationale majeure à jouer en 4-4-2, Prandelli alterna son 4-3-1-2 ou 4-1-3-2 avec les systèmes plus modernes. Une flexibilité tactique gage de réussite.

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Devant les flopées d’équipes articulées autour des 4-3-3 ou autre 4-2-3-1, le redressement de la Nazionale fut possible par un schéma usité par la moitié des clubs de Serie A : le 3-5-2. Comme Catane et comme l’équipe championne d’Italie : la Juve de Conte. L’ossature des Azzuri s’est établie d’elle-même : une défense à trois 100% juventina impénétrable [Chiellini, Bonucci, Barzagli] qui permit à la Vieille Dame de ne jamais connaitre la défaite lors de la saison 2011/2012.

Si les schémas évoluent, les hommes aussi. Daniele De Rossi a démontré avec la Nazionale et démontre aujourd’hui avec la Roma qu’il n’est pas ce vulgaire molosse prêt à briser les malléoles adverses, mais qu’il est surtout un élément incontournable de ses formations. Le giallorosso illustre à merveille la « réinvention » du libéro, réhabilitée par Guardiola à travers son utilisation de Busquets et de Bielsa par celle d’Iturraspe ou de Javi Martinez. Sa qualité dans la première relance lui permet, dans un système à quatre défenseurs, de se positionner plus bas en phase de possession afin de soutenir la défense centrale et de permettre ainsi aux latéraux d’occuper leur flan respectif en toute quiétude. Du 4-3-1-2 initial, nous voici en 3-5-2.

Avec cette flexibilité, pas besoin de chercher bien loin l’idée de jeu de la Nazionale : garder le cuir, jouir d’un milieu de terrain créatif pour des attaques rapides en profitant des latéraux-ailiers, du maestro Pirlo et d’attaquants qui prennent la profondeur. Un an après la finale de l’Euro, l’Italie a fini troisième de la Coupe des Confédérations, s’est aisément qualifiée pour la prochaine Coupe du monde 2014 brésilienne, et fait figure de prétendante. De leurs côtés, les Espoirs ont imité les grands lors de l’Euro Espoirs 2013 en perdant en finale contre l’Espagne et son modèle immuable, signe que le football italien va plutôt bien.

Serie A : pépinière de projets

Une dynamique et une cohésion de la Nazionale qui rappelle celle de la Serie A. En effet, pour la plupart des clubs qui doivent lutter face aux clubs historiques, les projets pullulent. Et ça ne date pas d’hier. C’est simple, l’entraineur est aujourd’hui choisi avec son projet défini quand jadis il l’était par son palmarès ou son statut de vacataire. Agnelli soutient Conte ; Giampaolo Pozzo, Guidolin ; De Laurentiis, Mazzarri puis Benitez ; les Della Valle, Montella ; Di Benedetto et Pallotta des esthètes etc… Les présidents savent ce qu’ils veulent, savent à quoi s’attendre et ne peuvent plus se plaindre. Exception faite à Berlusconi avec Massimiliano Allegri.

Même l’apôtre de la défense à quatre et le très critique Arrigo Sacchi observe le changement :

« Avec la Roma, la Juventus, le Napoli et la Fiorentina, le football italien est en train d’essayer de changer les scenarii, […] il comprend que le football n’est pas un sport pour les individualités, mais que tout passe par le jeu. »

Buts par match

Il est ainsi plus aisé de comprendre le déclin provisoire du coefficient UEFA italien au profit du coefficient allemand (outre le fait que la Bundesliga se joue à 18 clubs) : la compétitivité sans égale du championnat. Derbys et matches historiques, rencontres aux sommets chaque week-end, confrontation de défenses à trois (8 clubs utilisent ce système, voir ci-dessous)… Un allant de créativité, de confiance, de convictions pour une densité tangible qui se matérialise par les chiffres : selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel (voir tableau ci-dessus), des grands championnats européens, la Serie A est le plus prolifique derrière la Bundesliga avec une moyenne de 3 buts par match.

8 clubs en 352

Source : Gazzetta Dello Sport

A Catane, l’arrivée de Diego Simeone (janvier-juin 2011) a fait comprendre au club la voie qu’il fallait emprunter pour faire face à cette densité : celle de la ténacité, du jeu direct et des coups de pieds arrêtés. Le projet du président Pulvirenti repose sur l’investissement de joueurs dotés d’un ciment impénétrable et impalpable : la « garra ». Cette volonté permanente de donner le meilleur de soi-même. Le club a compris vers quel profil il fallait se tourner : des Argentins morts de faim (Alejandro Gomez, Sergio Almiron, Mariano Izco, Pablo Barrientos, Gonzalo Bergessio, Lucas Castro…). Un esprit qui, sous Vincenzo Montella (2011-2012), s’est encore développé. Nouveau centre d’entrainement, projet de nouveau stade, véritable foi collective et une gestion parfaite pour rester à long terme en Serie A. La logique a donc voulu que le club acquit, la saison dernière et sous les ordres de Rolando Maran (jusque-là néophyte en Serie A), la meilleure place de son histoire en Serie A (8ème). Sauf que le jeu s’organisait autour d’un italien : Francesco Lodi avec lequel les appels et les décalages se multipliaient et transperçaient franchement les défenses adverses. Ce dernier parti de ce projet viable pour le Genoa, sans son maître à jouer (et son électron libre Alejandro Gomez parti pour le Metalist Kharkov), Catane souffre et a -déjà- perdu son entraineur Maran. La rançon de la gloire.

Schéma Catane de Maran

Alexis Sanchez, Juan Guillermo Cuadrado, Zapata, Inler, Benatia, Handanovic, Isla, Kwadwo Asamoah, Floro Flores… Leurs points communs ? Avoir évolué au sein de l’Udinese de Guidolin et de son double capocannoniere Toto Di Natale. Le modèle du président Pozzo est clair : s’en mettre plein les poches en pariant sur des jeunes joueurs étrangers au potentiel incontestable et que ces individualités s’expriment à travers un projet collectif pour mieux les revendre. Montrer à l’Italie et à l’Europe que le modèle à suivre ne repose pas essentiellement sur un centre de formation et/ou son douzième homme. En vendant inlassablement ses meilleurs éléments, le modèle n’est clairement pas le plus stable, mais sûrement le plus atypique. Stade vide, centre de formation à déserter, la cellule de recrutement et la science de Guidolin se substituent à tous ces maux. Les jeunes recrues déjà baignées à la culture européenne par le biais de prêts éblouissent le championnat dans un 3-5-2 aussi fragile que létal sur contres rapides et permet au club d’accrocher de manière opportune les places européennes. 4ème lors de la saison 2010/2011, 3ème pour la saison 2011/2012 et 5ème la saison dernière. Un modèle pas comme les autres certes, mais qui marche sacrément bien.

Schéma Udinese de Guidolin

L’Inter a longtemps appris à ses dépens qu’il était difficile de succéder à José Mourinho, son pragmatisme et son charisme (2008/2010). Le club n’avait plus gagné de C1 depuis la Grande Inter des années 60 et a établit un triplé inédit. Un héritage (trop) lourd à porter pour Leonardo, Claudio Ranieri, Gian Piero Gasperini, Rafa Benitez et Andrea Stramaccioni. Reproduire pareille intensité que le portugais n’est pas chose aisée, mais le challenge est parfait pour Walter Mazzarri, vice-champion en titre avec le Napoli. A l’instar de Mourinho, Mazzarri et ses équipes ne font qu’un. A peine vient-il d’arriver que l’Inter est déjà son groupe, son énergie et son jeu quand ses prédécesseurs entrainaient le club à défaut de l’incarner. Avec son 3-5-2 ou 3-4-1-2, Mazzarri insiste, comme il l’a fait à Naples, sur le jeu de transition. Solidarité, densité physique/athlétique au milieu de terrain pour maitriser l’entrejeu et mieux contre-attaquer. Nouveau propriétaire du club, le magnat Erick Thohir permettra-t-il à Walter Mazzarri de jouir d’une liberté infinie ?

Schéma Inter 12.13

Florence n’avait plus connu pareille euphorie depuis l’ère Prandelli. Et cela n’est dû qu’à un homme : Vincenzo Montella. L’ancien attaquant giallorosso appartient à cette caste de jeunes entraineurs qui s’inscrivent dans l’air du temps : flexibilité tactique (typique du championnat), affection certaine pour les joueurs techniques, aux milieux latéraux incisifs et des attaquants complets. Seul particularisme : Montella tient particulièrement au jeu de possession, cause et conséquence de cette équipe de milieux de terrains. Massimo Ambrosini, David Pizarro, Borja Valero, Alberto Aquilani, Matias Fernandez se relaient à la manœuvre ; Cuadrado, Rodriguez, Savic, Roncaglia rameutent les tifosi d’Artemio Franchi ; la Fiorentina a perdu simultanément Jovetic et Ljajic (pour Manchester City et la Roma) mais a gagné Mario Gomez et Giuseppe Rossi. Nouveau projet depuis la saison 2012/2013, jeu séduisant, joueurs investis, enthousiasme global dans la quête de retrouver la Champions League et de jouer le Scudetto, Florence revit.

Schéma Viola 12.13

« […] Rudi Garcia représente pour nous la synthèse des entraineurs que nous avons eu et ceux sur qui nous aurions pu miser. […] Rudi représente la synthèse de ce que chacun avait de bon en eux, nous l’avons pris pour les résultats, l’histoire et son activité polyvalente. » Walter Sabatini, directeur sportif de la Roma, a vu juste. Luis Enrique a voulu appliquer en Serie A les préceptes les plus intégristes du Barça et sa possession de balle infinie, puis, devant l’échec, la Roma est passée à un jeu antagoniste au possible avec l’arrivée de Zdeněk Zeman, son jeu qui ne se voue qu’à la recherche de la profondeur et du jeu vers l’avant. Rudi Garcia, technicien plus rationnel, importe modestement à l’Italie et au club de la Louve ses principes de jeu et sa science tactique. Possession comme base initiale, passes courtes, mouvements, verticalité, maîtrise technique et gestion remarquable d’un effectif plein de talents. Latéraux mangeurs d’espaces grâce à un milieu à trois particulièrement cohésif, ailiers incisifs, et l’idole, la légende Totti qui reste toujours autant décisive. La Roma de Rudi Garcia, c’est déjà, et restera, 10 victoires de rang pour les 10 premiers matches de la saison, soit un record historique du championnat (mieux que la Juve de Fabio Capello 05/06, 9 victoires).

Schéma Roma de Garcia

Du 3-4-1-2 de Mazzarri au 4-2-3-1 de Rafael Benitez, le Napoli change de système mais pas d’objectifs. Naples a retrouvé le très haut niveau grâce à Walter Mazzarri, avec Benitez, le Napoli doit retrouver des titres. Le président Aurelio De Laurentiis est donc allé chercher l’entraineur vainqueur de la dernière Europa League. Depuis Liverpool, Benitez n‘avait pas eu pareil projet : mettre en place son souci tactique et sa minutie caractérisée en bénéficiant de la très bonne gestion du club et de la qualité de l’effectif issu du travail de Mazzarri pour conquérir le Scudetto. Avec l’Espagnol, le Napoli a toujours la même discipline collective, des transitions défensives toujours aussi efficaces, gagne dans le pressing, reste toujours autant dangereux sur contres rapides et reste donc toujours aussi compétitif. « J’ai accepté de venir au Napoli car il y a de l’enthousiasme et de la passion. […] Nous avons beaucoup de joueurs de qualité et une incroyable faim de succès. J’espère que cette nouvelle expérience en Italie va durer longtemps. Je veux réaliser de grandes choses avec le Napoli, je veux des joueurs compétitifs et une équipe qui pratique du beau jeu. »   Les choses sont claires.

Schéma Napoli de Benitez

Ciro Ferrara, Alberto Zaccheroni, Gigi Del Neri. Trois échecs lamentables après l’affaire Calciopoli. Et Antonio Conte vint. Conte personnifie le club. Classe, sobre et regard froid. A l’arrivée de l’ancien capitaine bianconero, on ne parla plus de construction ou autre dénominatif mais d’unité. De projet. Conte, plus direct, parlait de sueur. Travail. Labeur. Au nom de son Histoire, avec un discours trempé dans le sentiment de revanche. Revanche vis-à-vis de cette Juve déshonorée, ulcérant au plus profond l’âme de Conte. « Je n’ai pas signé ici pour des objectifs à minima. Je veux vaincre. Tout mon passé le dit. C’est ma vie. A la Juve cela doit marcher comme cela ». « Notre objectif c’est de redevenir une équipe compétitive. L’histoire de la Juve l’exige. C’est à travers le travail, le sacrifice et l’attitude adéquate que nous devrons ramener cette « société » où elle le mérite » martela-t-il. Adaptation tactique aux circonstances de jeu, Conte a su rendre moderne une équipe qui, depuis sa descente en Serie B, ne l’était plus. Intensité, maîtrise technique, tactique, densité au milieu de terrain et exploitation de la largeur. D’abord organisée dans un traditionnel 4-4-2 ou 4-2-4 fidèle à ses anciens entraîneurs Fabio Capello et Marcello Lippi, elle évoluera ensuite en 4-3-3 pour adopter définitivement le 3-5-2. Depuis, cette machine collective reste sur deux Scudetti et a rejoint le Pérouse 1978-1979 et le Milan de Capello 1991-1992 dans les annales (rester invincible toute une saison, 49 matches pour la Juventus, 58 pour le Grande Milan). Reste à conquérir l’Europe.

Schéma Juve 12.13

Productrice d’usines physiques et d’individualités légendaires mais avec le simple succès comme évangile, voilà désormais que la Serie A voit naître ou prospérer des usines de projets de jeu aussi différents qu’intéressants. Après avoir toujours été pragmatique dans le jeu, le Calcio le devient dans les plans. Ainsi, il se réfugie -par contrainte ou par choix délibéré- dans le jeu pour maximiser sa culture tactique vénérée. Difficile de lui donner tort ou de ne pas l’encourager vers cette voie. Le football espagnol a bien pris le chemin inverse en intégrant l’approche du travail défensif collectif comme complément à sa suprématie technique. On connaît les résultats obtenus depuis.

Romain Laplanche

[1] www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/02/14/20002-20120214ARTFIG00645-rigueur-oblige-il-n-y-aura-pas-de-jo-a-rome-en-2020.php

[2] http://fr.fifa.com/worldfootball/clubfootball/news/newsid=1331710.html

[3] http://www.lagrinta.fr/andrea-abodi-le-revolutionnaire-president-de-la-serie-b&7245/

[4] http://www.spiegel.de/sport/fussball/die-fussball-bundesliga-im-europaeischen-vergleich-a-928672.html

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