Arsenal, une question de modèle


Club martyr depuis la délocalisation d’Highbury pour l’Emirates Stadium, Arsenal a pris l’habitude de servir de vaste tribune où les diatribes se déversent avec déraison. Facile, quand il est devenu ardu pour ledit club de glaner un quelconque titre majeur (Premier League ou coupe(s) d’Europe). Car au fil des saisons, les analyses purement sportives pour l’expliquer deviennent désuètes. La question ne repose plus sur des performances individuelles ou le management opéré, mais sur le modèle adopté.

Partons des événements récents. La saison 2011/2012 condense à elle seule la contradiction de la philosophie Wenger qui anticipa le départ de Thierry Henry : prôner la constitution d’un collectif au nom du jeu (en accord avec la politique de jeunes) quand les résultats ne reposent en réalité que sur l’efficacité d’une individualité. Un garçon nommé Robin Van Persie, réalisateur de 37 des 89 buts de votre équipe, et voir partir dans la nature ces 41,6% de bonheur pur l’intersaison suivante. De cet état, l’équipe doit réapprendre à jouer au nom d’elle-même et non au nom d’un seul.

Projet de jeu hasardeux ou en phase de finition ?

Le prisme du milieu de terrain

L’entrejeu est le centre névralgique pour toute équipe souhaitant imposer son jeu à l’adversaire. Si le jeu d’Arsenal n’est pas obnubilé par la possession comme nous pouvions le penser (« Wenger n’appréciait pas vraiment  quand on enchainait des séquences de conservation » Cesc Fabregas – So Foot #101), il se cantonne tout de même à une bonne utilisation du ballon. Par conséquent, s’il y a bien un secteur à pérenniser, c’est le milieu de terrain.

Or, si ce milieu de terrain a peu à peu perdu ses joueurs hybrides (Patrick Vieira, Emmanuel Petit, Edu, Gilberto Silva, Julio Baptista) pour des techniciens à la gouaille et d’impact physique bien moins affirmé que les éléments précités, les départs conjugués de Fabregas et d’Alexandre Song -respectivement lors des intersaisons 2011/12 et 2012/13- ont eu des répercussions notables. Non pas pour leur qualité technique ou leur masse athlétique, mais pour leur importance dans le jeu.

En effet, sept saisons que Cesc Fabregas était le leader technique des Gunners. Sitôt l’Espagnol parti qu’il a fallu compenser le manque à gagner dans la qualité de transmission. Une mission quasi-impossible vu le rendement du capitaine. Wenger fait alors appel à la 24ème heure du 31 août 2011 à son pendant dans le registre en Premier League (sans avoir le même profil) : Mikel Arteta. Pas de problème d’adaptation, sûreté technique, et même mieux : voilà presque sept saisons que Mikel enchante le Goodison Park d’Everton dans l’ombre des performances de Fabregas. Mikel est le véritable organisateur du jeu des Toffees. L’élément-clé. Et le capitaine.

Aux côtés d’Alexandre Song dans l’entrejeu, le Basque était dans son meilleur rôle : le garant de l’équilibre et du fond de jeu londonien, celui par qui la phase offensive trouva de la consistance, un instant de rupture sinon de décision vitale pour la continuité de l’action.

Arteta : catalyseur au rôle ingrat dans un milieu de relayeurs

Sauf qu’à l’intersaison 2012/2013, Song eut la brillante idée d’aller s’affaler sur le banc catalan, inconscient de la tâche qui l’attendait en voulant détrôner Sergio Busquets de l’entrejeu catalan. Pris au dépourvu, Wenger doit changer ses plans et opte non pas pour le recrutement d’un joueur au même profil que le bastiais de formation, mais pour le repositionnement d’Arteta à la récupération. Dixit Wenger, « Arteta can play deeper – the kind of Pirlo role » (Arteta peut jouer plus bas – dans un rôle similaire à celui de Pirlo). Wenger s’inscrit dans la tendance des meneurs de jeu reculé mais le successeur de Fabregas doit se brider soudainement en Claude Makelele : anticiper, optimiser le placement, lire le jeu plutôt que le créer. Arsenal peut-il contraindre son -nouvel- homme fort à jouer contre-nature ?

Mikel Arteta

Si Mikel Arteta est rapidement devenu un élément incontournable de la formation londonienne (voir tweet ci-dessous), son repositionnement n’aura finalement pas convaincu. L’équilibre fut précaire et la phase offensive brouillonne. L’audace tactique fut louable mais cette solution de repli démontra l’échec de la perte d’un des membres du double pivot sans une alternative efficace à long terme. Car contraindre Arteta à n’être qu’un semblant de Pirlo était un pari particulièrement osé. [Voir encadré à la fin de l’article]

Pourtant, avec Abou Diaby en appui, l’entame de saison 2012/2013 de l’Espagnol avait conforté Wenger dans son idée de le faire jouer dans cette position plus reculé, puisque son influence sur le jeu londonien n’avait pas décliné. Des rencontres au cours desquelles (Sunderland (0-0), Stoke (0-0), à Liverpool (0-2), à Montpellier (1-2) ou Manchester City (1-1) ce dernier avait pour mission de ne pas perdre le ballon et de transmettre proprement. L’ancien parisien perd peu de ballons et ne frappe plus au but. Mais très vite, il a dû s’adapter (aux blessures) en multipliant les acolytes : Diaby, Coquelin, Wilshere, Ramsey. Difficile dans ces conditions de trouver cette assise propice à la qualité de jeu pour le néophyte en mal de repères. Durant les matches face à Norwich, Aston Villa ou Swansea (défaites), les Gunners étaient sans solutions, impuissants dans l’utilisation du ballon avec une flopée de milieux aux profils similaires, perdus entre la recherche d’équilibre et le manque d’idées pour la phase offensive. Arteta pouvait se reposer sur Song comme Xavi peut se reposer sur Busquets, mais le problème devint double : sur qui pouvait-il se reposer ? Sur qui pouvait-il s’appuyer ?

Stat Arteta

Amalgame et flexibilité

Depuis le dernier tiers de la saison 2012/2013, Aaron Ramsey étonne son monde. Raillé pour sa déficience cognitive, le Gallois fait preuve d’abnégation, de discipline et de sacrifice  sur tous les recoins du terrain. Si bien que le double pivot qu’il forma avec l’Espagnol fut, par l’équilibre trouvé, le principal facteur de l’obtention de la quatrième place de Premier League de l’exercice 2012/2013, synonyme de tour préliminaire de Ligue des Champions. Et son début de saison 2013/2014 est époustouflant par sa disponibilité, son jeu sans ballon, sa lucidité grandissante et ses incursions opportunes. Alliance de circonstance ? Avec les arrivées de Mathieu Flamini et de Mesut Özil à l’issue du mercato estival, le Français s’est rajouté à la conquête du double pivot, plus globalement à l’assurance défensive, et offre un profil différent par sa hardiesse animale. Ainsi, la flexibilité peut s’exprimer là où auparavant elle était davantage synonyme de danger. Flamini, Arteta et/ou Ramsey se disputent la première relance ; Ramsey, Wilshere, Rosicky, Özil, Cazorla, (Diaby ?) par leur polyvalence sont chargés de l’organisation du jeu via combinaisons et permutations pour servir au mieux Olivier Giroud. L’attaquant français n’est pas en reste : appels, décrochages, déviations, il occupe comme il se doit l’arrière-garde adverse. L’idée est d’établir un milieu cohésif pour pallier au déficit athlétique/physique ainsi que d’optimiser les qualités de l’effectif. Et puis la relance peut désormais s’appuyer sur un homme et pas des moindres, Mesut Özil.

La venue du meneur Allemand vient répondre en partie aux besoins des Gunners : faire briller le collectif par sa lecture du jeu hors-pair, sa placidité déroutante et sa qualité technique supérieure. Consommateur et créateur d’espaces, il est le joueur idoine pour le jeu de pénétration, et un élément éminent pour le jeu de possession. Son transfert du Real Madrid est une preuve que le club ne réfute pas totalement la logique marchande (50 millions d’euros, transfert le plus cher de l’Histoire du club). Un enseignement fort.

Ramsey-Ozil-Giroud

Une philosophie de jeu inaboutie ?

Le pressing

Reste qu’un joueur ne peut se substituer à une organisation. Arsenal évoluant dans un 4-2-3-1 (4-3-3 en phase offensive), Arteta, Flamini -ou le double pivot, quel qu’il soit- ne peut organiser sereinement la relance si le pressing est désorganisé. Et la qualité première de la Juve de Conte au nom de la possession (référence au milieu de terrain), c’est le pressing. On touche au cœur de la philosophie de jeu de Wenger. Comment minimiser les dépendances successives de Fabregas et d’Arteta dans l’organisation du jeu (bientôt Özil) ? Comment réduire la fragilité défensive de l’équipe ? Plus simplement, comment optimiser la pérennité du projet de jeu ? Par l’intégration de la part de l’effectif tout entier du jeu prôné. Les circuits, les mouvements, et les contraintes qu’il occasionne. Que l’équipe mue en collectif.

Après le doublé Cup-Championnat de 1998, après avoir enthousiasmé l’Europe par la génération des Invincibles, son aura technique, son collectif éternel, après avoir mené des légendes statufiées ; c’en est étonnant que l’Alsacien admirateur de Johan Cruijff (plus généralement de la pensée néerlandaise) n’insiste pas sur le fait que, après l’érosion de cette période (départs des Kolo Toure, Hleb jusqu’à ceux de Fabregas et Van Persie), l’héritage du dogme puisse passer par le pressing. Un composant essentiel du football moderne. Gagner la balle le plus haut possible du terrain pour avoir une plus grande probabilité de se créer une occasion de but, mais pas seulement.

Qui de mieux que l’instigateur de ce facteur-clé dans le football moderne après l’Ajax de Michels, Arrigo Sacchi,  pour nous résumer la carence récurrente d’Arsenal :

« Le pressing a révolutionné le football. Barcelone en a encore fait la démonstration en Ligue des Champions face à Arsenal (1-2, 3-1), une équipe qui a une idée juste du jeu mais qui n’est pas assez concrète, à force de se regarder un peu trop dans la glace » déclara t-il dans l’Équipe magazine #1497 (après le quart de finale de C1 2010/2011). Poursuivons avec la Juventus de Conte. Quelles sont ses vertus premières ? Sacchi, toujours lui : « La Juve défend. Elle est très compacte. Couverture, collaboration : le pressing donne des certitudes et de la personnalité à toute l’équipe. Ensuite, la Juve attaque. Et à nouveau, tous participent. » 

Après la défaite 4-0 à San Siro face à l’AC Milan comptant pour le match aller des huitièmes de finale de C1 de la saison 2011/2012, rédhibitoire pour une qualification -et que Wenger qualifia comme la pire rencontre européenne de son histoire-, le mage de Fusignano en rajouta une couche :

« Arsenal n’a pu rivaliser avec Milan à cause de son inexpérience, de sa qualité technique et de sa qualité individuelle. Ils ne sont pas incisifs. Ils ne bougent pas ensemble. Leur défense est lente et n’est pas soutenu par leur milieu de terrain. Par le passé, les équipes d’Arsène Wenger jouaient de très belle manière. L’équipe actuelle manque de liants et est toujours à la recherche d’un système convaincant. » [1]

Autrement dit, Arsenal a toujours eu des équipes talentueuses sous Wenger, mais elle aurait tendance à perdre toute structure formelle, à être plus instinctive qu’autoritaire dans le jeu, et davantage désinvolte que besogneuse dans l’effort.

Sacchi sait de quoi il parle. L’archétype de cet effort collectif fut son Milan qui, quand il se déplaçait, le faisait comme un seul homme. ‘Les joueurs descendent et montent non seulement tous ensemble, mais en restant à la même distance l’un de l’autre à un mètre près’. Parce que c’est dans l’aspect du pressing que les équipes se hiérarchisent. Dites-le au Barça de Guardiola ou au Bayern Munich de Jupp Huynckes.

Fabio Capello, son successeur au Milan n’en pensait pas moins au site fifa.com le 29 juillet dernier malgré une approche du jeu différente :

« Dans le football moderne, il est quasiment impossible de gagner un match sans faire un pressing assez haut. C’est pourquoi les conceptions mêmes de 4-3-3, 4-4-2, etc. me semblent un peu absurdes aujourd’hui. Le système actuel est le 9-1, avec neuf joueurs qui attaquent et neuf qui défendent […]. » [2]

Dernier marqueur dans l’individualisation de la tare, Fabregas avouait sitôt de retour au Barça [3]:

« Cette équipe est tellement mécanisée que je ne comprends pas tout. » Un comble pour un canterano. « En fait, il joue de la même manière que moi lorsque j’étais à Arsenal. Au Barça, en revanche, tout est plus mécanisé. Tout est étudié pour quadriller le terrain et optimiser le positionnement des joueurs… J’avais tendance à dézoner et à me disperser, alors qu’au Barça, tous les joueurs sont là où ils sont censés être. Être responsable de ma position sur le terrain, c’est quelque chose que j’avais perdu en rejoignant Arsenal.« 

Des propos qui marquent la confirmation qu’Arsenal reste dans un pressing individuel où la rigueur tactique reste à parfaire. Aussi, avouait-il là toute la liberté que Wenger lui accordait. Pourquoi ? Pour son jeu ‘anarchique’ poursuit Cesc. Or, le souci du pressing n’est-il pas de limiter l’anarchie ?

Fonctionnalité et pragmatisme

La différence avec les équipes qui l’exercent ? Elle est dans la manière d’appréhender le collectif. Répondre par la rigueur individuelle à la mission collective : presser le porteur du ballon et/ou une zone non seulement pour reprendre possession du cuir, mais aussi avec l’idée de court-circuiter les lignes de passes adverses. C’est une mécanique collective qui demande travail, conviction (personnelle au projet) et solidarité.

Le Borussia Dortmund, le FC Barcelone, la Juventus Turin, le Bayern Munich, l’Atletico Madrid, l’Athletic Bilbao de Bielsa etc, ont démontré récemment ou démontrent encore l’idée première du pressing : répondre à un projet de jeu explicitement offensif (et sa diversité) avec des joueurs fonctionnels. Naturellement, se dégage alors une force collective conséquente à l’intégration tactique qui, maitrisée, déshabille l’âme de l’équipe. Libérées, enjouées, sans craintes et inhibition, ces équipes impriment leur rythme, leurs circuits, leur football d’une insolence qui enchante en masse. Il est ici question d’intensité. Car si Arsenal refuse de s’inscrire dans la dépense ostentatoire et d’adouber un pressing liberticide, Arsenal ne peut faire fi de cette intensité pour rentabiliser sa domination. On parlera alors de maîtrise.

D’autre part, le projet de jeu doit s’adapter. Et avec l’acquisition de Mesut Özil, Arsenal l’a assimilé. Alors que l’on voit un football de mieux en mieux organisé, l’entreprise de faire la différence individuellement ou collectivement est rendue plus difficile. Et une partie de la solution, Arsenal a pu l’entrevoir à l’occasion du match aller des huitièmes de finale de la Ligue des Champions de la saison 2010/2011 face au FC Barcelone (victoire 2-1 des Gunners à l’Emirates) : profiter de la phase de repli adverse pour exploiter les espaces. Arsenal s’était trouvé une qualité : la verticalité. Là est la principale force de frappe des Gunners ces dernières saisons (à son paroxysme sous la houlette de Cesc Fabregas). Trois des quatre derniers vainqueurs de la Ligue des Champions (Inter, Chelsea, Bayern Munich) l’ont exploité face à l’ogre catalan. Ce n’est pas qu’un signe. Aujourd’hui, la différence s’opère par le jeu de transition (repli, relance). Le jeu sans ballon compte autant que le jeu de possession.

Problématique du championnat

Surtout quand on évolue au sein de la Barclays Premier League. Car après tout, la mise en place d’un pressing intense s’accorde t-il avec le championnat anglais, où le goût pour la tactique est mis au second rang au profit de l’expression d’individualités ? Conservation du ballon et pressing ont-ils leurs places ? Exploitation des espaces, gestion des duels, courses effrénées d’un but à l’autre comme dans aucune autre compétition. Le caractère identitaire des clubs est symptomatique : kick’n’rush de Stoke City d’un côté (qui s’estompe sous Mark Hugues), projets de jeu offensifs d’Arsenal, Southampton, Swansea, Liverpool de l’autre. Mais pour quels résultats ? Dans un championnat où la promptitude et le talent individuel incarnent le pinacle du football, est-il vraiment nécessaire de s’entêter dans la constitution d’un collectif uni et homogène ? Que pense Sacchi de cet aspect de la Premier League ?

« Tactiquement, les Anglais sont encore très, très en retard. Ils font les choses bien grâce à leur extraordinaire professionnalisme, l’engagement qu’ils y mettent, mais l’organisation tactique laisse à désirer. Depuis que les gros investissements sont arrivés, c’est là-dessus qu’elle s’est le moins améliorée. […] Elle doit encore faire un saut qualitatif dans la capacité organisatrice. On peut avoir les meilleurs joueurs au monde, leur production collective sera toujours limitée si ce cap n’est pas franchi. […] Il y a la volonté d’organiser le jeu, mais pas la culture. […] » [4]

Arsène Wenger a pu profiter la saison dernière de l’arrivée de Steve Bould en tant qu’entraineur adjoint en lieu et place de Pat Rice (parti à la retraite). Sa venue signe celle d’un renouveau pour la base arrière : marquer de son emprunte le secteur défensif. Et de facto, améliorer le collectif.

Quand un club fait dans l’économie de la rente

Après nous être interrogé sur la philosophie de jeu d’Arsène Wenger, penchons-nous sur la véritable faille du projet du club durant les dernières saisons : la communication sur les ambitions aspirées du club. Un excès de celles-ci calfeutré derrière un effectif reposant beaucoup trop sur la potentialité que sur la qualité avérée. Et de ce constat, Arsène Wenger n’a aucune responsabilité (le premier à considérer une place dans le Big Four comme un titre). Façonner un club aux finances saines avec l’aide succincte et tant espéré du fair-play financier, football porté vers l’avant : la logique est claire, limpide. A plus ou moins long terme, l’objectif est de dominer l’Europe. A court terme, il est simplement de contrer le mécénat, de jouer la carte de l’efficacité face au dérèglement des périodes de transferts et de transcender le jeu anglais uniformisé. Sauf que ces efforts émérites ne font qu’amoindrir la rentabilité sportive.

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Allégorie en passe de devenir caricature ?

Pétrification du capital ?

La politique sportive va de pair avec la politique financière. Et la gestion financière est particulièrement minutieuse depuis que le club a changé d’air pour une nouvelle ère. Pour l’Emirates Stadium, Arsenal a dû emprunter plus de 500 millions d’euros et face à l’endettement, l’œil du Board s’est, depuis, vissé vers les finances du club. Les résultats ne se sont pas fait attendre : si l’on se fie à la saison 2011/2012 (derniers chiffres disponibles), Arsenal est le sixième club le plus riche d’Europe avec un chiffre d’affaires avoisinant les 271 millions d’euros (235 millions de livres). [5] La dette nette du club due à l’hypothèque à long terme de l’Emirates Stadium s’érode pour atteindre à peine les 100 millions de livres (99M). Les cinq dernières saisons sont révélatrices : elles ont vu une accumulation de profits à hauteur de 225 millions d’euros (190 millions de livres), soit 45 millions d’euros par an (38 millions de livres). Presqu’autant que le FC Barcelone, mieux que le Real Madrid.

Propriétaire de son stade, lors de la saison 2011/2012, le club a généré 112 millions d’euros (95 millions de livres) grâce à la billetterie (4ème club européen derrière le Real Madrid, Manchester United et Barcelone) auxquels il faut ajouter 100 millions d’euros comprenant les droits TV et les retombées de la Champions League. Financièrement, Arsenal fait donc partie de l’élite du football. Et chaque saison, malgré profits et autofinancement, la question fuse de savoir où va l’argent.

Les deux périodes succinctes d’Arsène Wenger à la tête du club ne laissent aucun doute sur le virage économique pris par le club nord-londonien : entre 1997 et 2005, 64 millions d’euros nets ont été dépensés sur le marché des transferts ; depuis le déménagement à l’Emirates Stadium, Arsenal a pris le chemin inverse en devenant un club vendeur (57 millions d’euros nets ont été perçus (49 millions de livres). Aucun autre club n’est autant dépendant de la vente de ses joueurs pour son modèle économique. Résultat ? Neuf titres pour la première période, aucun pour celle que nous observons. Dichotomie unique pour un club de Premier League. Dix ans que le club vend davantage qu’il n’acquiert. Dix ans que le club met en place un fair-play financier qui s’ignorait.

Le club assure pourtant investir dans le football : « […] Nous ne payons pas de dividendes, l’argent ne prolifère pas en dehors du club […] » assure Ivan Gazidis, directeur exécutif du club. La part d’investissement net pour l’achat de nouveaux joueurs reste néanmoins équivoque pour la période 2007-2012 puisque représente seulement 1% des fonds du club. Il faut y voir ici l’effet compensatoire des ventes expliqué plus haut  (Nasri, Clichy, Fabregas, Van Persie, Song …), et que la dépense s’exerce avant tout dans le remboursement de la dette (celle du stade) et pour les infrastructures du club (centre médical, aménagement du centre d’entrainement de l’Academy…).

Face aux critiques de la vox populi sur le manque d’investissement, le club aura réussi à répondre à la question en réglant l’inflation salariale notoire des dernières saisons. La masse salariale qui atteignit jusqu’à 61% du chiffre d’affaires déboucha sur le dégraissage nécessaire de l’effectif. Celui-ci a permis d’exploiter au mieux les liquidités (une partie réservée aux transferts) avec l’arrivée de Mesut Özil. De quoi calmer -provisoirement- les supporters aux revendications légitimes quand on connait le prix d’un abonnement et de la place.

Le rôle du fair-play financier

Et puis un principe juridique doit participer au développement et à la concrétisation du projet d’Arsenal : la mise en place du fair-play financier. Dans le cadre de cette mesure, les clubs devront présenter un bilan financier équilibré.  La clé ? Ne pas dépenser plus d’argent qu’il n’en a été généré. Mis en application dès cette saison 2013/2014, l’UEFA consentira aux clubs un déficit de 45 millions d’euros sur une durée maximale de trois saisons.

Si les sanctions ne doivent prendre effet qu’à partir du mois de mai prochain, le club de Malaga en a déjà fait les frais avec une suspension de quatre ans de toutes compétitions européennes pour dettes impayées envers les joueurs (salaires), les clubs en attente de paiement et le fisc espagnol.

D’autres clubs et pas des moindres, conscients du risque, adoptent ou renouvellent des contrats de sponsoring illico-presto pour de nouveaux revenus exorbitants grâce à des subventions non-européennes (PSG, Manchester City, Manchester United notamment…).

Malgré un  fair-play financier qui n’aurait donc pas le même effet restrictif qu’attendu, l’heure reste tout de même à « la construction et à la multiplication des sources de revenus afin de maximiser les ressources propres à être investies par le Board et Arsène Wenger. » Des propos tenus par Tom Fox, directeur commercial du club qui, dans la communication, rejoint celle d’Ivan Gazidis.

Cela tombe bien, les partenariats s’enchainent. Les rentrées commerciales insuffisantes eu égard au statut du club (63 millions d’euros perçus, cinquième club de Premier League) vont s’accumuler dès la saison 2014/2015 grâce à la revalorisation du contrat avec la compagnie aérienne Emirates et l’accord avec un nouvel équipementier, Puma. Le contrat de sponsoring avec Emirates a été revalorisé pour cinq ans à hauteur de 177 millions d’euros (plus de 35 millions d’euros/an) à partir de la saison 2014-2015 au lieu des 7 millions/an perçus jusqu’à maintenant. Une différence de 28 millions d’euros par an non négligeable. [6] De son côté, Puma versera la somme de 200 millions d’euros sur 5 ans  à partir de la même période (40 millions d’euros/an), ce qui constitue le partenariat le plus lucratif entre un équipementier et un club anglais. Un versement quatre fois plus important que le contrat qui liait jusque-là Arsenal à Nike (65 millions d’euros sur 7 ans, soit 9 millions d’euros/ an). Un gouffre. [7]

Le modèle financier quoique prudent n’en demeure pas moins vertueux. Jusqu’ici, le projet sportif répondait davantage au modèle financier qu’il ne le sollicitait et l’austérité constatée n’a pas suffit pour conquérir le graal. II semble que la tendance s’inverse, et ce de manière irrémédiable. De quoi rembourser sereinement la dette, s’affirmer sur le champ de la compétitivité et obtenir sur l’autel de l’instantanéité et du dopage financier, un trophée majeur au nom d’idées, sinon d’idéaux.

Romain Laplanche

[Arsène Wenger a donc évoqué le rôle de Pirlo (dit de « regista »). Comment Pirlo et la Juve s’en prennent-ils ? En 4-3-3, le capitaine azzuro possède deux bestiaux alliant physique et technique avec Claudio Marchisio et Arturo Vidal (n’omettons pas Pogba). « Il Principino » et le Chilien ont pour mission de donner un maximum de libertés à leur maestro. Vidal apporte sa capacité à suppléer Pirlo dans l’animation quand Marchisio crée et exploite les intervalles. Seconde -énorme- différence, les bianconeri peuvent évoluer dans un tout autre schéma tactique : le 3-5-2. Un schéma mis en place et le plus utilisé aujourd’hui par Antonio Conte au nom de cette individualité transcendantale. L’idée est de faire face au marquage individuel que subit Andrea, tout en faisant en sorte qu’il puisse jouir des mêmes attributs que pour le 4-3-3 (deux gardes du corps). Car ses deux acolytes du milieu de terrain sont eux-mêmes aidés par les solutions immédiates que sont les latéraux. La nouveauté réside donc dans la relance, puisque deux compères supplémentaires viennent aider Pirlo dans la construction du jeu : Barzagli et Chiellini de la défense à 3.]

[1] http://www.theguardian.com/football/blog/2012/feb/16/champions-league-premier-league

[2] http://fr.fifa.com/newscentre/news/newsid=2141097/index.html

[3] So Foot n°90 et n°101

[4] http://www.sofoot.com/arrigo-sacchi-tactiquement-les-anglais-sont-encore-tres-en-retard-169084.html

[5] http://swissramble.blogspot.ch/2013/08/arsenal-money-dont-matter-2-night.html

[6] http://www.theguardian.com/football/2012/nov/23/arsenal-emirates-airline-sponsorship-deal

[7] http://sportbuzzbusiness.fr/foot/puma-nouvel-equipementier-darsenal-pour-200-millions-deuros-sur-5-ans-28658

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