L’Athletic… de Marcelo Bielsa


L’Athletic Bilbao sous Marcelo Bielsa (1/2)

C’est officiel depuis trois semaines, Marcelo Bielsa n’est plus l’entraineur de l’Athletic Bilbao. Décision « unanime » du conseil d’administration selon le communiqué. Ce départ signe la fin de la collaboration entre un président élu et son entraineur. Car oui, si Josu Urrutia fut élu lors du printemps 2011, c’était en grande partie grâce au technicien argentin. Le 30 juin étant la date officielle de la fin de contrat liant Marcelo Bielsa au club basque, c’est l’occasion pour nous de retracer les deux saisons de l’Athletic avec l’intégriste à leur tête. Deux saisons complètement folles, car antinomiques.

(Écrit le 4 juin 2012)

Lors de la saison 2011/2012, los Leones (les Lions) de l’Athletic Bilbao ont époustouflé l’Europe du football. Régionalisme exacerbé, rugosité historique dans le jeu, modèle atypique, les qualificatifs ne manquent pas pour ce club qui n’a jamais quitté la Liga BBVA depuis sa création (1928). Mais lors de l’exercice 2011/2012, un homme a transcendé toutes ces valeurs ancrées au cœur du club pour mettre en place une philosophie de jeu uniquement professée par le FC Barcelone : le « football total ». Cet individu fut l’auteur d’une (r)évolution footballistique radicale et complète : « El Athletic Club de Bielsa » (L’Athletic de Bielsa).

Coup d’Etat

« L’Athletic de Bielsa » comme on (a) dit « le Grand Milan de Sacchi », « la Dream Team de Cruijff », le « Kiev de Lobanovski », « la Grande Hongrie de Sebes », le « Barça de Guardiola », etc. Dénomination assez explicite pour comprendre qu’au-delà de la détention des pleins pouvoirs sportifs dont il pouvait jouir, Bielsa a façonné son équipe de principes stricts qui le caractérise. N’ayons pas peur de l’emphase : le kick and rush du plus rustre jeu espagnol a laissé place au toque, à une vision pragmatique du jeu alliée à un engagement traditionnel toujours aussi passionné.

Depuis le début de saison, l’allégresse gît à Lezama (cantera de l’Athletic). Cet enthousiasme grandissant fut permis par le hasard institutionnel. Propre au système des socios, en ce mois de mai 2011, c’est la période de l’élection à la présidence du club. Un candidat  à celle-ci, Josu Urrutia (ancien joueur du club), a compris que le modernisme et la tradition n’étaient pas forcément contradictoires. De fait, de son projet vient s’ajouter un sérieux argument : Marcelo Bielsa, huitième de finaliste de la dernière Coupe du Monde 2010 (avec le Chili) et dépositaire d’un 3-4-3 qui fit l’admiration d’un certain Josep Guardiola. « J’ai eu l’occasion d’affronter beaucoup d’équipes entrainées par des Argentins durant ma carrière et elles avaient quelque chose en plus : une âme. Bielsa est l’homme idéal pour démarrer un nouveau projet » expose d’emblée Urrutia. Très courtisé, « l’ermite » adhère au projet en acceptant le deal avant même la tenue de l’élection, et après s’être adonné au visionnage des 42 matches du club basque de la saison écoulée. Saison qu’il visionnera une seconde fois par pointillisme. Le verdict tombe le 7 juillet à 22 heures : Josu Urrutia est le nouveau président de l’Athletic Bilbao. Il remplace ainsi son adversaire et jusque là président, Fernando Macua. L’Inter de Moratti sondera tout de même l’homme de Rosario, mais Bielsa est intègre, donc refusera l’offre.

Dès l’intersaison, les joueurs ont dû embrasser les préceptes de l’Argentin : méthodologie unique, discours dictatorial, football acéré pour un objectif commun : celui d’engloutir tout ce qui bouge, donc raisonnablement décrocher l’Europe via le championnat et ne pas se dégonfler comme les clubs français en Europa League. Soit de faire aussi bien que Caparros avec lequel le club vient de terminer sixième de Liga.

L’Athletic ne deviendra pas une équipe compétitive grâce à Bielsa. Elle l’est déjà. Les joueurs basques n’ont pas exprimé leurs talents à l’arrivée de l’Argentin. En revanche, ils avaient besoin de cultiver on ne peut plus leurs qualités propres par la venue d’un tuteur. Ils auront droit à l’excellence en la matière. Ultra-rigoriste, à ces lunettes on note l’évidence qu’il est né pour professer, enseigner, transmettre son football. Son profil didactique n’a pas pour autant chamboulé l’identité du club basque. Bien au contraire, il a combiné sa science et celle du club par complémentarité. Au nom du jeu. « Bilbao c’est le seul club du monde qui ressemble à une sélection. Tous les joueurs viennent du même endroit et partagent les mêmes idéaux. Une force invisible les unit. Pour moi ce ne sera pas différent, mais jouissif de pouvoir avoir la chance d’entrainer une institution enraciné dans la tradition, »  synthétise l’Argentin.

Les pièces Bielsa et Athletic Bilbao s’imbriquent donc parfaitement. Bielsa avait besoin de joueurs élevés à sa matière première inhérente à sa philosophie : courir. Et encore courir. Parce que « tout joueur, à tout moment du match, a une bonne raison de courir. » « Il n’y a aucune justification pour voir un joueur à l’arrêt sur un terrain » dit-il. Et Llorente de corroborer : « Nous travaillons beaucoup l’exercice du pressing : nous savons courir intelligemment, nous ne courons pas pour courir ».

Une convergence opportune qui arrive à point nommé car l’expression de son football ne peut s’effectuer -bien souvent- qu’avec des jeunes, des dératés à la moyenne d’âge de 24 ans (moyenne de l’Athletic) nourris par le grain de l’effort physique ayant d’autant plus besoin d’un fondamentaliste du jeu pour exprimer cette qualité première. Mouvement, perfectionnisme et concentration sont sollicités à l’heure de l’entrainement, au visionnage du jeu prôné et de celui des adversaires. Des séances tactiques, individuelles et collectives à n’en plus finir où chaque joueur se doit d’intérioriser ses déplacements et de connaître les caractéristiques du/des joueur(s) qu’il sera susceptible de fréquenter au cours de la rencontre. « Quand il pense que vous devez corriger quelque chose, il vient vous voir directement et vous demande de regarder la vidéo » explique le défenseur central Fernando Amorebieta, bûcheron devenu sculpteur.

Dès son arrivée, Bielsa a donc insisté sur la rigueur, l’exigence tactique et mentale au nom de la gagne. Pour cette vertu, il a dû se gagner l’adhésion de l’ensemble de l’effectif. Une notion que Bielsa a parfaitement su maitriser. Cette exigence de tous les instants demande indéniablement en retour un minimum de qualités managériales. Tout sauf un hasard si l’homme excelle aussi dans le registre : « Ne m’aime pas parce que je gagne : j’ai besoin que tu m’aimes pour qu’on gagne. » « Il faut aimer sincèrement celui qui dirige, et si on ne l’aime pas naturellement, il faut apprendre à l’aimer. » Le football de Bielsa, c’est de l’amour et de la sueur. Par le jeu. Pour le jeu.

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Equipe-type. De haut en bas et de gauche à droite : Ander Iturraspe, Fernando Amorebieta, Javi Martinez, Jon Aurtenetxe, Fernando Llorente, Gorka Iraizoz, Andoni Iraola (cap.), Markel Susaeta, Oscar de Marcos, Ander Herrera, Iker Muniain.

Le jeu 

« Ce n’est pas du football ! Que des ballons vers le N.9 : ce n’est pas du football ! » assène l’Argentin à son collègue italien en finale du Tournoi de Toulon 2008 alors sélectionneur du Chili (défaite, 1-0). Alors, quoi de mieux que l’Athletic Bilbao pour sortir ses outils et sortir ce club du marasme technique tout en gardant cette sincérité dans l’engagement ? Le football de Bielsa pourrait se résumer par une tâche devenue vertu : le mouvement, où le 4-4-2 traditionnel de l’Athletic laisse place à un 4-3-3 le plus souvent.

L’articulation offensive se borne à trois attaquants : deux ailiers et une pointe pour étirer la défense et ouvrir des espaces. On exploite au maximum la largeur du terrain. Derrière ce trident, quand avec le Chili (en véritable 3-4-3) Matias Fernandez était le meneur de jeu ; avec l’Athletic, Bielsa donne sa confiance à deux milieux relayeurs à la Vo2 Max kenyane : Ander Herrera et Oscar de Marcos. L’équilibre, la relance et le jeu de transition dépendent d’un milieu de terrain défensif qui pourrait très bien faire figure de meneur de jeu dans bon nombre de clubs européens : Ander Iturraspe est de ceux-là.

Défensivement, pour mener à bien son projet, son idée est de posséder une première relance de qualité. Partageant le principe technique de Ricardo La Volpe énonçant que « le plus important en football, c’est que les joueurs qui doivent le mieux jouer au football, doivent être les défenseurs »,  Bielsa n’hésite pas à faire du milieu de terrain défensif en titre, un véritable défenseur central sous son joug. A l’instar d’un Mascherano au Barça, pour l’Athletic, l’international espagnol Javi Martinez endosse ce rôle.

Côté dispositif, l’idée est claire : il est nécessaire d’avoir un défenseur central de plus que le nombre d’attaquants adverses. D’où une perpétuelle alternance entre le 4-3-3 et le 3-4-3. Un 3-4-3 marque déposée ‘3-3-1-3’ qui fait la renommée du technicien argentin. Un schéma dissident avant que la moitié des clubs italiens : le Napoli de Mazzari (3-4-3), l’Udinese de Guidolin (3-5-2), la Juve de Conte (alternance 4-3-3/3-4-3/3-5-2) etc., n’expérimentent la défense à 3 pour un jeu ouvertement offensif.

Le danger vient des ailes pour s’adonner aux centres et autres triangulations. Le jeu passe par les flancs qui dépendent des jeux à trois (latéral, milieu, ailier). La verticalité du jeu en dépend. Elle est l’oxygène du jeu de Bielsa. L’expression s’inscrit par une latitude maximale donnée aux latéraux, les premiers à se proposer, à attaquer. Ainsi, face à un seul attaquant, Bielsa propose une défense à quatre où les deux latéraux montent passer l’essentiel de leur temps dans le camp adverse. Face à deux attaquants – ou quand l’équipe a le ballon, un troisième défenseur se charge d’assurer le surnombre (glissement du milieu de terrain défensif -Iturraspe-). Dans le même temps, les latéraux en redemandent encore, sollicitent à outrance, bien que la mise en place du 3-4-3 n’aura été effectif que lors de la rencontre face au FC Séville (victoire 2 buts à 1 des basques). Sinon, en cours de match.

Sans titre

En phase défensive, la consigne est claire : haro sur le porteur de balle. Chacun dans sa zone doit exercer un pressing propre au harcèlement, avec la ligne d’attaque à l’amorce dudit pressing, promptement suivi par l’ensemble de l’équipe. Les protagonistes de ladite zone pressent, ensemble, de manière coordonnée. Un pressing compact et efficace. Total. Le football est un don de soi : défendre en attaquant, en récupérant ci-possible la balle dans le camp adverse et le plus rapidement possible. La synchronisation des déplacements donne une certaine saveur quand les deux-tiers des équipes privilégient la préservation de leur moitié de terrain plutôt que d’investir la partie adverse.

En phase offensive, les systèmes adoptés sont au même nombre que les trafics dans le Bronx. L’idée est que le porteur du ballon doit disposer de trois appels différents pour que le secteur offensif soit un minimum fluide. Un appel latéral, un appel dans les intervalles et un appel en profondeur avec en finalité du mouvement, un centre ou un décalage. Dédoublements tous azimuts, remises, une-deux incessants… Une intensité unique. Dans son ensemble, le jeu se traduit par l’obsession pour les passes courtes émincées de passes verticales et une alternance par les très longues ogives d’Amorebieta ou de Javi Martinez pour le jeu en pivot aussi pesant qu’efficace de Fernando Llorente. Dernier atout et pas des moindres pour cette bande de fous furieux : les coups de pieds arrêtés. Cet exercice fondamental du football moderne que Bielsa n’exploite pas, il en abuse. Le jeu de l’hérésiarque sollicite absolument tous les composants du footballeur moderne en exploitant au maximum le potentiel de ses joueurs. Par sa pédagogie, son discours, l’Argentin sublime les capacités de ses hommes. En résulte, cette tendresse particulière pour cette équipe qui a du cœur, un esprit et du ballon.

« Mes que un club »

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Des valeurs qui découlent d’une exigence épidermique faisant écho au club basque. À l’image du Real Madrid et du FC Barcelone, l’Athletic Bilbao appartient à ses supporters. Pis, l’équipe basque vit en pleine autarcie alors que d’autres clubs de Liga sont rachetés par des capitaux étrangers (Malaga, Racing Santander…). Ça vous pose l’allure identitaire de l’institution.

Du sectarisme idéologique donc sportif où l’entité « Athletic Bilbao » est le centre névralgique de toutes les décisions, l’Athletic s’inscrit encore dans le football pré-arrêt Bosman. Contrairement à ses voisins  (Osasuna et la Real Sociedad), l’Athletic aligne des équipes composées uniquement de basques ou de joueurs formés au Pays Basque. Une politique qui lui est depuis toujours indissociable. Elle en est même la devise : « Con cantera y aficion, no hace falta importacion » (« avec la formation et les supporters, pas besoin d’importation »).

Une politique identitaire qui handicape fortement la politique de Bielsa parce qu’il est condamné à disposer d’un effectif limité alors que celui-ci contient déjà des joueurs insuffisants pour répondre à ses minimas techniques. Sans rotation, la difficulté s’accroit dans l’objectif de régulièrement faire tourner son onze et de proposer en plus d’une flexibilité de jeu, cette flexibilité ajacide : rendre modulable, insaisissable son schéma. Interchanger à souhait ses joueurs au nom de ses principes de jeu.

Un obstacle qui contraint la compétitivité de l’équipe. De surcroit, la prise de risque est inhérente à l’idéologie « bielsiste », donc oblige ce court effectif à physiquement répondre présent. Tout le temps. Auquel cas, la coordination du repli défensif et la gestion des individuelles (en transition défensive) s’annoncent cruciales. Le registre défensif s’avère être le point faible de l’équipe basque. Individuellement limité et collectivement risqué.

L’Athletic est donc imparfait. Imparfait mais très haut dessus de la moyenne dans le jeu et les intentions présentés. Imparfait, inhumain et humaniste à la fois. Inhumain par les efforts physiques considérables que son jeu suscite, et humaniste par la solidarité indispensable qu’il demande. « Il faut rendre hommage à l’effort et la combativité que Bielsa transmet à ses joueurs. C’est merveilleux de les voir jouer de cette manière », reconnaissait Sir Alex Ferguson, manager de Manchester United, après la victoire des Lions à Old Trafford qui fut le match clef et télévisé de la magnificence du projet. Un hommage qui en dit long sur la nouvelle dimension prise par l’Athletic.

Outre ce match de Coupe d’Europe, le match par lequel Bielsa s’est assuré de la pertinence de son arrivée à Bilbao fut, disons-le simplement, le plus beau match cette saison-là tous championnats confondus : Athletic Bilbao – FC Barcelone à San Mamés. Un match soldé par un 2-2 d’une intensité électrique. Qu’une pluie tropicale s’abatte en cette fin d’après-midi n’a rien d’anecdotique. Qui plus est en novembre. L’orage semblait inévitable devant l’opposition des deux plus beaux football d’Espagne.

« Le match était équilibré, mais les efforts que chacun a dû engager pour aboutir à ce match nul, furent dans notre cas au maximum. Voir Abidal et Muniain jouer leur match ainsi, était une expression très belle qui synthétise toute la partie » confessa l’entraineur basque. « J’ai dit à Bielsa que ce sont des bêtes. Jamais nous n’avions joué face à une équipe aussi intense, agressive, qui te laisse si peu d’espaces. Cela montre qu’il est un grand entraineur car il est déjà parvenu à s’approprier l’équipe en très peu de temps. » « Je veux féliciter l’Athletic. Les 22 joueurs nous ont offert un grand spectacle. Ils ont été fantastiques. Ce match fait partie des meilleurs matchs qu’il m’ait été donné de vivre et cela se produit lorsque les deux équipes souhaitent gagner le match. Et celui qui l’emporte à la fin : c’est le public. Ce fut un hymne au football », déclara de son côté solennellement Pep.

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Sur le pré

Du point de vue du jeu, les mérites philosophiques sans bornes de l’entraineur ont rapidement déteints sur le groupe. Le changement fut certes adopté mais ô combien drastique.

En toute logique, le début de saison est compliqué. Malgré quelques victoires de haut vol : un récital face à l’Atletico Madrid (3-0, triplé de Llorente), l’exposition au grand jour du 3-4-3 dès l’entame de match face au FC Séville (victoire, 1-2) etc, la première partie de saison du club est sinusoïdale. Mois de septembre compliqué, une période octobre/novembre exceptionnelle (invincibilité de onze matches), avant que le club ne renoue avec les travers en accumulant nuls et défaites en décembre. A la trêve hivernale, la dyarchie Real Madrid-Barcelone règne en monarques absolu et Valence essayant de suivre le rythme ne peut stopper la suprématie. La 4ème place qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions reste alors d’actualité pour une bonne demi-douzaine d’équipes : Atletico Madrid, Levante, Malaga, Osasuna, l’Espanyol… et un Athletic malgré l’inconstance a l’affût. Bien, mais pas suffisant vu le boulevard entraperçu. Première cause : une blessure récurrente de Llorente, le point d’ancrage de l’attaque basque. Une blessure qui handicape le collectif durant presque quatre mois – en comptant les rechutes : de décembre 2011 à mars 2012 inclus.

Sans Llorente, le jeu pratiqué est différent : moins oppressant, moins variable et un danger moindre sur coup de pied arrêté. Deuxième cause : l’Europe. Le classement de l’Athletic n’est pas révélateur du niveau de la formation basque. Elle traduit surtout les limites d’un club qui n’est pas armé pour faire cohabiter campagnes européenne et nationale simultanément. L’Athletic eut du mal à enchainer trois matchs par semaine. Durant les doubles confrontations face au Manchester United de Ferguson et au Schalke 04 d’Huub Stevens, l’Athletic resta sur un rythme de relégable (défaites face à Valence, l’Atletico Madrid, Saragosse) qui contraste totalement avec le jeu proposé par les Lions et leurs résultats en Europa League. Nous sommes en avril, Bilbao est alors à 6 points de la quatrième place.

L’ensemble du onze établit est à bout de souffle (même si Bielsa refuse ce constat), tourné vers la finale de l’Europa League à Bucarest contre l’Atletico Madrid. Bien qu’aucun signe ne contredise l’exigence demandée par le technicien, les joueurs peu habitués à se mettre constamment minables au nom du jeu déclineront peu à peu de leur vergogne initiale. La saison des Lions tourne alors à une confuse frustration : 10ème de Liga, cuisantes défaites (3-0) en finale de l’Europa League (face à l’Atletico Madrid) et de la Coupe du Roi (face au Barça), comment alors qualifier le premier acte du projet Bielsa ?

Guardiola quitte provisoirement le monde du football que Bielsa côtoie des statistiques dignes d’un Zdeněk Zeman : meilleur attaque de l’Europa League, plus mauvaise défense, record de tirs et de tentatives cadrées dans cette compétition. En temps normal, la transmission de valeurs représente en soi une victoire pour le natif de Rosario, mais la tournure des deux derniers mois aura-t-elle raison de sa philosophie ? Ces deux mois ont-ils entamé sa foi dans le but d’achever son œuvre ? Qu’une saison suffise pour la mise en place d’un projet offensif avec deux finales à la clé, quand jadis le jeu était miséreux pour la recherche d’un trophée marque déjà un signe d’exploit. Observer cette insolente facilité et la rapidité de la métamorphose confinent à l’admirable quand d’autres clubs peinent à faire cohabiter grandes stars et projet de club et/ou de jeu. Cet Athletic est un luxe. Une bouchée d’air frais. Une victoire intellectuelle et théorique qui n’attend qu’à se matérialiser. Comme à l’accoutumée, son principe contractuel est clair : la signature n’est valable que douze mois.

Jose Maria Amororrtu (directeur sportif) et Urrutia étant favorables à sa prolongation de contrat, la balle est donc dans le camp de l’Argentin. Annoncé à Chelsea, l’AS Roma, l’Inter Milan, il a pu contempler tout le désarroi technique, physique et mental de ses joueurs quand ils étaient farouchement prêts à ramener un trophée depuis l’ère Clemente (1984). Dans le même temps, lui-même a dû établir son auto-critique pour répondre aux exigences face auxquelles l’Athletic a échoué : gagner une Coupe nationale et trouver son rythme en championnat dans l’objectif de se qualifier directement pour la Ligue des Champions. Car il le sait, son équipe très jeune doit capitaliser l’expérience de cette intense saison pour les hautes exigences demandées.

« Si je me fie aux conditions, aux possibilités, à l’âge, à la composition de l’effectif,  je crois qu’il y a une marge de progression intéressante, mais je dois aussi évaluer le seuil de compétitivité… sans me référer à l’aspect physique, mais davantage sur cette constance dans la performance pour assimiler que tous les trois jours, les matchs sont tout ou rien. »

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8 internationaux

A tête reposée, Bielsa a négocié, tranché et sans surprise le 3 juin, la nouvelle tombe : il prolonge pour une saison. Il sait que l’éclosion par son action d’une génération -sur-douée et les bonnes performances des équipes de jeunes sont des éléments qui lui permettent de continuer en toute quiétude son aventure. Il s’est également enorgueillit d’un gage non négligeable : une reconnaissance unanime du travail effectué par lui et ses hommes malgré l‘absence d’un titre et d’une qualification directe à l’Europe.

Outre la résonance des performances basques (joueurs et entraineurs de tout bord ont continué de louer le caractère spectaculaire de l’équipe dans les gazettes dans l’attente de la signature du nouveau contrat), peut-être que la meilleure récompense du travail de Bielsa, au-delà de la finale de l’Europa League, reste les reconnaissances de Vicente Del Bosque et de Luis Milla de son travail. De l’intérêt de sélectionneurs espagnols pour quelques basques en vue de l’Euro et des Jeux Olympiques. 4 avec la Roja, 4 avec Luis Milla, rien que ça. Un camouflet pour ceux qui croyaient que porter des maillots blancs, bleus ou grenat était gage de future sélection. Ander Herrera, Oscar de Marcos, Iker Muniain, Mikel San Jose, Javi Martinez, Fernando Llorente, Andoni Iraola, Ander Iturraspe risquaient bien de faire la nique à quelques champions d’Europe et/ou du monde. Il aura fallu des déconvenues individuelles de fin de saison (Muniain, De Marcos, Iraola), des blessures (Ander Herrera blessé à l’aine jouera sous infiltration en attendant l’opération) et le prix de la concurrence (Koke -Atletico Madrid- préféré à Iturraspe dans la pré-liste pour les JO) pour éviter l’exode massif. Seuls Javi Martinez et Llorente, déjà champions du monde, iront à l’Euro (Javi Martinez cumulera Euro et JO).

Que peut donc espérer l’Athletic Bilbao dans la droite lignée de la saison écoulée ? Retour vers le passé. Vers l’Antiquité du club où l’Athletic possédait encore les derniers germes de sa création britannique. À sa tête se trouvait alors l’Anglais Frederick Pentland (1922-1925, 1929-1933). Un Révolutionnaire du jeu, déjà. Un chantre du passing game au détriment du dribbling game à l’époque où Herbert Chapman deviendra quelques années plus tard le père d’une révolution tactique par la naissance du W-M. L’Anglais qui nous concerne est le précurseur d’un style et d’une époque faste pour Bilbao qui fait encore de lui le manager le plus titré avec le club basque. Pentland fut l’auteur d’une réflexion qui n’a rien a envié aux idées présentes : possession, mouvement, passes courtes, soit l’antithèse de l’image accréditée au club à l’entrée du XXIème siècle. Bielsa en est comme l’héritier. En hommage, il pourrait se voir ériger une statue en bronze aux côtés de Rafael Moreno Aranzadi aka Pichichi. Pour quel motif ? Un titre dès l’inauguration du nouveau San Mamés (rénové) prévue pour la saison 2013/2014 comme Moreno fut le tout premier buteur de l’actuel San Mamés en 1913. Et puis l’Argentin a déjà un stade à son nom, chez lui, à Rosario…

Romain Laplanche

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2 réflexions sur “L’Athletic… de Marcelo Bielsa

  1. Bonjour, je ne me lasse jamais de relire cette article, qui plus que jamais trouve encore échos dans l’actualité de ce jour (24/05/15 fin du championnat de france) J’attendais ce moment pour faire un bilan et dresser un parallèle avec la saison de l’OM 2014/15 et cette Atlétic Bilbao. Sans surprise, les similitude sont nombreuses (adulation des supporteurs, tactiques, entrainements, etc…) La question qui me trotte : à la vue de la 4e place signée par le club phocéen, trouvez-vous que Bielsa a appris de son expérience de l’Atlétic et est donc en progrès? Ou a t il répété les mêmes erreurs? Quid de la saison 2015/16 : comment fut la 2e saison de Bilbao avec Bielsa à sa tête?

    1. Bonjour,

      Dire si Bielsa a appris de son expérience de Bilbao ou fait des progrès, c’est difficile à dire.
      Parvenir à être quatrième avec ce groupe (bien inférieur techniquement à celui de l’Athletic de l’époque) et avoir lutté jusqu’en avril pour le titre, c’est déjà plus qu’honorable. Être champion d’automne était déjà un exploit. Pour ne rien arranger, durant l’hiver, la défense a perdu avec N’Koulou cette première relance fondamentale. Et l’OM a peu de relais de qualité dans l’entrejeu dès lors qu’Imbula est maitrisé.

      Surtout, Bilbao et Marseille sont deux institutions différentes, donc difficile de comparer. A Bilbao, lors de sa première saison, il y a eu une usure mentale et physique en fin de saison due à la compétitivité de l’équipe (Liga, C3, Coupe du Roi) et au modèle-même du club dans lequel il a évolué (système basque).

      Lors de la deuxième saison (tout est là : https://slbanc.wordpress.com/2013/07/01/athletic-bilbao-2eme-partie-athletic-de-bielsa-an-ii-lessorage/) il a dû très tôt faire face à des impondérables (transferts de joueurs majeurs, blessures, etc.) qui pouvaient laisser supposer que la saison allait être difficile.

      A l’OM, il a avoué avoir laissé le groupe en « autogestion » au début des mauvais résultats (ça n’a pas empêché au club de les accumuler), les adversaires se sont aussi adaptés, mais lui ne va pas changer sa façon de travailler, ni ses fondamentaux dans le jeu. Le marquage individuel est devenu moins efficace comme l’efficacité devant le but, donc les conséquences sont devenues d’autant plus fatales.

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