Palerme, une relégation inéluctable


Dix ans après y avoir goûté, Palerme retourne en Serie B. Pagaille sportive, déni et réitération des mêmes erreurs, quand on évolue dans le championnat européen le plus dense et le plus innovateur, ça ne pardonne pas. Le club sicilien accompagne Pescara et Sienne à l’échelon inférieur. Et cette situation n’est due qu’à un homme : Maurizio Zamparini.

Des présidents qui n’ont pas le sens des responsabilités, on en connait. Beaucoup, et ce n’est pas nouveau. Blanchiment d’argent, escroquerie (parfois en bande organisée), abus de biens sociaux, complicité de matchs truqués… Que ce phénomène touche des hommes d’affaires véreux (George Becali, Bernard Tapie, Majid Pishyar, Aziz Yildirim, Willy Bernard…), des dirigeants peu scrupuleux (Bez, Rocher…) et autres opportunistes délurés profitant de la faillite du club ou de la crédulité des hommes jusque là en place (Bulat Chagaev), d’accord. Mais le cas Maurizio Zamparini peut en laisser de marbre plus d’un. Parce que Zampa n’a rien de tout ça. Ou du moins pas au point des précités [1]. Le cas de l’entrepreneur frioulan concerne surtout des affaires sportives et de management très mal gérées. Mais des erreurs qui, au final, engendrent l’irrémédiable : la descente en Serie B.

Zamparini, être hostile

Et une descente qui s’accompagne d’une immense tristesse vu le gâchis. A peine sommes-nous le 16 septembre (3ème journée) que l’entraineur Giuseppe Sannino doit laisser sa place à Gian Piero Gasperini. Dix jours plus tard, le directeur sportif Giorgio Perinetti est écarté, remplacé par Pietro Lo Monaco comme administrateur délégué. Ce n’est pas pour autant que le club va gagner en stabilité. Après la trêve hivernale, l’US Palermo est avant-dernier de Serie A. Conséquence, Gasperini est destitué (le 4 février), Malesani le remplace (le 5)  avant que lui-même ne le soit après trois journées de championnat. Et à qui fait appel Zamparini ? Gasperini qu’il a viré il y a trois semaines avant qu’il ne le congédie à nouveau après deux journées de championnat au profit de Sannino, l’entraineur avec lequel le club avait entamé la saison. Entre-temps, Lo Monaco aura démissionné et Palerme vit le retour de Perinetti dans la direction sportive du club palermitain. Voilà comment s’est articulée la fantasque gestion du président Zamparini pour cette saison 2012-2013. Du grand n’importe quoi. Quatre changements d’entraineurs (avec les rappels de Gasperini et Sannino, soit utilisation de trois entraineurs), nouveau directeur sportif qui démissionne, nomination d’un président délégué, tout y sera passé. En vain. Rien ne sert d’évoquer le Sienne de Sannino pour légitimer son arrivée à Palerme, le 3-5-2 de Mutti, le 4-3-2-1 de Mangia ou le 3-4-3 de Cosmi. Zamparini veut des résultats.

 US Citta di Palermo v Fenerbahce - Pre Season Friendly

Une certaine perception du management qui trouve une vive opposition, que ce soit des personnes visées ou des tifosi. Directeur technique du club le temps d’un mois (de mars à avril 2012), Christian Panucci a pu évaluer le degré de folie de son président omnipotent. L’ancien joueur de la Roma, et actuel adjoint de Capello avec la sélection russe, l’a fait savoir assez ouvertement depuis son éviction :

« Il n’y a qu’un seul responsable de la situation actuelle. Ce n’est pas le directeur sportif, ce n’est pas Gasperini non plus (alors en place), tout est de la faute de Zamparini qui a construit et démoli cette équipe » disait-il au mois de novembre dernier. Avant de récidiver cinq mois plus tard : « Je serais resté avec plaisir, Palermo est un club important du football italien, mais malheureusement, après 40 jours, j’ai compris qu’il n’y a pas de place pour moi. J’ai fait état de beaucoup de choses et de problèmes à Zamparini mais il ne m’écoutait pas, il les acceptait pas sauf quand il s’en rendait compte après coup. J’étais très bien là-bas, je travaillais beaucoup avec les joueurs. » Même son de cloche du côté des bureaux du club. Pietro Lo Monaco, administrateur délégué, vient à peine de démissionner de son poste qu’il s’empresse de juger son ex-président : « Je sais qu’il n’est jamais facile d’accepter ses propres fautes, mais la situation de l’équipe est née des erreurs de son propriétaire. »

Quant au soutien de la plèbe ? Il est quasi-nul. Les relations se tendent au fil du temps. Comme avant chaque début de saison, l’affection portée au club se compte par la campagne d’abonnements. Et la tendance n’est pas bonne. 9 230 abonnés seulement garniront les tribunes du stade Renzo-Barbera savait-on à l’abord de cette saison 2012-2013. C’est peu, voire très peu eu égard à la capacité du stade (plus de 36000 places, soit un quart en taux de remplissage) et à l’historique récent du club. C’est 3 500 abonnés de moins que la saison dernière, 8 000 de moins qu’il y a deux ans et 25 000 de moins qu’il y a huit ans ! [2] La chute est vertigineuse et elle n’est due qu’à la campagne décevante de l’exercice 2011-2012, aux difficultés économiques de l’Italie (de la Sicile en particulier) et de la fuite des talents (voir ci-après).

Mais l’hostilité a explicitement éclatée le 5 septembre 2012, où dès les deux premières journées de championnat, Palerme connut  deux sévères défaites (3-0 contre le Napoli, et face à la Lazio sur le même score). Les Rosaneri sont écœurés par la tournure des événements. Les murets du camp d’entrainement s’en souviennent : « datevi una mossa o vi spacchiamo le ossa », autrement dit « bougez-vous ou nous vous fendrons les os ». Cocasse. Une coupure internationale, un nul face à Cagliari (1-1) et l’éviction de Sannino plus tard pour que la situation n’évolue guère. Le 24ème changement d’entraineur est celui de trop. C’est le changement qui fait déborder une colère saine : alors que la présentation de Gian Pietro Gasperini est officielle, aux abords du stade Renzo-Barbera des banderoles sont présentées où on peut y lire : « Zamparini esonerati ! » (Zamparini, vire-toi !), « Zamparini bla bla » ou encore « Zamparini basta » (Zamparini, ça suffit). C’est ce qu’on appelle une fracture.

Délire dans la distance

L’homme d’affaires est un despote. Un despote qui montre ouvertement ses carences en temps de crise. Le président a du mal à faire confiance a une tierce personne, une certaine manière de dire aux tifosi : ‘voyez, l’institution n’a pas besoin d’entraineur attitré pour rester en Serie A et vous donnez du spectacle.’ Une peur qui s’explique aisément : quitte à perdre, autant que l’erreur vienne de soi. Propriétaire de Palerme depuis 2002, pour Zamparini, l’US Citta di Palermo, c’est avant tout lui. Car contrairement à certains propriétaires en quête d’image, lui revendique sa légitimité par la passion qui l’habite. Et donc qu’on peut lui pardonner le moindre écart. « C’est cette passion qui m’a amené à acheter des clubs. Pas l’argent. Parce que si je commence à faire les comptes pour savoir tout ce que m’a coûté le football… Je pense que ça ferait presque 200 millions, en vingt-cinq ans », se justifie t-il. Une passion qui légitimerait ses décisions impulsives, autrement dit ses multiples changements d’entraineurs. Sauf que le passionné habite dans le Frioul et dirige son entreprise aux dires des dirigeants locaux. Les mêmes qui conseillent le président du/des licenciement(s). Dans ces conditions, le pardon n’a plus sa place.

 US Citta di Palermo Training Session

Qui plus est quand son paternalisme se heurte à la pénitence et à certaines ignorances.

« Pioli ? Je m’en mange le deuxième testicule de l’avoir laissé partir. Le premier, je l’ai déjà mangé. » « Le virer a été une énorme erreur de ma part » avoue t-il en évoquant Luigi Del Neri. En avril dernier, après deux victoires consécutives contre la Roma et la Sampdoria, Maurizio a présenté ses excuses à Giuseppe Sannino, qu’il avait licencié en début de saison puis rappelé à la hâte : “Je me suis trompé en virant Sannino et je lui demande pardon pour cela. […] Dans la vie j’admets toujours mes erreurs et quand je me suis trompé j’ai toujours cru agir pour le bien de Palermo.” Alors à quoi cette relégation est-elle due ? “Virer Sannino et Perinetti a été ma plus grosse bêtise depuis que je suis dans le football, en plus j’ai surestimé Gasperini qui n’était pas adapté pour entraîner l’équipe”.

Le sommet de l’absurde est atteint quand de son aveu le meilleur entraîneur qu’il ait côtoyé fut Francesco Guidolin, entraineur qu’il a limogé à trois reprises (3 rappels en 2006, 2007, 2008 ; après l’avoir viré en 2005). Pourquoi ? Après son séjour à Monaco, Zamparini le rappelle en mai 2006, Guidolin démarre tambour battant la saison 2006-2007 en empochant 38 points à la trêve mais échoue dans l’objectif d’accrocher une place en Ligue des Champions à l’issue du championnat. « C’est typique de Guidolin, ça lui est arrivé à Udine et à Bologne. Ses équipes ont toujours une baisse de régime lors de la deuxième moitié de saison. C’est sa caractéristique », affirme t-il sans concession. Problème, si ces dernières saisons il y a bien un club de Serie A qui finit en trombe son championnat (sur les trois dernières), c’est bien l’Udinese de… Guidolin. Des sprints ahurissants pour finir 4ème à l’issue de la saison 2010-2011, 3ème pour l’exercice 2011-2012, et 4ème cette saison.

Ilot perdu au large de métropoles

Son image et sa crédibilité se cornent donc au fil du temps. Mais s’il ne sera vraisemblablement pas un futur président vainqueur de C1, il a eu le mérite jusqu’à l’été 2010 d’avoir une politique de clubs en cohérence avec les forces et les faiblesses de son club et de sa ville. C’était un autre temps. Celui où le club sicilien participait aux coupes d’Europe (cinq participations à l’Europa League), avant que ses propres joueurs qui éclataient aux yeux de la Botte et de l’Europe ne lui fassent perdre la tête. Et ce de manière inéluctable.

En effet, Cavani, Nocerino, Luca Toni, Grosso, Barzagli, Pastore, Zaccardo, Amauri, Balzaretti notamment, et plus récemment Abel Hernandez, c’est bibi. Car tous passés internationaux, et pour certains devenus des références à leur poste. Cette palette de talents est le fruit d’une politique de recrutement réfléchie avec le développement de cellules de recrutement privilégiant deux axes : être doté d’un nez particulièrement creux concernant les Italiens, et investir les filières sud-américaines. Une politique qui s’explique en opposition aux grosses cylindrées : on investit les marchés que ces dernières délaissent. Catane et Udinese ont embrayé le pas.

« Quand nous avons pris Cavani, il venait d’être élu meilleur joueur du championnat sud-américain des moins de 20 ans en 2007. Quand nous avions pris Hernandez, il venait d’être sacré meilleur buteur de l’édition 2009. Et Pastore, il était de notoriété publique qu’il était le meilleur jeune de tout le football sud-américain. Notre chance, c’est que quand tu es un club comme l’Inter, par exemple, avec les fonds pour acheter des joueurs confirmés, tu ne va pas chercher les jeunes. Cela nous donne une liberté. »

Sauf que de cette liberté, en sort désormais l’instabilité. Celle-ci est effective depuis le départ d’un homme : Walter Sabatini, directeur sportif démissionnaire le 2 novembre 2010. Arrivé en 2008, l’actuel directeur sportif de l’AS Roma s’était fait spécialiste des réseaux sud-américains et d’Europe de l’Est  (Ilicic et Pastore, c’est lui). Depuis, le club est en liquidation par déficience dans le recrutement conjuguée à une générale perte de repères – les changements d’entraineurs intempestifs n’aidant en rien. L’épuration de l’effectif a continué (Viviano, Silvestre, Balzaretti, Migliaccio) sans avoir pu recruter dans le mille : l’Argentin Paulo Dybala, réputé futur espoir (18 ans), a connu sa première saison en Serie A quand Aronica et Dossena n’ont pu apporter efficacement leur expérience. Les jeunes continuent d’affluer mais les tauliers partent en nombre (ajoutons ces deux dernières saisons à la liste : Bovo, Simplicio, Cassani, Bresciano, Liverani, etc.). Le serpent se mord la queue. Autrefois en course pour les places européennes, le club sicilien a terminé à la seizième place l’exercice 2011-2012 avant de connaitre cette saison la relégation par excès d’une politique de rentabilité. Bref, c’est un modèle qui échoue quand ceux de l’Udinese, la Fiorentina, Naples ou Catane perdurent.

Palerme comme la Sampdoria ?

Miccoli pleure

Pour autant, faut-il céder au pessimisme effréné ? Tant qu’Abel Hernandez (qui fut blessé d’octobre au mois d’avril pour une rupture du ligament croisé antérieur du genou droit) gardera cet état d’esprit, les palermitains seront rassurés :

« Je reste à Palermo même en Serie B. Je ne dois pas intéresser beaucoup de clubs avec toutes mes blessures et puis je suis bien ici. Nous ne descendrons pas mais si jamais cela devait arriver ce serait aussi un petit peu à cause de moi et je voudrais absolument aider le club à retrouver la Serie A. Cette ville et ce maillot sont ma deuxième maison et ma deuxième peau. Je me suis incroyablement attaché. »

Mais que penser des déclarations du premier protagoniste, le président ? Communication ou réalisme froid ? Dès février, Zampa se disait prêt : « La relégation ne serait pas forcément un drame puisqu’elle rime avec remontée. Dans la vie, il y a des hauts et des bas, on ne peut pas toujours gagner. […] Si nous descendons, comme la Sampdoria nous remonterons la saison suivante en Serie A, mais je suis convaincu que nous nous sauverons. » On sait ce qu’il en adviendra.

Zampa évoque la Sampdoria ? Mai 2011, la 35ème journée officialise la descente du club gênois après une défaite contre… Palerme. Le passage de la relégation à la promotion avait également commencé par une incompréhension. Mercato d’hiver 2010 : l’UC Sampdoria se sépare de son duo d’attaque Antonio Cassano/Giampaolo Pazzini. La saison était mal embarquée, mais avec ces départs, c’est la signature pour le purgatoire. Une fois la descente effective et que les tifosi du Genoa célébrèrent l’évènement avec gaieté, il a fallu restructurer le club et se débarrasser des gros salaires (dont celui de l’idole locale : Angelo Palombo, le Miccoli gênois, qui sera prêté à l’Inter.) Pasquale Sensibile, directeur sportif, fait appel à Gianluca Atzori mais le club n’entrevoit toujours pas le chemin de la Serie A. La nomination d’un nouvel entraineur est de vigueur : Giuseppe Iachini prend le poste le 14 novembre (2011) et sera la source de la résurrection des Blucerchiati en engrangeant 52 points, permettant ainsi d’arracher la sixième place qualificative pour les play-offs. On connaît la suite.

Ce coup d’arrêt pour l’US Palermo est l’occasion salvatrice pour Zamparini de reconsidérer sa politique et ses principes. De cette tâche, l’ironie veuille que Zampa ne la contrôle pas. S’il annonçait en février « garantir à 100% » que Sannino soit reconduit en dépit d’une possible relégation parce qu’« il fait partie de nos projets », ce dernier a déposé sa démission. Il devra également faire sans la légende du club, Fabrizio Miccoli qui, en dehors de raisons financières (salaire élevé), est suspecté de traficoter avec deux rejetons de mafieux locaux (Mauro Loricella et Francesco Guttadauro). Il est devenu ainsi préférable que le joueur quitte le club – alors que Zampa le défendait jusque-là.

La saison en Serie B débutera donc sous les ordres de Gennaro Gattuso. L’ancien joueur de l’AC Milan vient d’être fraîchement remercié du FC Sion pour ses débuts en tant qu’entraineur par un président qui n’a rien à envier à Maurizio Zamparini : Christian Constantin. Un promoteur, richissime homme d’affaires qui a viré plus d’une trentaine de coachs, avant d’en rappeler certains. A Palerme, Gattuso sait où il met les pieds et pourra s’inspirer de Iachini en rassemblant tout un peuple pour la remontée en Serie A. En attendant, les tifosi de Catane fêtent la descente comme il se doit.

CALCIO: CATANIA-PALERMO; DA TIFOSI ETNEI CARTELLI CON 'B'

Catane chambre Palerme Serie B

Romain Laplanche

[1] Lire ici

[2] Chiffres calcomio.fr

Propos tirés de divers articles des sites calciomio.fr, sofoot.com et du magazine So Foot #104.

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